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Marchands ambulants : le mythe n?a que trop duré
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Marchands ambulants : le mythe n?a que trop duré
Nous sommes dans l?une des rues de la capitale. Un homme vêtu d?un jean assorti d?une chemise à carreaux s?approche de l?étal d?un marchand. Il lui remet une carte de visite. Après une brève conversation, il s?éloigne.
Une scène apparemment banale mais qui, en réalité, témoigne de l?évolution que les activités des marchands ambulants ont connu. Cet homme est un opérateur occasionnel. Il importe et vend directement aux marchands ambulants. On est bien loin de la classification du colporteur du Trades and Industries Classification Act de 1954, qui est une personne autorisée à vendre des produits en se déplaçant.
Une concurrence redoutable
Aujourd?hui, le marchand ne déambule plus. Il vend dans un lieu fixe.
La flexibilité que les autorités locales ont adoptée à son égard y a largement contribué. La municipalité de Beau-Bassin?Rose-Hill abrite ses marchands dans l?enceinte d?Arab Town. La cité de Port-Louis a désigné onze zones où les marchands ambulants peuvent s?installer. Elles vont de la gare Victoria, à la route Monneron, en passant par les rues Sir William Newton et Sir Célicourt Antelme. La réputation de la foire de Quatre-Bornes, elle, n?est plus à faire.
Il n?y a presque plus de marchands ambulants qui font l?objet d?interpellation intempestive. Les conséquences, surtout dans les rues de Port-Louis, sont donc perceptibles : empiétement sur des trottoirs, occupation du moindre espace libre, embouteillages provoqués par la circulation imprudente de certains piétons plus intéressés à faire leurs achats, récrimination des propriétaires de magasins qui crient au scandale de la concurrence déloyale, envahissement des rues par des produits exposés à même le sol.
L?évolution des activités des marchands de rues a connu un développement fulgurant. De nouvelles opportunités se sont présentées avec l?ouverture des marchés des pays du Sud-Est asiatique. Des possibilités de cumul de fonctions ont émergé. Une personne est en même temps importateur, distributeur et vendeur par le biais de marchands ambulants qu?elle emploie. « Li ne pli marsan ambulant. Line vine enn bourgeois », témoigne Maurice R.
Le petit marchand ambulant enregistré est devenu un grand businessman.
Il roule dans une voiture de classe. Il utilise les portables dernier cri. Il donne des ordres. Il commande des points stratégiques de vente. En raison du contrôle qu?ils exercent sur les mécanismes de fonctionnement du système d?approvisionnement, d?importation, de distribution et de vente, ces opérateurs ont des moyens d?engager une concurrence redoutable face aux commerçants.
Théoriquement, ils n?existent pas aux yeux de certains organismes comme le bureau des impôts et celui de la collecte de la taxe sur la valeur ajoutée ainsi que le bureau qui réglemente les lois, le travail, ou encore le ministère de la Santé pour les normes d?hygiène et des organismes qui assurent le respect des droits d?auteur et des propriétés intellectuelles.
Leur domicile fait office d?entrepôt
À cette liste de marchands ambulants haut de gamme s?ajoutent des vendeurs occasionnels. Friqués, ils entrent en scène à l?occasion des fêtes de Pâques, de rakki, de Divali, et durant la période des fêtes de fin d?année. Ce sont généralement des gens qui ont un emploi stable. Ils connaissent bien les rouages du secteur et engagent des sommes considérables dans l?achat des produits venant de l?étranger.
Ils connaissent tous les moyens pouvant leur permettre d?obtenir les produits à des prix compétitifs comme, par exemple, la recherche de produits en fin de série ou qui n?ont pu être écoulés sur le marché d?origine. Ils n?ont pas de frais pour emmagasiner les articles car leur domicile fait office d?entrepôt.
Nul besoin d?engager des sommes énormes pour le marketing. Une visite ciblée auprès des étals suffit. « Ce sont ceux-là qui accentuent la concurrence déloyale auprès des entreprises du secteur formel. Dès que leurs bénéfices escomptés sont atteints, ils dilapident à des prix défiant toute concurrence, le reliquat de leurs importations. L?opération se déroule généralement le 24 et le 31 décembre. Car à cette période, tout contrôle est quasiment impossible », explique un marchand qui refuse de révéler son identité.
Enfin, il faut inclure les nombreux petits vendeurs qui opèrent dans l?illégalité tout le long de l?année ou à des périodes spécifiques. En attendant que ce secteur soit légiféré, on est bon pour une fois de plus les supporter en cette fin d?année.
L?INTEGRATION
Le poids des vendeurs de rue dans le secteur informel n?a cessé de s?accentuer. Il n?est pas déraisonnable de supposer qu?il s?est développé en un véritable système d?économie parallèle. Ce phénomène n?a pourtant pas mobilisé l?attention qu?il mérite. Bénéficiant d?une tolérance à peine voilée, il s?amplifie d?année en année. Même la Chambre de commerce et d?industrie y perd son latin.
Il y a 18 mois que ce sujet a été abordé pour la dernière fois par le conseil d?administration. Rajiv Servansingh, assistant secrétaire, souligne que la Chambre reste toujours critique à l?égard des pratiques qui font fi des règlements, des législations, des obligations et des normes existants.
Il n?y a pas eu beaucoup d?initiatives non plus pour examiner le phénomène en profondeur et pour lui trouver des solutions pérennes. Le rapport publié récemment par le Bureau central des statistiques intitulé « Small establishments and itinerant units » dans le 2002 Census of Economic Activities est, certes, une initiative louable, mais ne permet pas d?avoir un aperçu approfondi de l?ampleur des activités de ces marchands sur l?économie nationale. Les marchands ambulants, les conducteurs de taxi et des unités de construction sont placés à la même enseigne.
Le Mauritius Research Council a pris le taureau par les cornes en commanditant une étude sur le phénomène, « The Implications of the Informal Sector on Mauritian Economy ». On est bien loin de ces pays pour lesquels le secteur informel, qui englobe également les activités de marchands ambulants, n?est guère une fatalité.
Au Sénégal par exemple, la reconnaissance de l?importance de ce secteur a convaincu le Conseil national du patronat à engager un certain nombre d?actions pour faciliter la mutation des opérateurs de l?informel vers le système formel de l?économie.
Les objectifs sont ambitieux et visent à créer des emplois décents et durables.
La formule a toutefois séduit Hydar Ryman, président de la Street Vendors Association. L?intégration sera une de nos priorités pour 2006.
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