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Des gardiens placés sous haute surveillance

26 novembre 2005, 20:00

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Vingt-trois ans de carrière qui tombent à l?eau ! Le gardien de prison de première classe, Sheik Abdool Amanoullah Elahee Doomun, a été intercepté par l?Anti-Drug and Smuggling Unit (Adsu) de Rose-Hill mercredi, dans l?enceinte même de la Prison centrale, à Beau-Bassin, alors qu?il venait travailler avec des articles illicites dans son sac.

Il a été arrêté avec 21 capsules de Subutex, du gandia, du papier à rouler, 10 g d?héroïne, deux téléphones portables et une somme de Rs 6 400. Il a tenté de s?enfuir et de balancer le colis encombrant lorsque les policiers se sont jetés sur lui.

Cela faisait au moins trois semaines que les hommes de l?assistant surintendant de police (ASP), Dev Ramasawmy, le filaient en douce. À 46 ans, l?officier figurait sur la liste noire des gardiens qui jouent aux convoyeurs pour les détenus.

Depuis des années, il était surveillé de près. Il a d?ailleurs été transféré de la prison de Petit-Verger, située à Pointe-aux-Sables, à celle de Beau-Bassin, il y a trois ans. On le soupçonnait de se livrer à des pratiques pour le moins douteuses.

Toutefois, il n?y avait jamais eu de preuves contre Elahee Doomun et il a même obtenu sa Long Service Medal il y a cinq ans. C?était un officier bien noté, qui ne s?absentait pas pour rien. Etait-ce une façon de bien mener ses manigances ?

Doomun n?a pas non plus eu maille à partir avec des détenus. Nul ne sait comment il faisait pour passer de la drogue à l?intérieur de la prison. Mais tout le monde savait qu?il fréquentait des gros bonnets de la drogue, et il a souvent été aperçu en leur compagnie à Plaine-Verte et ailleurs par l?Adsu.

« Il disait toujours qu?il n?allait jamais se faire prendre, qu?on pouvait toujours le fouiller. À chaque fois, rien n?a été trouvé », raconte un de ses collègues. Mais les détenus parlent. Le gardien avait la triste réputation d?être un convoyeur, une mule, d?où son sobriquet : « transport ».

Un mystérieux indicateur

Il était aussi connu sous le nom de « gorge profonde ». Selon ses collègues, il a dû faire entrer la drogue dans la prison en la dissimulant dans son organisme. C?est pour cela qu?il n?avait pas été pris jusqu?ici? à moins qu?il n?ait bénéficé de la complicité d?un autre gardien.

Mais le vent a tourné contre lui, mardi. Ce jour-là, l?administration pénitentiaire et la brigade antidrogue avaient des informations indiquant que Doomun avait réceptionné une importante cargaison, et qu?il s?apprêtait à la faire entrer en prison.

Mais alors que les limiers l?attendaient de pied ferme, Doomun ne s?est pas montré. Le lendemain, un guet-apens est mis en place. Le gardien doit se présenter pour le shift de 12 h 30. Vingt minutes avant l?heure H, le voilà qui fait son entrée sur son vieux cyclomoteur. Fait comme un rat, il ne peut fuir. Pour se tirer d?affaire, il balance celui qui lui a fourni tout cet attirail. Il s?agirait, dit-il, d?un dénommé P.A., 36 ans, un habitant d?Albion.

D?après Elahee Doomun, l?homme lui a promis Rs 5 000 s?il remettait ces « douceurs » à son frère Bobo. Ce dernier est en détention provisoire depuis qu?il a été interpellé, avec d?autres personnes, par les hommes du surintendant Hurrydeo Raddhoa, à Mare-Longue, il y a quinze jours, avec des armes et du gandia.

Mais d?après les renseignements fournis à l?administration pénitentiaire par un mystérieux indicateur, la drogue que transportait Elahee Doomun serait en fait destinée à un détenu sud-africain, impliqué dans une affaire de stupéfiants.

Les Rs 6 400 n?appartiendraient pas non plus au gardien, comme il l?affirme. La façon dont il a séparé les liasses présuppose qu?elles devaient être remises à plusieurs détenus. Doomun n?allait pas non plus les garder dans son casier car l?endroit est peu sûr.

Dans les jours à venir, les hommes de l?ASP Ramasawmy vont réclamer un ordre de la Cour suprême pour vérifier les comptes bancaires d?Elahee Doomun. Ils tenteront de savoir combien d?argent ce dernier a amassé ces dernières années.

Mettre la main sur les autres ripoux

L?enquête ne s?arrête pas là, car du côté de la prison et de l?Adsu, on espère bien mettre la main sur les autres ripoux. Ils sont six, sur les six cent officiers, qui figurent sur la fameuse liste noire aux côtés d?Elahee Doomun, à être under close supervision. Et certains seraient des gradés. « Il y en a encore quelques-uns dans notre collimateur. Nous avons donné nos informations à l?Adsu. Nous sommes confiants et si l?on procède de la même façon, nous allons tout nettoyer d?ici quelque temps », renchérit un cadre de la prison.

Comme le soulignait Bill Duff à l?express dimanche en août dernier, les gardiens sont souvent sollicités par les détenus pour leur apporter des produits prohibés. Fournir un portable à un prisonnier peut valoir Rs 10 000 à un gardien qui touche, peut-être, cette somme tous les mois. Mais ce n?est pas une raison pour travestir leur métier.

DU CASH CONTRE DES INFOS

Depuis deux mois, la prison a obtenu la permission du gouvernement d?offrir une récompense à toute personne ayant fourni des informations qui ont mené à la saisie de produits illicites ou à l?arrestation d?un passeur comme dans le cas Elahee Doomun. Dans ce cas précis, la récompense peut atteindre Rs 50 000. Les gardiens et le public y ont aussi droit. Voilà comment mercredi après-midi, l?administration pénitentiaire a eu des informations selon lesquelles le détenu Elias Budally se shootait dans sa cellule. Tout un attirail a été trouvé en sa possession. Pour tout information fiable, il faut composer le 454.20.61. La confidentialité est garantie.

DANS LE BOX DES ACCUSES

Le gardien Seewooduth Jhoolun a dû se présenter en cour jeudi, quatre ans après avoir été surpris dans les vestiaires de la Prison centrale avec 1,5 gramme d?opium, le 22 juillet 2001. Récemment, c?est un autre de ses collègues qui s?est fait piéger. Prakash Ramjuttun, 25 ans, de Fond-du-Sac, a été arrêté le 2 janvier 2003 alors qu?il s?apprêtait à entrer à la Prison centrale avec 50 grammes de gandia, deux téléphones portables et Rs 3 000. Il avait alors dénoncé un habitant de Plaisance, Rose-Hill, Jean Nadal, comme étant celui qui lui avait procuré cette drogue destinée à un récidiviste purgeant sa peine.

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