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“Revi Kiltir Kreol” : saisir les nuances du métissage

30 octobre 2005, 20:00

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The Metis, the Misfit? (littéralement le métis, cet inadapté ?) Est-ce à dire que nous sommes tous condamnés, nous “Mauriciens, enfants de mille races”. Marginal en société, révolté en littérature, solitaire en poésie. C’est Danielle Tranquille qui pose la question, sous forme de contribution à la cinquième édition de la Revi Kiltir Kreol. Lancée vendredi, cette publication, placée sous le signe de Créolité et métissage, est une production du centre Nelson Mandela pour la culture africaine.

Lancinante interrogation. Comme une douleur que l’on peut apaiser qu’en la nommant. “Créole” est son nom. D’autres disent “métissage”. Des termes “souvent cités comme des synonymes par certains mais dont les définitions demandent précisions et nuances pour d’autres”, écrit Jean Claude Augustave, directeur du centre Nelson Mandela en avant-propos.

Alors, Danielle Tranquille (anciennement chargée de cours à l’université de Maurice, aujourd’hui associée aux éditions Bartholdi), s’est attachée à lire entre les lignes de trois auteurs mauriciens.

A travers le malaise de Hawkins dans Le sang de l’Anglais de Carl de Souza, les errances de Nadège dans A l’autre bout de moi, de Marie Thérèse Humbert et les vérités poétiquement assenées par Edouard Maunick, c’est nous que Danielle Tranquille ausculte.

“J’ai voulu m’en aller pour changer de regard/

Pousser le paysagedans ses retranchements/

bousculer les amers/

errer plus loin que terre/

oublier les salines/

trahir les archipels pour une poignée de neige”

Mais rien n’y fait. Toujours il nous faut revenir. Nous réconcilier avec le passé. La voie est tracée par la dizaine de communications contenues dans la nouvelle édition de la Revi Kiltir Kreol. Une cuvée très portée sur la linguistique, la sociologie et “l’univers créole métisse” telle que représentée dans la littérature.

La revue s’ouvre sur l’étude richement documentée de Daniella Police-Michel, chargée de cours en linguistique à l’université de Maurice. Elle s’est penchée sur L’évolution de l’identité créole en contexte mauricien. Sans rien occulter des différentes acceptions du terme “créole” dans le discours colonial – que ce soit à la période française ou anglaise – Daniella Police-Michel nous renvoie aux origines de nos dissonances.

“Le terme créole n’a pas toujours désigné les Mauriciens d’origine africaine et malgache plus ou moins métissés (…) Avant, le terme renvoyait tantôt aux «Blancs», tantôt aux «Indiens», tantôt aux «Gens de couleur»...”</I>

“Le terme créole n’a pas toujours désigné les Mauriciens d’origine africaine et malgache plus ou moins métissés (…) Avant, le terme renvoyait tantôt aux Blancs, tantôt aux Indiens, tantôt aux Gens de couleur (…) Aujourd’hui encore, l’association du terme au groupe des Mauriciens d’origine africaine et malgache n’est pas aussi stable qu’on pourrait le croire”, écrit-elle.

Au fil de son argumentation, nous rencontrons “l’orientation positive du terme créole quand il se réfère au colon blanc et l’orientation négative quand il sera utilisé dans le discours du Blanc pour désigner les métisses libres ou les esclaves.”

Des constats qui trouvent échos chez Yu-Sion Live, maître de conférences en sociologie à l’université de la Réunion, pour qui, “A l’origine, le kreol est défini comme un Réunionnais de race blanche ou un métis au teint clair, mais cette définition a changé au fur et à mesure du métissage avec les Indiens, les Malgaches, les Africains ou les Chinois.”

Mais au-delà des considérations épidermiques, il postule qu’“il n’existe pas de véritables groupes ou communautés ethno-culturels à la Réunion. Les Kafres, Créoles, Sinwa, Malbars, Z’arabs…ne constituent pas des ethnies, ni des communautés (…) Ils font tous partie du peuple réunionnais.” En définitive, au fil des pages, nous n’avons pu trouver de meilleure formule que celle du linguiste Raphaël Confiant. Pour lui, “Créolité = négritude + Indianité + blanc – créolitude + sinitude + arabité.”

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