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Un mariage et un enterrement
À la rue Lapeyrouse, Eau-Coulée, celui qui cherche l?adresse de Pravin Udhin sera renseigné ainsi : « Vous verrez une salle verte récemment dressée pour le mariage de sa petite s?ur.
C?est là, qu?ont eu lieu les funérailles de Pravin ce matin ». (NdlR. : mercredi matin).Quelle ironie du sort. Dimanche enco-re, Pravin, 23 ans, s?affairait dans la salle illuminée de lampions. « Il était au four et au moulin, allait et venait dans la voiture qu?il avait empruntée pour accomplir les dernières démarches. Il faut dire qu?il n?y a pas eu de mariage dans la famille depuis 15 ans. Tout le monde se réjouissait de cet événement », relate un proche des Udhin.
Le jeune homme, aidé de ses amis avec qui il faisait partie de la Lapeyrousse Unic Labour Association, veillait aux moindres détails. Tout devait être parfait pour le mariage de sa petite s?ur Rohini. D?ailleurs n?avait-il pas fait construire de nouvelles toilettes et une salle de bains pour le confort de la famille et des invités, un mois et demi avant le grand jour ?
Même s?il était employé comme salesman dans une entreprise commercialisant des photocopieuses, le jeune homme ne gagnait pas un salaire mirobolant. Ses efforts pour tenter de devenir pompier, infirmier ou policier s?étaient soldés par un échec. Mais il ne se décourageait pas et caressait plusieurs projets. « Il voulait lancer un petit business de transport », relate son ami Yogesh Tatarah.
Ils n?arriveront jamais à destination
Pravin s?évertuait, malgré tout, à répandre la joie autour de lui. La petite maison de la rue Lapeyrousse avait récemment été agrandie et deux chambres avaient été construites. Pravin envisageait d?y rajouter encore deux pièces à l?étage.
« Son père, que tout le monde surnomme Paul, ne jouit pas d?une bonne santé. La mère ne travaille pas. Pravin ti zot lame droit. Se enn gran lapert ki lafami inn fer lundi. »
Les célébrations du mariage hindou durent trois jours. C?est le troisième jour, au chowtary, alors que les Udhin célèbrent le bhidaye, le départ de la nouvelle mariée dans la maison de son époux, que survient l?irréparable. Ce jour-là, les parents, amis et proches se sont réunis dans un bungalow à Flic-en-Flac pour les dernières célébrations. La fête dure toute la journée. Epuisé mais heureux, Pravin met le cap sur Eau-Coulée peu avant 21 heures, suivi par d?autres membres de la famille.
À bord de la Toyota, il y a deux autres personnes. Ashwin, le cousin de Pravin, est assis à côté du chauffeur et Zayid, leur ami, est sur la banquette arrière.
Ils n?arriveront jamais à destination. Cinquante mètres après le temple tamoul situé route Palma, la Toyota quitte brusquement la route et s?écrase contre une fourgonnette qui arrive en sens inverse. Le choc est violent. Ashwin reçoit un violent coup à l?abdomen et son visage est tailladé par des morceaux de verre provenant du pare-brise. Pravin a, quant à lui, perdu connaissance. Le visage ensanglanté, il est extirpé avec difficulté par des proches qui le suivaient.
Les proches se posent des questions
Pravin est inconscient lorsqu?on le conduit à l?hôpital Candos où on lui prodigue les premiers soins. Sa s?ur Sunita raconte l?angoisse et le désespoir qui la tenaille pendant ces moments passés à l?hôpital. « Il avait de multiples blessures. Aux urgences, ils lui ont donné les premiers soins, puis ils ont dit qu?il devait être transporté à l?hôpital de Rose-Belle, car les scanners n?étaient pas disponibles. Je priais de toutes mes forces pour que mon frère tienne jusque-là, je ne voulais pas qu?il meure ainsi? »
Dans l?ambulance qui le conduit à l?hôpital Nehru, Pravin montre déjà des signes de difficultés respiratoires. Il est mis sous respiration artificielle arrivé sur place. Malgré les soins prodigués le jeune homme décédera d?une hémorragie cérébrale à 7 h 45, le lendemain. Les proches se posent maintenant des questions. « Si le scanner était disponible à Candos, peut-être aurait-il été soigné plus rapidement. J?ai aussi eu l?impression qu?il n?y avait pas de médecin lorsque nous sommes arrivés », souligne amèrement un des oncles du disparu.
Les deux passagers ont eu plus de chance. Ashwin est sous observation à Candos après avoir subi une intervention chirurgicale alors que Zayid s?en est sorti indemne. Le jeune homme qui se trouvait dans la fourgonnette a pu rentrer chez lui après avoir reçu des soins. Dans la maison, le silence est brisé par les lamentations de Geeta, la mère. « Mo piti pa finn ouver so lizie ditou. Li ti enn bon garson, kifer line ale ? » hoquète-t-elle. Personne n?a de réponses à lui donner.
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