Publicité

Où passe notre argent ?

3 décembre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Tenter de savoir où passe notre argent revient à se demander si nous sommes dépensiers. Au moment où les ménages voient leurs revenus doubler, grâce au bonus, la question revêt toute son importance. Et à écouter un manager d?une importante banque commerciale, l?un de ceux qui voient le mieux ce que nous faisons de notre argent, le constat est accablant. « C?est à désespérer. Plus les gens gagnent, plus ils dépensent.

Le temps où on se forçait à économiser est révolu. Les jeunes salariés se contentent de claquer leur argent dans des fringues ou des portables à Rs 10 000 », constate-t-il sèchement. Mais ce constat pourrait justement être un peu sévère.

En cette fin d?année, les commerçants se frottent les mains. « Le Mauricien est plus dépensier en décembre », confirme Christelle Mackay, Marketing Executive chez Courts. Cette année « c?est la tendance technologi-que », entend-on dire chez Galaxy et ailleurs. Les téléphones portables ou caméra digitales pouvant aller jusqu?à Rs 20 000 trouveront preneurs et ils seront nombreux. Le gros électroménager et l?ameublement se vendront toujours aussi bien. Les hyper et supermarchés, ne désempliront pas non plus. Mais il faut être juste, la fièvre acheteuse ne sévit qu?en décembre.

En cours d?année, nous sommes beaucoup plus sages.

C?est le Household Budget Survey publié en novembre 2002, qui offre jusqu?ici la meilleure photographie de ce que dépensent les ménages. On y apprend que le ménage moyen perçoit un peu plus de Rs 14 000 pour en dépenser environ Rs 11 000. Ce chiffre n?inclut pas tous les remboursements de prêts ou les mensualités des achats à crédit. À première vue, l?argent qu?il empoche, le Mauricien finit par le dépenser. Intelligemment ?Vinay Koonjul, le directeur de l?hyper Jumbo, à Riche-Terre, pense que oui.

Un ménage dépense en moyenne Rs 3 000 à Rs 4 000 au supermarché par mois. Et il choisit avec attention selon lui. « Je vois des gens arriver avec des listes. Certains prennent nos prospectus mais aussi ceux des concurrents. Ils comparent les prix et choisissent le meilleur deal. La plupart s?est fixée un budget et s?y tient », affirme-t-il.

Mais il y a bien des acheteurs impulsifs, ceux qui viennent dépenser Rs 2 000 mais qui finiront par laisser Rs 5 000 à la caisse. Les supermarchés et magasins d?électroménagers dépendent de ce genre d?achat pour faire des chiffres, mais le phénomène demeure limité selon eux. « Le client n?est pas impulsif. Il est souvent bien informé, il compare les prix, fait des recherches, puis décide », observe Marie Lourdes Ng, Marketing Officer de Happy World Home Appliances. Tout au plus, ce sera de temps en temps un parent heureux des résultats de son enfant qui consentira à acheter un lecteur DVD dont l?achat n?avait pas été prévu 10 jours auparavant.

Certaines dépenses paraissent incontournables

Dépenser utile semble être la priorité pour beaucoup de ménages. Ainsi certaines dépenses paraissent désormais incontournables. L?achat d?un ordinateur se range dans cette catégorie. On s?endette volontiers pour acheter cet outil devenu indispensable. Un cadre de la Development Bank of Mauritius qui propose le plan de financement le plus attractif du pays dans ce domaine explique : « Nous sommes arrivés à une époque où il ne suffit pas d?être literate, mais aussi computer literate. Alors avoir un ordinateur chez soi, ça aide. » C?est bien pourquoi, plusieurs dizaines de milliers de famille se sont déjà engagées à payer environ Rs 600 par mois sur cinq ans pour financer l?achat d?un PC.

Mais tandis que les salaires gonflent, les offres et les possibilités de dépenser son argent se multiplient également.

Des postes de dépenses qui étaient négligeables ou inexistants il y a encore trois ou quatre ans, consomment facilement un bon millier de roupies sur le budget des ménages désormais. C?est le cas des coûts de portables ou encore des chaînes payantes. Le budget communication a plus que doublé en cinq ans.

Quand on sait qu?un propriétaire de téléphone portable dépense un minimum d?environ Rs 125 par mois, on arrive vite à des budgets frisant les Rs 1 000 pour une famille dont les parents et enfants en sont friands. La télévision payante, en l?espace de quelques années, a aussi gagné du terrain dans les budgets. Près d?une famille sur cinq accepte de payer une moyenne de Rs 700 pour recevoir des chaînes de télévision payantes. Quand les dépenses nouvelles de ce type plombent les budgets des familles, il ne reste que très peu de place pour l?épargne et les projets à long terme.

Certes, on dépense utile par ailleurs. Les milliers de roupies qui vont dans les frais de scolarité des enfants, les plans d?assurance vie ou les comptes « Plan Épargne Logement » de la Mauritius Housing Company ou d?autres banques sont parfaitement justifiables. Mais un certain élan pour l?épargne et l?investissement serait en train de se perdre.

Les statistiques de 2005 démontrent que plus de 85 % des ménages sont propriétaires de leur logement. « C?est bien pour ça qu?une partie des jeunes ne se sent pas concernée par la question. Ils se disent qu?ils hériteront et c?est tout. S?ils prennent un plan d?assurance-vie ou des produits financiers de ce type, ce sera pour pouvoir bénéficier d?abattements sur leurs impôts et non pas par souci de prévoir l?avenir. Ils me le disent », soutient un conseiller financier d?une banque.

Aucune culture du budget

Le Mauricien serait en fait un piètre gestionnaire de ses revenus. Car beaucoup ne semblent pas avoir appris à établir des priorités. Le confort matériel immédiat semble le plus important. Ainsi toutes les agences de crédit et magasins d?électroménagers le disent : nous sommes d?excellents payeurs. Un achat à crédit moyen peut tourner autour des Rs 8 000 à Rs 10 000 « et les clients restent étonnamment à jour avec leurs mensualités », se félicite Cyril Chung, directeur général de Cim Crédit. « On paye régulièrement, surtout parce qu?on ne veut pas que les biens achetés soient saisis », ironise un vendeur.

Un directeur de banque nous explique même qu?on est tellement régulier avec les paiements qu?il arrive que ses clients viennent lui dire qu?ils ne pourront pas rembourser les échéances d?un prêt immobilier « parce qu?ils doivent régler la mensualité de la chaîne hifi de Rs 15 000 qu?ils ont acheté il y a six mois. » Un comble pour les banquiers ! On en revient à la gestion du budget.

Et Gérard Malliaté, de l?Association des emprunteurs abusés, est sévère. « Nous ne gérons pas bien notre argent. Il n?y a aucune culture du budget. Il faut éduquer les gens et leur donner une culture de l?épargne. Cela doit d?abord commencer au niveau individuel.

C?est bien pour cela que les jeunes couples sont souvent très endettés, parce que déjà avant le mariage, ni le mari ni la femme n?avaient défini l?épargne comme une priorité. » Ce serait une leçon à apprendre d?urgence.

Publicité