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« Je crois en la remise des peines des toxicomanes »

5 novembre 2005, 20:00

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Qui est Gérard Lesage ?

Je suis avant tout un travailleur social âgé de 50 ans et père de deux filles. Je suis un ancien toxicomane qui a été alcoolique pendant des années. J?ai été de ceux qui ont aidé à créer le Centre d?accueil de Terre-Rouge et j?ai passé huit ans comme animateur là-bas. Je suis tombé dans l?alcool très jeune et, pendant dix ans, cela a été une réelle souffrance pour moi et mon entourage. Depuis que je suis sorti de cet enfer, j?ai toujours voulu aider les autres.

Terre-Rouge a été une idée novatrice?

Oui, car cela a été le premier programme résidentiel de traitement contre la toxicomanie. Nous étions six amis à lancer le projet et nous avons accueilli, au départ, six pensionnaires. Ma satisfaction : les responsables actuels du Centre sont d?anciens toxicomanes. Cela veut dire qu?il y a continuité et suivi. Je crois beaucoup en la thérapie du semblable par le semblable.

Mais pourquoi alors avez-vous quitté le Centre de Terre-Rouge ?

Beaucoup de rumeurs infondées ont suivi mon départ. On a parlé d?audit surprise et de trou dans les finances. Il faut savoir qu?il n?y avait eu qu?une dette connue et tolérée par le directeur du projet sur plus de deux ans. Cela a été un divorce brutal, avec les torts partagés.

Quelles sont vos priorités en tant que président du « Board » de la Natresa ?

Je considère que la Natresa devra opérer pleinement dans le cadre légal qui le régit. J?ai déjà eu trois rencontres avec le responsable de la Natresa, Anunkumar Ghallu, et une avec la ministre Sheila Bappoo. J?ai également rencontré le personnel de la Natresa et présidé la première rencontre du nouveau conseil d?administration. Ma priorité est de voir comment nous pourrons donner aux toxicomanes les meilleures chances de s?en sortir. Nous voulons également développer une politique de prévention. Je l?affirme : on n?efface pas ce qui a été fait jusqu?ici, mais nous avons une vision différente de la manière d?atteindre le même objectif.

Et le démantèlement de la « National Prevention Unit » (NPU) ?

Il n?est nullement question de démantèlement ! J?ai rencontré les trois membres de cette instance, et mon but est de renforcer cette unité. Le conseil de direction a créé un sous-comité pour réfléchir sur la prévention. Il faudrait être fou pour éliminer la NPU. Nous devons continuer et améliorer ce qui se fait déjà.

Et pourtant, le contrat de Cadress Rungen n?a pas été renouvelé?

Cadress Rungen est un ami et nous avons longtemps travaillé ensemble. Je ne remets ni sa sincérité, ni son intégrité en cause. La décision du non-renouvellement de son contrat a été prise par le ministère avant ma nomination. Je précise que j?ai été nommé en remplacement de Lindsay Morvan, président démissionnaire de la Natresa. J?ajoute que je suis heureux que les responsables de la prison aient confié à Cadress Rungen la responsabilité du Centre Lotus de la prison.

Une dernière étude dénombre 20 000 toxicomanes à Maurice. Et les centres ne touchent qu?un millier d?entre eux?

C?est une des questions qui demandent des réponses concrètes. Je considère que, jusqu?ici, aucune évaluation sérieuse de l?investissement humain et financier dans le combat contre et la prévention de la toxicomanie n?a été entreprise. Cela nous permettra de mieux affûter notre combat.

En quoi cela vous aidera-t-il ? ?

Il faut savoir que notre rôle n?est pas la répression de la toxicomanie, qui relève de la police. Nous nous occupons de la réhabilitation et de la réinsertion sociale du toxicomane. Il n?y a aucune statistique disponible sur le nombre de personnes qui ont suivi les programmes et qui se sont réinsérées. L?ex-toxico réhabilité sert de role model et il devrait occuper une place cruciale dans nos programmes. C?est la meilleure des méthodes.

Vous avez avancé qu?il n?y a pas urgence au niveau de la toxicomanie? J?ai voulu dire par cela que nous savons tous quels sont les traitements médicaux appropriés pour les toxicomanes. L?urgen-ce est de faire en sorte que le toxico puisse trouver les réponses et les structures nécessaires pour qu?il se soigne.

Mais comment toucher les toxicomanes, qui sont au nombre de 20 000 ?

La Natresa n?a pas le monopole de la prévention. Nous avons d?abord à développer un modèle pour chacun de nos publics cibles ? adolescents, séropositifs? La Natresa a des moyens limités et le gros du travail se fait et se fera par les centres.

Il nous faudra développer des réseaux pour que nous puissions former et mettre dans le coup les Health & Safety Officers et les responsables des ressources humaines des entreprises. Idem pour les officiers des centres de jeunesse et des centres communautaires. Nous pourrons leur transmettre un savoir qu?ils utiliseront pour toucher le plus grand nombre. La richesse de Maurice est son peuple et si nous arrivons à combattre la toxicomanie, c?est 20 000 paires de bras de plus que nous aurons pour sortir du marasme économique.

« Il faudrait avoir des peines de travaux d?intérêt général pour les petits délits liés à la drogue »

Et quid de la remise de peines ?

Notre société est hypocrite sur ce point. Je crois en la remise de peines des toxicomanes comme élément important pour assurer leur réinsertion. Cependant, Il faut distinguer le trafiquant de drogue du consommateur. Nous avons tendance à avoir une approche hyper répressive et le fumeur d?un joint fait, presque toujours, de la prison. S?il a le malheur de faire une peine de prison, les portes du marché du travail lui sont fermées. Il nous faut faire de sorte que celui qui aura payé sa dette envers la société pour avoir fumé un joint puisse, après, disons, cinq ans, retrouver un casier judiciaire vierge. La prison doit permettre un suivi des malades que sont les toxicomanes.

Vous êtes donc pour une politique moins répressive?

Le toxicomane est avant tout un malade et il nous faut faire de façon à ce qu?il bénéficie des soins appropriés pour qu?il s?en sorte. À Maurice, par exemple, le Subutex est considéré comme une drogue dangereuse alors qu?en France, il est considéré comme un des meilleurs médicaments d?une cure. Il est interdit ici à cause du mauvais usage qu?en font certains. Dès 1990, j?avais suggéré que chaque pharmacie ait, dans son système informatique, une copie des signatures des médecins ? un peu comme les banques qui ont des spécimens de la signature de leurs clients. Ces petites choses peuvent nous aider à être plus efficaces dans notre combat.

Que proposez-vous encore ?

Si nous avons une volonté politique partagée pour lutter contre la toxicomanie, il nous faudra revoir entièrement le Dangerous Drugs Act. Par exemple, le législateur prévoit des peines fixes et le magistrat n?a pas d?autre choix que la prison.

Il faudrait avoir la possibilité de peines de travaux d?intérêt public pour les petits délits liés à la consommation de drogue.

Êtes-vous pour un programme d?échange de seringues ?

Je suis personnellement contre tout projet d?échange de seringues en milieu carcéral, car ce serait un aveu que la drogue y entre. Je suis par contre pour la vente libre de seringues. Il est inconcevable qu?un diabétique, par exemple, ne puisse en acheter en pharmacie.

Le Dr Suresh Kumar, qui était chez nous, a affirmé que le fait d?avoir 15 % de nos toxicomanes séropositifs était une calamité? Que va faire la Natresa ?

Notre rôle, avec le peu de moyens que nous possédons, est de soutenir ce qui se fait déjà. Ici, il faut saluer et soutenir le travail des ONG, particulièrement de Pils.

Comment se fait-il qu?il n?y ait pas de représentantes d?ONG travaillant avec les femmes dans votre conseil d?administration ?

La législation prévoit que le président n?est pas impliqué dans la nomination des membres du Board. Cette tâche revient au ministre. Mais je précise que deux de nos cinq Liaison Officers sont des femmes.

Qu?en est-il de votre travail auprès des femmes ?

Il est un fait que la toxicomanie et l?alcoolisme n?épargnent pas les femmes. La toxicomanie féminine est souvent liée à la prostitution. Il nous faudra agir là-dessus également.Le nombre de jeunes qui « tombent » dans la drogue ne cesse d?augmenter?La Natresa doit être plus efficace dans son travail d?information et de prévention auprès des adolescents. Il nous faut agir auprès d?eux très tôt. Pour cela, il nous faut préparer des programmes appropriés à leur attention, un peu comme nous le faisons avec les autorités de l?éducation catholique.

Le personnel du Natresa est souvent accusé de ne travailler que de 9 à 16 heures?

Si tel est le cas, nous courons tout droit à l?échec. Nous voulons changer cela et je rencontre demain, en tête à tête, chacun des fonctionnaires de la Natresa pour voir comment être plus efficace. Nous verrons également comment faire pour que tous soient partie prenante des projets de la Natresa et s?il le faut, nous leur donnerons une allocation pour le travail fait après les heures ouvrables. J?ajoute que les membres du Board qui ont une longue expérience du terrain pourront mettre leur expérience, bénévolement, au service des différents projets de la Natresa.

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