Publicité

La baisse de l?euro aggrave le manque de devises

14 novembre 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Cela peut sembler une rengaine, mais le marché des devises est toujours en manque aigu de devises étrangères. Et la situation s?aggrave. Les cambistes estiment que la demande pour les devises a augmenté de quelque $ 25 millions en raison principalement de la demande accrue d?importateurs durant le dernier trimestre de l?année.

Le manque de devises actuellement est donc estimé dans la fourchette de $ 75 millions à $ 100 millions. ?Les demandes s?accumulent mais les banques n?arrivent pas à acheter des devises. Il n?y en a pas suffisamment. La situation est dramatique?, commente un cambiste.

La remontée du dollar face à l?euro ces deux dernières semaines sur les marchés internationaux ne fait qu?aggraver les choses. Le dollar a atteint, vendredi dernier, son niveau le plus haut face à l?euro depuis ces deux dernières années. L?euro s?échangeait contre 1,170 dollar, ce qui ne s?était jamais vu depuis le 13 novembre 2003. On est loin des 1,35, taux qui avait rendu le sourire aux industriels du textile-habillement.

A Maurice, l?euro a perdu près d?une roupie en une semaine et s?achetait à Rs 35,77 auprès des banques contre Rs 36,10 la semaine dernière. En décembre 2004, un euro se vendait à Rs 38,81. En fait, la monnaie européenne a amorcé une descente par pallier depuis avril passant de Rs 37,91 à Rs 35,77 vendredi dernier (selling rate).

Selon des spécialistes locaux et étrangers, la hausse du dollar va se poursuivre et, à la fin de l?année, le taux de change entre l?euro et le dollar sera de 1,15, voire 1,10.

<B>?Fermetures d?usines?

Pour Ahmed Parkar, président de la Mauritius Export Processing Zone Association (Mepza), si l?euro descend sous la barre des Rs 35 pour arriver à Rs 34, la situation sera dramatique pour de nombreuses entreprises du textile-habillement.

?Avec un euro à Rs 35, nous rencontrons déjà beaucoup de difficultés. Cette baisse de l?euro aura un impact négatif sur notre chiffre d?affaires, notre trésorerie et évidemment sur notre marge et nos bénéfices. Si l?euro descend encore, il y aura des fermetures d?usine et encore moins de devises sur le marché?, analyse le président de la Mepza.

Cette évolution sur les marchés internationaux est essentiellement due à l?élargissement du différentiel des taux d?intérêts entre les Etats-Unis et la zone euro. Tandis que la Banque fédérale américaine affiche ses intentions de continuer à augmenter les taux d?intérêts, l?Europe est, elle, divisée sur la question et le marché ne s?attend pas à une hausse des taux en Europe avant la fin de l?année.

<B>?Jouer le jeu?

Ainsi, malgré le nouveau déficit commercial record annoncé, la semaine dernière, par les Etats-Unis, le billet vert poursuit son irrésistible ascension. Cette baisse de l?euro explique en partie le manque de devises sur le marché car ceux qui en détiennent attendent de meilleurs taux pour les vendre. ?Pourquoi devrais-je vendre à Rs 35 ? Tout le monde sait qu?il n?y a pas de devises, on devrait donc logiquement m?offrir des taux plus intéressants mais tel n?est pas le cas. Il y a quelque chose d?anormale sur le marché?, estime Ahmed Parkar. Le président de la Mepza résume bien la situation. Tout le monde veut des devises mais personne ne veut en vendre. Selon lui, et plusieurs cambistes sont du même avis, la loi de l?offre et de la demande ne joue pas. Cela aurait impliqué que la roupie se déprécie davantage. Et c?est peut-être ce que veulent éviter les autorités responsables.

Pourtant, à en croire les spécialistes, la valeur de la roupie ne reflète pas les fondamentaux économiques ni les forces en présence sur le marché. Pour les observateurs il est clair que la Banque de Maurice s?en tient exclusivement à son objectif premier : la stabilité des prix. Et pour cela, il ne faut pas que la monnaie se déprécie trop par rapport aux devises. C?est ainsi que, selon un cambiste, les banques commerciales ont été appelées ?à jouer le jeu?. En clair, pas de surenchère sur les taux de change pour maintenir la monnaie.

?On ne peut pas jouer sur les taux. Si les taux avaient augmenté cela aurait encouragé ceux qui ont des devises à vendre. C?est comme le lait. Les prix ont baissé mais il n?y en a plus beaucoup sur les rayons?, analyse un cambiste. ?La situation est pire que l?année dernière. Ce n?est pas en niant le problème qu?on va le résoudre. Au contraire.

?Nous allons nous retrouver en face de grosses difficultés. Le chômage risque d?augmenter. Et à la fin, quand le manque de devises deviendra impossible à gérer, nous aurons à payer une prime pour en acheter. La roupie se dépréciera à un rythme accéléré. Cela ne m?étonnerait pas qu?elle aura à se déprécier de 30 %?, déclare Ahmed Parkar.

Ce dernier estime qu?il faut un compromis entre la stabilité des prix et les intérêts des exportateurs. L?idéal serait d?avoir une monnaie stable qui permettrait aux exportateurs de prédire ce qu?ils obtiendront pour leurs devises dans douze mois.

Pour un cambiste, cette prédictabilité est possible à un certain degré: il suffit tout simplement de pratiquer le hedging. ?Les exportateurs n?ont rien appris des crises précédentes. Ils ne veulent pas faire du hedging. Ils ne veulent pas être proactifs?, soutient un spécialiste du marché des changes.

Publicité