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L?enfant chérie des auditeurs
«Félicitations, madame la directrice», lance, dans un rire tonitruant, la chanteuse Lindzy Bacbotte-Williams, qui fait depuis quelques mois ses premières armes d?animatrice à la radio nationale. Pamela Patten, qui n?a jamais eu la grosse tête malgré le succès d?estime dont elle jouit en 30 ans de carrière à la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC), remercie, rosissant de plaisir.
Son téléphone cellulaire et son téléphone fixe sonnent presque sans arrêt. Plusieurs de ces appels émanent d?amis qui veulent la congratuler. Les autres sont des rappels au sacro-saint devoir : elle doit recevoir des représentants d?organisations qui ont des demandes spécifiques. «Le plus dur est d?essayer de satisfaire tout le monde», déclare-t-elle en soupirant.
Si assumer la direction de la radio ne lui paraît pas lourde ? elle a assuré l?intérim à ce poste à deux reprises dans le passé ? elle se dépense au service de l?administration, ce qui la tient éloignée de ses auditeurs qu?elle chérit et qui le lui rendent bien d?ailleurs. «Je fais de moins en moins d?émissions, à mon grand regret d?ailleurs. Mais je ferai en sorte de garder contact avec eux.»
Sans dévoiler toutes ses intentions, elle promet à ces derniers une nouvelle grille élaborée par un petit groupe de personnes dont elle même. Ainsi, les chaînes dédiées à l?oriental ou à l?occidental ne le seront plus. «Hormis la BBC, les cinq chaînes deviendront nationales et toutes les cultures se retrouveront sur chaque chaîne.» Pamela compte aussi reformater certaines émissions de proximité à succès «pour que le public se retrouve». Tout comme elle veut d?une émission qui fera le lien entre les Mauriciens d?ici et d?ailleurs. étant très sensible à l?humour, elle a commandé une émission humoristique de Sam Ammigan. «Il faut que l?auditeur, du plus petit au plus grand, se retrouve. Il faut lui donner ce qu?il attend, c?est-à-dire un peu de bonheur.»
Une préférence pour la radio
L?auditeur a toujours été au centre de ses préoccupations. Et ce, depuis qu?elle intègre la MBC comme animatrice pigiste après une audition réussie en juillet 1975, passée sur l?insistance de feu Jean-Roland Delaître, directeur général d?alors. à ce moment-là, Pamela a pour tout bagage audiovisuel ses quatre années passées à la British Broadcasting Corporation, deux comme secrétaire bilingue au service français et deux autres comme assistante à la réalisation.
Le public mauricien découvre alors une voix chaude, un brin nasale. Quelques mois plus tard, ils mettent un visage sur cette voix lors du passage d?un cyclone. «Il me fallait lire un communiqué de la météo en trois langues. J?étais appréhensive, surtout par rapport à ma tenue vestimentaire car j?étais habillée d?un ensemble jean. Mais tout le monde a trouvé que la tenue convenait à un cyclone», se remémore-t-elle avec le sourire.
C?est à partir de cette première apparition télévisée qu?elle se met à alterner les émissions radio et télé, même si c?est la radio qu?elle préfère. «J?ignore pourquoi mais c?est à la radio que je me sens plus proche des auditeurs.» Et puis, ajoute-t-elle, à l?époque, elle était entourée d?une sacrée équipe où la rivalité n?existait pas. «C?était une belle époque avec Michèle, Manda, Marie-Josée.» (NdlR : Marie-Michèle Etienne, Manda Boolell, Marie-Josée Baudot).
Pour que l?auditeur ne soit pas pénalisé, Pamela s?est vue un jour être réveillée par un chauffeur de la corporation à 6 heures du matin. «Il paniquait car il n?y avait pas d?animateur pour le direct de 7 heures. J?ai donc empoigné ma brosse à dents et je suis allée à la MBC en pyjama !» Tout comme il lui est régulièrement arrivé d?avoir à remplacer au pied levé un animateur introuvable ou d?être réveillée par les techniciens après minuit en raison de l?absence d?un signal de France Inter ou de Voice of America. «Il me faut alors trouver des solutions impérativement car l?auditeur doit ignorer tout de ces cafouillages. Que je sois mal dans ma peau ou qu?il y ait des problèmes internes à la MBC, l?auditeur n?en doit rien savoir et doit retrouver sa radio comme il la connaît et l?aime.»
Des moments forts durant sa carrière, Pamela a en connus. Elle cite les présentations régulières de la célébration officielle de l?Indépendance, les directs pour les visites de feu François Mitterrand, ancien président de la République française, de feu le pape Jean-Paul II, de Nelson Mandela, ancien président de l?Afrique du Sud, et plus récemment de Sonia Gandhi, leader du Parti du Congrès en Inde.
Elle a également apprécié toutes les collaborations avec RFO Réunion. «Si ce métier m?a permis de rencontrer des gens illustres, j?ai eu autant de moments intenses chez Monsieur Tout-le-monde». Elle n?en est pas revenue non plus quand les lecteurs de Cinq-plus l?ont désignée meilleure animatrice d?antenne en 1989.
Rester fidèle à ses auditeurs
Si pendant 12 ans, son statut de pigiste a eu du bon car il lui a permis d?être libre de présenter des spectacles pour différents organismes, il lui a aussi joué des tours. à commencer par les congés qui lui étaient interdits. Si bien qu?elle a dû reprendre le travail trois semaines après avoir accouché de sa fille Sabrina. Ensuite, toutes les bourses de perfectionnement lui passaient sous le nez.
Découragée, Pamela baisse les bras et jette l?éponge, quittant le pays pour aller en Grande- Bretagne et de là au Canada où elle trouve un emploi de reporter à Radio Canada. Elle y reste deux ans avant de regagner Maurice. «Radio Canada passait par une crise au niveau de son personnel et les relations étaient très impersonnelles. Et je n?aime pas cela.» à la MBC où elle va frapper, on est trop heureux de la récupérer et de l?employer alors à plein temps. Au fil des ans, elle est nommée Producer et Senior Producer.
La seule fois où elle frôle la catastrophe lors d?un direct, c?est le jour du départ de François Mitterrand. Son professionnalisme la sauve. «Nous allions prendre l?antenne dans dix minutes quand j?ai appris que le président français aurait du retard. Heureusement que j?avais fait de nombreuses recherches sur le couple Mitterrand et j?ai pu combler avec ces informations».
Pamela n?a jamais voulu répondre à l?appel du pied des radios privées. «Je suis fidèle à la corporation et à mes auditeurs car je leur dois tout.» Elle est si prise par son travail qu?elle n?arrive pas à prendre du recul. «Je suis partie 15 jours pour la cérémonie de remise de diplôme de ma fille et la corporation m?a manqué terriblement, de même que le personnel avec qui je travaille. J?ai beaucoup de mal à m?en éloigner. La MBC et mes auditeurs sont ma deuxième vie». C?est ce qu?on appelle aimantée?
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