Publicité
La révolution des idées n?aura pas lieu
Par
Partager cet article
La révolution des idées n?aura pas lieu
Comme dans la haute couture où l?on prépare la prochaine collection, en politique également les partis s?organisent pour les élections à venir. Au Mouvement militant mauricien (MMM), c?est le renouvellement des instances qui mobilise l?attention. L?exercice ne se fait pas sans anicroche. Les anciens feront-ils place aux jeunes ? L?éternelle antienne qui consiste à chercher le bon dosage entre les deux ne se fera-t-elle pas au détriment de nouveaux aspirants aux postes de responsabilité ?
Pour les jeunes, s?il s?agit de ne pas s?aliéner l?actuelle direction et encore moins les faveurs du leader, on ne se prive pas non plus de faire un lobbying subtil en amenant la base à exercer une certaine pression. Mais il n?est aucunement question de bouleverser la hiérarchie. A côté des jeunes cadres, il existe une autre catégorie de candidats qui, eux, ne s?embarrassent pas des convenances. Ce sont pour la plupart des militants dits « coaltar » qui, tout en n?incarnant aucun esprit de renouveau, espèrent faire jouer le facteur de fidélité pour s?imposer.
C?est dans une telle atmosphère que le parti mauve renouvelle ses instances avec déjà le souci de savoir quel est le positionnement qui lui serait plus favorable lors des prochaines consultations électorales. C?est également en fonction de ces échéances que certains font jouer leurs influences. La composition de la nouvelle direction donnera une indication sur cette question. Entre ceux qui souhaitent une nouvelle alliance avec le PTr et ceux qui préfèrent d?autres configurations, il en reste également quelques-uns qui estiment que l?important est un retour aux sources, un exercice d?autocritique et un travail permettant une meilleure saisie des réalités contemporaines.
La perte du monopole des villes, au-delà de l?échec aux législatives, est en ce sens le signal d?un grand déphasage avec l?électorat. « La défaite aux législatives a effectivement été vécue comme une douche froide », confirme Ananda Rajoo. Jayen Cuttaree, lui, voit les choses autrement :
« Si nous n?avions pas perdu les élections, il n?y aurait rien eu de dramatique ». Une lecture qui démontre un certain refus d?une refonte en profondeur du parti. Toutefois, le dirigeant mauve concède que c?est une opportunité pour « apporter des changements non seulement au niveau des hommes qui assureront la relève, mais aussi pour travailler sur l?adaptation du parti aux nouvelles donnes politiques sur le terrain ».
Néanmoins, dans tous les cas de figure, on se refuse à faire une révolution des idées au sein du parti. Pour Françoise Labelle, ce n?est que lorsque les nouvelles structures seront mises en place qu?il faudra « réfléchir et travailler de manière systématique et aussi ouvrir des espaces de réflexion pour la base ».
Parti militant ou bérengiste ?
Pourtant c?est le retour aux sources qui s?impose, ainsi qu?une analyse de l?évolution du parti au fil des années. « Ce n?est qu?en revenant aux sources du militantisme qu?on pourra à nouveau donner envie à nos militants », explique Jayen Teeroovengadum. Alors que pour Deven Nagalingum, il importe de vulgariser l?histoire du MMM en donnant des responsabilités à des personnes qui ont « toujours l?esprit militant. Des personnes qui ont la force de prendre le témoin pour affronter les temps difficiles car c?est le propre du militant que de demeurer fidèle à ses convictions contre vents et marées ». Vision nostalgique du militant ? Probablement?
La question se pose toutefois de savoir si le MMM s?abreuve toujours aux sources du militantisme ou à celles du bérengisme ? Une question qui commande une réponse prévisible des interlocuteurs mauves. Ananda Rajoo, comme d?autres collègues du parti, tente de minimiser l?étendue du désastre en ramenant le débat sur les causes de la défaite. « C?est une victoire tactique du PTr. Il n?y a pas eu de vague ». « Nous avons définitivement eu un problème de communication », enchaîne Françoise Labelle. Comment rebondir ? Si certains, du côté des mauves, attendent que les difficultés assiègent le gouvernement pour se refaire une santé, d?autres, par contre, estiment qu?il y a un travail en profondeur à effectuer.
C?est le cas d?Ananda Rajoo qui, lucidement, reconnaît qu?il faut identifier un nouveau projet de société parce que le contexte sociopolitique a changé. « Le MMM a pris naissance en faisant valoir le syndicalisme, la lutte ouvrière, le mauricianisme, la langue créole? Aujourd?hui, certains de ces combats ont connu un aboutissement et d?autres défis s?annoncent comme l?avortement, l?alcoolisme, l?environnement », fait-il ressortir. Il est en effet question de s?adapter aux débats contemporains, de les susciter et de proposer des solutions.
Le deuxième axe de réflexion proposée par Ananda Rajoo s?articule autour du rôle de l?élu. « Il faut savoir ce que veut dire un député de proximité », souligne-t-il. Enfin, le renouvellement des instances ne peut être une simple étape dans la vie du parti surtout à un moment pareil. « A qui donner des responsabilités ? Ceux qui sont populaires ne sont pas forcément compétents et inversement. Il y a aussi la question du renouvellement du collège électoral. Des gens sont habitués à voter Ganoo, Cuttaree? Pour que les nouveaux aient leurs chances, il faut changer le signal qui vient de la base et cela passe par un renouvellement de la base elle-même. C?est une question délicate parce que certains sont toujours fidèles au poste, mais il est aussi vrai qu?ils ont perdu de leur superbe », explique Ananda Rajoo.
Réveiller la conscience sociale
Une lecture reprise par Deven Nagalingum pour qui il est important d?insuffler de nouvelles énergies au parti. Cependant, il s?empresse de faire remarquer que le seul renouvellement des cadres ne suffira pas. Son analyse ne manque pas de pertinence. Il appelle à une meilleure saisie de la psychologie de l?électorat. L?adhésion de ce dernier n?est plus inconditionnelle. Et les partis doivent évoluer en prenant cela en considération, à moins qu?ils ne se donnent une autre mission. « Celle de travailler à un réveil de la conscience sociale et politique. Aux partis de réhabiliter en quelque sorte la politique et de liquider les considérations ethniques et, dans une certaine mesure, économiques. Le MMM est appelé à revenir à l?essentiel », plaide avec force Deven Nagalingum.
Se retrouver, tel est aujourd?hui le défi du MMM. Se retrouver dans ce qui fait sa force, dans ses valeurs et dans son inspiration. Le militantisme s?est dilué dans les trop nombreux compromis et compromissions. « Ces dernières années, le MMM n?a été qu?un one-man-show. Auparavant, il y avait des hommes au sein de ce parti pour interroger le leader. Aujourd?hui, les caciques n?ont qu?un seul souci : comment retrouver le pouvoir. Ce qui explique leur obsession d?une nouvelle alliance avec le PTr parce qu?il leur semble que c?est le moyen le plus facile de s?assurer un fauteuil ministériel », fait remarquer un observateur politique. Le même interlocuteur invite les Mauves à ne plus se reposer sur « ce qu?ils ont été, ce qu?ils ont fait. Il leur faut sortir de l?illusion. Le MMM a été un parti d?idées. Désormais, il est coupé de la réalité et il ne sait même plus comment palpite le c?ur de Maurice ».
Inévitablement, dans une telle conjoncture, se pose la question du rôle de Paul Bérenger. Le leader charismatique du parti, en composant différents rôles, a ainsi fini par oublier l?essentiel. « Il ne sait plus comment parler aux Mauriciens. Il devrait faire attention parce que s?il ne réagit pas vite, un nouveau leader surgira, cela au sein même du gouvernement. Ce sera la fin de l?opposition MMM si la nouvelle opposition prend naissance à l?intérieur du gouvernement », suggère un autre observateur politique.
Le MMM est effectivement dans une zone de turbulences. La direction est accusée d?être coupée de la base, les anciens de faire résistance à la montée de nouveaux et le parti, lui-même, d?être déconnecté de la réalité. Au siège du parti, on veut régler les problèmes dans un semblant de consensus et en minimisant la crise. Mais les faits sont accablants. Fragilisé électoralement comme il ne l?a jamais été après les municipales, le parti mauve, s?il n?agonise pas pour autant, n?en est pas moins entré dans une époque où il ne maîtrise pas tous les tenants et aboutissants. La situation s?aggrave davantage lorsqu?on sait que le PTr lui a volé son fond de commerce idéologique.
Les plus sceptiques craignent à juste titre que sans un sursaut, le parti risque une certaine banalisation. Les plus optimistes rappellent que ce n?est pas la première fois que le parti passe par une situation difficile. Entre les deux extrêmes, il reste une vérité. Le MMM n?est plus ce qu?il était. C?est de sa capacité à réagir que dépendra son avenir. En redevenant un parti d?idées, il pourrait devenir encore plus fort qu?il ne l?a été. Mais s?il persiste à être un parti langue de bois, s?il refuse à admettre que ses stratèges en communication sont dépassés et s?il continue à vouloir faire campagne selon les vieilles recettes, il court définitivement le risque d?une dépersonnalisation.
Le MMM sera ou ne sera pas. Tout dépendra de sa capacité à faire sa grande révolution des idées.
Publicité
Publicité
Les plus récents