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Sucre : une écoute mitigée

29 octobre 2005, 20:00

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Qu?on le veuille ou non, le sucre va perdre de sa saveur, si l?industrie de la canne s?obstine à jouer à l?autruche. C?est le sentiment partagé par les différents acteurs rencontrés à Bruxelles par une délégation de parlementaires mauriciens qui vient de rentrer d?une mission de lobbying.

L?Union européenne (UE) doit réformer son régime sucrier. L?an dernier, la production a été d?environ 17,5 millions de tonnes pour une consommation de 14 millions de tonnes. Pour éviter un effondrement du marché, la commission européenne envisage, à partir de l?année prochaine une réduction du prix de 39 %, étalée sur deux ans, et d?accorder aux pays ACP affectés par une telle réforme des mesures d?accompagnement étalées sur huit ans. Le montant global de ces mesures n?a cependant pas encore été arrêté. Une somme de 40 millions d?euros leur est proposée pour l?an prochain en attendant l?adoption des perspectives financières 2007-2013 de l?UE.

Les 18 pays ACP, qui exportent 1,3 million de tonnes de sucre par an, en direction de l?UE, trouvent cette pilule difficile à avaler. Maurice, leur porte-parole, sera sans aucun doute le plus affecté. L?heure est actuellement aux pourparlers au sein des différentes instances de l?UE. Le groupe ACP plaide pour une réduction de prix de 25 % étalée sur quatre ans et des mesures d?accompagnement plus substantielles. D?où la décision des parlementaires de partir en renfort.

Si tous ceux rencontrés lors de cette tournée ont prêté une oreille attentive aux préoccupations mauriciennes, les réactions ont néanmoins été divergentes. Le Britannique Russel Mildon, directeur de marché pour les légumes au sein de la DG pour le développement agricole et rural, ne fait pas dans la dentelle. « La réforme est dans l?air depuis 2003. Vous auriez dû savoir que les prix allaient baisser. » Il conseille même à l?industrie sucrière d?accélérer son programme de réforme au lieu de plaider pour un nouveau délai. À quoi, Kailash Purryag, qui dirigeait la délégation mauricienne, a répondu que le pays n?avait pas attendu les propositions européennes « pour se retrousser les manches afin de moderniser le secteur sucrier ».

« Son bon ami » Louis Michel

Nando Bodha et Nita Deerpalsing sont montés à chaque fois au créneau pour lui prêter main-forte. La délégation n?a cessé de mettre en exergue la fragilité de notre économie face à la flambée du prix du pétrole, au démantèlement de l?accord multifibre, à l?éloignement de nos marchés et aux aléas climatiques.

Mais il n?y a pas eu que la froide réaction du ressortissant anglais. Outre celle des convertis du groupe consultatif des ambassadeurs des pays ACP, la cause mauricienne a suscité de la sympathie chez les politiques, non seulement ceux du Parlement européen mais également de la présidence du sénat et celle de la Chambre des représentants de la Belgique. Marie-Arlette Carlotti, parlementaire du groupe socialiste et vice-présidente du comité paritaire, s?est d?ailleurs engagée à être notre interprète auprès de ses pairs. Pour sa part, Herman De Croo, président de la Chambre des représentants belge a promis de plaider notre cause auprès de son « bon ami » Louis Michel, le commissaire au développement et à l?aide humanitaire. L?accueil a été aussi chaleureux chez l?Allemand Heinz Kindermann, membre du SPD et du comité pour le développement agricole et rural, et chez Luisa Morgantini, du groupe de la gauche unie et présidente du comité de développement au parlement européen.

Face aux politiques, les émissaires mauriciens ont surtout mis l?accent sur l?importance que Maurice a toujours accordée à la démocratie, à la bonne gouvernance et à l?usage judicieux qu?il a su faire des moyens mis à sa disposition grâce aux différends accords avec l?UE. « Autant d?atouts qu?une réforme brutale risque d?ébranler », n?a cessé de répéter le chef de la délégation mauricienne.

Reste maintenant à savoir si cette tournée patronnée par la Fondation Friedrich Ebert en valait la peine.

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