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Ces oiseaux pris en grippe

28 octobre 2005, 20:00

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De tous les endroits qu’ils traversent, il a fallu qu’ils choisissent Terre-Rouge. Allez comprendre ce qui se passe dans une cervelle d’oiseau. Après une moyenne de 15 000 km, il faut bien se poser quelque part ! Comme il faut changer d’air, autant opter pour le « paradis ». Un bout de rivière ouvert sur la mer. Un estuaire.

Il n’y a que là que les yeux jouent avec un étonnant puzzle de la nature. La Dame s’est amusée à placer côte à côte : une jungle de «vounes» impénétrables, une plage grise imitant la lune, et une mer «kouler paviyon Moris». Cela, c’est ce que disent les pêcheurs de la région, quand ils s’énervent à cause de la pollution.

Il y en a tout un groupe près du Fisheries Post situé à l’extrémité de l’estuaire. Il faut dire que question environnement, la région n’est pas gâtée. Entre le dépotoir de Roche-Bois et les effluents déversés dans l’océan, il ne fait pas toujours bon respirer. Souvent le ton monte pendant les parties de cartes. On interrompt les siestes. C’est que le soleil échauffe vite le sang sur ce coin de planète où, contrairement à son nom, la terre n’est pas rouge.

Elle est même carrément couleur de sable. De la poussière de corail toute triste, parce qu’un jour, on a comblé la mer. On l’a forcée à se retirer quelques mètres plus loin, pour agrandir le port. Alors, le sable a été envahi par des herbes folles hérissées de piquants. Les oiseaux ne vont pas par là.

En ce début de matinée, ils sont sagement alignés au bord de l’eau. Des lianes égratignent les mollets tout le long du sentier qui sépare le centre d’accueil du Rivulet Terre Rouge Estuary Bird Sanctuary, du Fishing Post.

Pour nous guider, Jean Claude Délia, le garde de sécurité de ce centre d’accueil placé sous l’autorité du National Parks and Conservation Service, du ministère de l’Agro-industrie. L’estuaire ne relève pas du ministère de l’Environnement.

«nous restons en état d’alerte»

Jean Claude Délia parle comme il marche. Vite. Lui, le «zenfan Roche-Bois» se souvient du temps où il jouait au foot sur cette plage. Peur des oiseaux lui ? Jamais. «Kifer mo pou per sa malad la ? Tou lezour mo la, zame mo pa finn gagn narien.» à quelques mètres à peine, corbijeaux et gasses (oiseaux migrateurs à long bec courbé pour l’un, pointu pour l’autre) acquiescent. Poussent des cris perçants en prenant leur envol.

Tout à l’heure encore, ces oiseaux n’étaient que des taches noires. Cela, c’est quand on les observent à l’œil nu de l’étage du bureau du centre d’accueil de l’estuaire. Méthodiquement, Oomarkant Ramgoolam, Senior Technical Assistant observe à la longue vue. Et voilà les taches floues qui deviennent becs et ongles.

«Nous avons répertorié environ 16 espèces d’oiseaux qui visitent régulièrement l’estuaire», explique l’officier du ministère. «Depuis deux ans, c’est avec le soutien de l’université de Maurice que nous étudions les cycles d’arrivées et de départs. Il y a six espèces qui passent fréquemment l’hiver chez nous.»

Le meilleur horaire pour les observer : à marée basse, de préférence avant 8 heures du matin. Des visiteurs en villégiature d’octobre à février. Parmi eux : corbijeau, gasse, tourne-pierres, pluvier argenté, chevalier guignette et bécasseau cocorli. Loin des noms scientifiques, loin des préoccupations humaines, les oiseaux eux grattent le sable. Picorent le crabe, le ver, le crapaud. Plongent le bec dans l’eau. En retirent un petit poisson.

Indifférents. Les oiseaux migrateurs ne s’inquiètent pas de toutes les expériences et analyses en laboratoire. Car pendant que les migrateurs se refont une santé, l’équipe d’Oomarkant Ramgoolam veille au grain. Ramasse de la fiente «fraîche et celle qui a stagné dans les petits trous creusés par les pas d’hommes». Teste l’eau. Autopsie le cadavre des oiseaux qui ont rendu l’âme après le long voyage. «Les échantillons testés sont négatifs jusqu’à l’heure. Nous restons en état d’alerte.»

Dur, dur de ne voler que de ses propres ailes, de France, de Norvège et même de Sibérie. Et pas n’importe comment encore. Il faut suivre le chef d’escadron. Voler en formation, en «V» comme les avions bombardiers. Ou plutôt, c’est eux qui ont copié. En plus, il faut s’affirmer même si on est un oiseau, montrer que l’on a du caractère, surtout quand il estquestion de nourriture. La logique est simple. Ce sont ceux qui volent devant qui attrapent les meilleurs morceaux : mouche, moucherons, papillons… Tout y passe car la route est longue avant de pouvoir reposer ses pattes sur le sable de Maurice.

GRIPPE AVIAIRE, PAS DE PANIQUE

Depuis que l’épidémie ne cesse de prendre de l’ampleur, les autorités ont mis sur pied un comité national de surveillance chargé d’observer tout le territoire, y compris les zones humides prisées par les oiseaux migrateurs, les fermes d’élevage, ainsi que les zones du port et de l’aéroport.

Des contrôles sont aussi effectués dans les lieux de vente de poulets. Mardi, le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, a affirmé qu’il n’y a pas de cas de grippe aviaire rapporté jusqu’ici à Maurice.

L’estuaire du ruisseau de Terre-Rouge est une zone humide côtière déclarée réserve naturelle le 27 août 1999. D’une superficie de 26 hectares, elle accueille chaque été près d’un millier d’oiseaux migrateurs. Fuyant l’hiver, ces oiseaux profitent de l’environnement propice pour se refaire une santé avant la saison de reproduction et le renouvellement du plumage.

Reconnue par la Convention de Ramsar (traité international signé en 1971, ayant pour mission d’assurer la conservation et l’utilisation durable des zones humides dans le monde), l’estuaire est la seule zone humide au monde située dans une capitale. Ouvert au public, les heures de visite de l’estuaire : en semaine de 9 heures à 15 heures et le weekend de 9 heures à 17 heures. «Nou pa enkor ouvert samdi dimans,» précise Oomarkant Ramgoolam. «Dimounn pa tro vini.»

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