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Sirandanes : un patrimoine en paraboles

24 octobre 2005, 20:00

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Mo lespri par deryer (ma tête est derrière moi). Devinez de quoi il est question. Pas facile si on n?est pas habitué aux sirandanes ou devinettes typiques de la langue créole ! Pour vous aider, un tableau signé Malcolm de Chazal.

Derrière une rangée de cocotiers l?artiste trace une mer noire sur laquelle voguent des petits bateaux. Alors? ? Si vous n?avez pas trouvé, regardez le tableau de plus près. La réponse est cachée sous une petite trappe aménagée en bas de l?illustration : ?Le bateau, à cause de son gouvernail situé à l?arrière.?

C?est dans cet esprit plein d?humour que l?exposition de sirandanes invite à une balade instructive entre Maurice, Rodrigues, la Réunion et les Seychelles. En effet, une collection de vingt ?uvres, appartenant au Centre culturel Charles Baudelaire, sont exposées depuis hier à la galerie Malcolm de Chazal, située dans le complexe Lake Point à Curepipe. L?événement est organisé dans le cadre des activités marquant la Journée internationale du créole.

Une présentation est proposée au visiteur avant qu?il ne fasse le tour des sirandanes, chacune illustrée par un artiste différent, de Fabien Cango à Khalid Nazroo en passant par Ismet Ganti et Henry Koombes. Plus que des devinettes traditionnelles, les sirandanes constituent un ?véritable trésor linguistique et poétique qui témoigne de l?imaginaire propre à une culture?.

Expression de convivialité

A l?entrée de la galerie, place à une devinette venue de chez les ?dalons? : Lekel montanny ki napa desant ? (Quelle est cette montagne dont on ne redescend pas ?) Le dessin montre un visage vieillissant à l?ombre d?un chapeau de paille. Cette fois la réponse est évidente : il s?agit de l?âge, bien sûr.

Les organisateurs, dont le Centre Nelson Mandela, ont assorti les tableaux à une exposition d?ouvrages ayant trait à la culture créole. Parmi eux, celui de Chantal Moreau sur la tradition des sirandanes à Rodrigues. Au fil des pages, le lecteur y apprend que celles-ci étaient parmi ?les jeux les plus populaires des îles Mascareignes?.

Moment privilégié dans une vie sociale conditionnée par le manque de distractions. C?est le soir ?après le dîner que l?on prenait le temps de jouer aux sirandanes?. Expression de convivialité qui s?est transformée en ?tradition orale transmise de génération en génération. Elle a permis à ceux qui ne savaient ni lire ni écrire de trouver leur place dans la société?.

Riches d?une langue à la fois mystérieuse et amusante, distinguées par une utilisation abondante d?images, de paraboles, de proverbes, d?humour et de double sens des mots, les sirandanes reposent sur un principe simple : décrire des objets ou des situations du quotidien en rapprochant des éléments qui nous éloignent de la bonne voie.

Chantal Moreau explique que les sirandanes à Rodrigues étaient fortement associées aux veillées mortuaires ; que des spécialistes de sirandanes faisaient la tournée des veillées ; et que les superstitieux interdisaient que l?on partage des sirandanes en dehors des occasions de deuil. Le principal, c?est que chaque question appelle une réponse. Sirandane ? Sampeck ! (J?ai trouvé).

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