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Comment leur vie a basculé
<B>«Pa enn la vi sa»
Cette rubrique paraîtra tous les samedis. «L?express» souhaite ainsi contribuer à la campagne sur la sécurité routière. Chaque semaine, une victime de la route racontera son expérience. Avec 11 007 accidents, il est temps de dire : assez !
La route continue de tuer. Malgré toutes les campagnes de prévention contre les accidents de la route. Malgré le durcissement des sanctions. Mourir demeure toutefois un moindre mal en comparaison à une vie d?amoindri. Hanjah Seegoolam partage son calvaire quotidien avec nous. Comme pour nous forcer à regarder en face le modèle de vie peu enviable qui nous attend, peut-être, au tournant demain?
Le quinquagénaire Hanjah Seegoolam traîne les pieds pour se rendre au salon. Il tient constamment son poignet droit dans la main gauche. Et quand il lâche prise, son bras retombe comme un membre qui n?est plus irrigué. Nadia, son épouse, s?empresse d?aller chercher l?écharpe fournie par l?hôpital SSRN où il a longuement séjourné depuis son accident l?an dernier. Elle l?aide à y mettre le bras. Chaque mouvement lui arrache une grimace de douleur. «Mo oblize met sa toultan kan mo dibout», lâche-t-il entre deux rictus.
Jusqu?au 21 octobre 2004, la vie de ce laboureur du ministère de l?Agriculture se partageait entre son travail à Eau-Bouillie, sa femme Nadia, leurs enfants Wazeeda et Parveez et leurs petits-enfants.
En ce jour fatidique, c?est le sixième jour du ramadan. Hanjah s?est réveillé aux aurores pour le serhi, premier et unique repas de la journée . A cinq heures, il quitte la maison à moto pour sontravail. Au retour vers 13 heures, il roule dans les environs de Barlo quand il est pris de vertige. «Mo lizie inn ferme enn kout».
Un nfime moment d?inattention et c?est l?accident.. «Ler mo ouver lizie, mo trouv mwa pe tap ar enn pont.» Il se retrouve avec le bas-ventre ouvert, le bassin brisé et l?artère du bras droit sectionnée. Un passant avertit la police et le Samu. A l?hôpital du Nord, il est opéré du bassin et des plaques de fer sont utilisées pour soutenir les os fracturés. Un an plus tard, sa plaie au ventre n?est toujours pas cicatrisée.
Les médecins ont tenté une greffe au bras mais même le spécialiste français qui devait faire l?opération, a jugé que c?était peine perdue. «Mo gagn douler toultan. Mo napli kapav fer nanien» Depuis l?accident, Nadia machiniste depuis 20 ans, a cessé de travailler pour s?occuper de son mari. «Ki li baigne, manze, tou, mo madam bizin fer ar mwa».
Le couple vit sur la moitié du salaire d?Hanjah que lui verse son employeur et sur l?allocation d?invalidité du ministère de la Sécurité sociale. Du moins sur ce qu?il en reste après le remboursement d?un prêt auprès de la Mutual Aid pour la construction de leur maison «Bann zanfan ed nou enn tigit me zot mem zot ena zanfan. Zot pou get pou zot zanfan avan e sa li normal.»
Le plus dur pour Hanjah, ce sont ces journées d?inactivité et surtout ses nuits. «Mo telma soufer ki mo bizin leve parfwa dan lanui e mo asize. Mo lamin fer mwa soufer plis. Ler mo al fer fizio trwa fwa la semen lopital, mo pa kapav tini. Mo criye. Pa enn lavi sa madam?»
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