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Pour une société basée sur le savoir
Un défi majeur se pose à l?humanité en ce début du XXIe siècle ; il consiste à atteindre le plein emploi et une croissance économique durable de l?économie mondiale, tenter l?intégration sociale. Ces derniers temps, ce défi est devenu encore plus complexe, encore plus difficile à relever.
Les transformations économiques et sociales et les mutations technologiques se succèdent à un rythme toujours plus rapide, et il faut sans cesse adapter les politiques et les institutions pour faire face à de nouveaux besoins et saisir les occasions offertes par une économie mondiale de plus en plus intégrée.
On reconnaît maintenant que la clé du développement économique et social réside dans les qualifications et compétences individuelles et donc, dans les investissements qui sont faits dans l?éducation et la formation. C?est indéniable que la formation fait augmenter la productivité et le revenu et favorise la participation de tous à la vie économique et sociale.
Toutefois, il est très difficile de mettre en ?uvre des politiques axées sur l?emploi et la croissance qui donnent la priorité à l?éducation et à la formation. Certains pays investissent énormément dans leurs ressources humaines ; c?est le cas notamment des pays industrialisés et des pays en voie d?industrialisation rapide (par exemple, la République de Corée et Singapour).
D?autres pays, et particulièrement les plus pauvres, n?ont pas la capacité de maintenir leurs investissements à des niveaux suffisamment élevés pour faire face aux nouveaux besoins. S?ils ne parviennent pas avec l?aide de la communauté internationale à mettre en ?uvre des politiques et des programmes efficaces d?éducation et de formation accessibles à tous, l?écart entre pays se creusera encore plus en matière de qualifications.
Selon l?Organisation internationale du travail (OIT), l?objectif ultime de l?économie doit être de garantir à chacun, femme ou homme, un travail décent et productif dans des conditions de liberté, d?équité, de sécurité et de dignité. Pour y parvenir, il faut atteindre quatre objectifs stratégiques qui sont essentiels au progrès social: la création d?emplois, (ce qui exige des investissements plus importants et bien ciblés dans la mise en valeur des ressources humaines et dans tous les types de formation afin de promouvoir l?employabilité, la compétitivité, la croissance et l?intégration sociale) ; le respect des droits fondamentaux au travail ; l?amélioration de la protection sociale; le renforcement du dialogue social.
■ Avantages économiques et sociaux de l?éducation et de la formation
?L?éducation, la formation et les autres modes d?acquisition du savoir sont un atout pour les particuliers, pour les entreprises, pour la société.? Les particuliers profitent des mesures prises en faveur de l?éducation et de la formation pour autant qu?elles s?inscrivent dans le cadre d?une politique économique et sociale appropriée. L?éducation et la formation, en améliorant l??employabilité? des particuliers, les aident à accéder à un travail décent et à échapper à la pauvreté et à la marginalisation.
Elles leur permettent d?accroître leur productivité, d?obtenir un meilleur salaire, d?avoir une plus grande mobilité sur le marché du travail, et élargissent leurs perspectives de carrière. Par exemple, d?après des études faites en France, un paysan qui est allé à l?école pendant quatre ans est beaucoup plus productif qu?un paysan sans instruction.
Les entreprises tirent elles aussi avantage de l?éducation et de la formation. Les entreprises qui investissent dans les ressources humaines peuvent améliorer leur productivité et être concurrentielles sur des marchés internationaux toujours plus intégrés.
La croissance économique et le développement social d?un pays sont toujours liés à l?importance de ses investissements dans l?éducation et la formation. Les pays ayant les plus hauts revenus sont les pays dont les travailleurs ont le niveau d?instruction le plus élevé. Les pays industrialisés investissent dans l?éducation et la formation au moins 30 fois plus par étudiant que les pays les moins avancés.
La mise en valeur des ressources humaines et la formation font augmenter la productivité de l?économie, améliorent l?offre de main-d??uvre et rendent les pays plus compétitifs sur le plan international. Des études démontrent qu?un système d?apprentissage moins étendu et moins performant produit une main-d??uvre moins qualifiée, ce qui nuit à la productivité et à la compétitivité.
Enfin, indépendamment des considérations économiques, l?éducation et la formation profitent à la société. La formation et la mise en valeur des ressources humaines contribuent également à promouvoir les valeurs fondamentales : équité, justice, égalité entre les sexes, non-discrimination, responsabilité sociale et participation de tous à la vie économique et sociale.
?L?inadéquation des formations à la réalité de l?économie contemporaine constitue l?un des enjeux les plus importants à relever?.
■ Placer l?individu au centre de la société du savoir et des compétences
C?est un fait accepté que chacun a droit à l?éducation et à la formation. Plus que jamais, chacun souhaite être maître de son destin et jouer un rôle actif dans l?économie et la société. Faire de chacun un citoyen et un membre actif de la société tend à devenir un des grands objectifs des programmes d?éducation et de formation.
La citoyenneté active est ?liée à la question de savoir si et comment les citoyens participent à toutes les facettes de la vie sociale et économique, aux chances dont ils bénéficient et aux risques qu?ils encourent, et ont le sentiment d?appartenir à la société dans laquelle ils vivent et d?avoir voix au chapitre.?
Un emploi décent est synonyme d?indépendance, d?estime de soi et de bien-être ; c?est donc un élément essentiel de la qualité de vie. De nombreux pays, industrialisés ou en développement, placent l?individu au centre du processus d?éducation et de formation et prennent les dispositions financières nécessaires à cette fin.
Certains pays expérimentent une approche de l?éducation et de la formation professionnelle axée sur l?apprenant. D?autres pays ont entrepris une réforme de leur système d?éducation qui met l?accent sur les compétences ?essentielles?, ?de base? ou ?fondamentales? et qui vise à développer l?indépendance et l?esprit d?initiative de chacun.
Plusieurs facteurs ? économiques, sociaux et technologiques ? expliquent que l?accent est mis de plus en plus sur l?individu. Dans toutes les économies modernes, la production des biens et services dépend de plus en plus des ressources humaines, c?est-à-dire des connaissances et qualifications individuelles et collectives des travailleurs, et de moins en moins du capital physique.
D?autre part, on est passé, en matière d?acquisition des compétences et connaissances, d?une approche passive, axée sur l?enseignant, à une approche active, axée sur l?individu. Le processus d?éducation et de formation consiste moins à transmettre des informations ? l?accès à l?information étant quasiment illimité dans le monde actuel ? qu?à préparer les individus à apprendre afin qu?ils puissent se procurer par eux-mêmes les informations dont ils ont besoin.
Il s?agit moins d?accumuler des informations que de savoir comment les trouver, les analyser, les utiliser. Il faut donner à chacun le désir et les moyens, y compris les moyens financiers, de prendre en main son propre apprentissage, afin qu?il puisse trouver sa place dans la société du savoir.
Enfin, les technologies de l?information et de la communication (TIC), en particulier les technologies fondées sur Internet, offrent de nombreuses possibilités. De plus en plus de gens utilisent les TIC comme outil d?apprentissage, puisqu?il est de plus en plus facile d?y avoir accès dans les pays à revenus élevés et dans de nombreux pays à revenus intermédiaires, et que l?on trouve désormais des cours gratuits sur Internet.
Une enquête menée récemment au Vietnam auprès des personnes travaillant dans le secteur des TIC a révélé que 70 % de ceux qui avaient les connaissances en informatique les avaient acquises grâce à un CD-ROM ou à Internet.
L?offre ne se limite pas aux compétences informatiques et aux TIC, elle s?étend à toutes sortes de formations utiles dans la société et l?économie du savoir. Toutefois, la ?fracture numérique?, à savoir l?inégalité d?accès aux TIC et à Internet, qui existe à la fois entre les pays et entre catégories sociales à l?intérieur d?un même pays, risque de s?élargir si aucune mesure n?est prise, sur le plan national comme sur le plan international.
■ Intégration des objectifs de mise en valeur des ressources humaines
L?éducation et la formation ne sauraient certes résoudre tous les problèmes qui se posent dans ce domaine mais elles doivent être cohérentes et faire partie intégrante de politiques et programmes économiques, sociaux et du marché du travail, propres à promouvoir la croissance de l?économie et de l?emploi.
Il faut favoriser la ?création d?un climat macroéconomique propice à l?essor des entreprises et à la création d?emplois, adopter des politiques de croissance économique et de changement technologique qui favorisent au maximum la création d?emplois et appliquer des politiques du marché du travail et des politiques de formation qui facilitent l?insertion ou la réinsertion des travailleurs dans les emplois productifs.?
L?apprentissage sur le lieu de travail, la formation et la mise en valeur des ressources humaines font désormais partie intégrante des objectifs de beaucoup d?entreprises et de leur stratégie générale et organisationnelle. C?est en particulier le cas dans les entreprises où l?organisation du travail est hautement performante et qui génèrent des produits et des services à forte valeur ajoutée.
Les recherches qui ont été menées sur la question par le Bureau international du travail donnent des informations sur les méthodes de ces entreprises. Elles montrent de quelle manière la gestion de la performance, des activités et du personnel, ainsi que les objectifs et méthodes d?apprentissage et de formation sont alignés sur les objectifs organisationnels qui visent à mobiliser la confiance et l?enthousiasme des travailleurs pour qu?ils adhèrent aux orientations prises par l?organisation.
■ Économie, emploi et société : évolution et problèmes
Les évolutions récentes de l?économie, de l?emploi et du marché du travail dans le contexte d?une mondialisation rapide et de l?intégration des marchés mondiaux ont été exposées dans différentes publications. Tous ces documents s?accordent sur un point essentiel, à savoir que ces évolutions ont creusé le fossé entre les pays en termes de participation à l?économie mondiale et les avantages que les pays, les entreprises et les individus en retirent.
Des écarts se creusent également entre différentes catégories de population à l?intérieur des pays, en termes d?accès à des emplois et revenus décents et de participation à la vie économique et sociale. Même en période de croissance et de faible chômage, les grands perdants des mutations économiques sont ceux qui n?ont reçu qu?une instruction et une formation rudimentaires.
Dans les pays industrialisés, l?emploi brut a récemment augmenté, mais sa structure a changé. Les marchés du travail sont de plus en plus segmentés.
Dans la plupart des entreprises du monde industrialisé, on trouve deux grandes catégories d?emplois: les emplois stables offrant des perspectives de carrière, occupés majoritairement par des hommes, et les emplois périphériques, caractérisés par une forte rotation de la main-d??uvre, de faibles possibilités d?avancement professionnel et peu d?accès à l?éducation et à la formation.
Les emplois de la première catégorie sont occupés par des travailleurs hautement qualifiés, alors que ceux de la deuxième catégorie sont occupés par des travailleurs qui n?ont guère d?instruction ou dont les compétences sont devenues obsolètes. De plus en plus les marchés du travail sont impitoyables pour les travailleurs sans qualifications.
L?absence d?intégration des politiques économiques, sociales et de l?emploi et l?augmentation des formes d?emploi atypiques ont rendu de nombreux travailleurs plus vulnérables. Leurs perspectives de carrière et de formation se sont amoindries et leurs conditions d?emploi se sont détériorées.
Dans les pays en développement, les changements associés à la mondialisation ? libéralisation des échanges, restructuration d?entreprises, voire de secteurs entiers, nouvelles pratiques commerciales ou de gestion ? ont eu de lourdes conséquences, souvent négatives, sur les marchés du travail.
Le chômage a continué à augmenter, les jeunes n?arrivant pas à trouver un emploi productif et rémunérateur. Cette situation a été exacerbée par les licenciements massifs opérés par les entreprises pour répondre aux exigences de la mondialisation, augmenter leur productivité et trouver de nouveaux marchés.
■ Le cas de Maurice : Une inadéquation pénalisante
Le niveau élevé du chômage constaté aujourd?hui dans notre pays ? 10 % de la population active ? représente un échec pour l?ensemble de la société mauricienne, dans lequel l?éducation nationale a aussi sa part de responsabilité au regard de l?importance du chômage des jeunes.
Par ailleurs, il existe une réelle inadéquation entre demandeurs et offres d?emploi. Le paradoxe réside dans la coexistence d?un nombre important de jeunes au chômage et d?une pénurie de jeunes qualifiés affectant certains secteurs économiques. De nombreux chefs d?entreprise insistent d?ailleurs sur les difficultés qu?ils rencontrent à trouver des jeunes dont le profil de formation correspond aux emplois qu?ils pourraient pourtant leur offrir.
L?inadéquation des formations à la réalité de l?économie contemporaine constitue l?un des enjeux les plus importants à relever pour l?éducation nationale et les autres fournisseurs de formation. Des opérateurs de centre d?appels ont même menacé de délocaliser leurs activités vers d?autres pays car ils ont d?énormes difficultés à recruter.
Une autre réalité est l?évolution de notre société. Des métiers disparaissent, de nouveaux besoins voient le jour. L?important n?est plus de conserver coûte que coûte son emploi, mais d?être capable d?en trouver un autre rapidement. C?est particulièrement vrai pour notre pays, qui connaît un taux de chômage relativement élevé.
Le débat sur les licenciements paraît surréaliste pour quiconque connaît la réalité de l?économie marchande: on embauche quand on a un marché et on licencie dès lors qu?il n?y en a plus. Ce n?est pas un problème de morale, c?est la règle de l?économie. La politique de formation doit donc poursuivre cet objectif d?adaptation, en donnant à chacun la possibilité d?améliorer ses compétences et son ?employabilité ?.
La formation professionnelle constitue un triple enjeu stratégique pour l?avenir de notre pays : un enjeu économique car, dans un contexte de concurrence mondiale, elle devient un élément majeur de la compétitivité des entreprises et de leurs salariés ; un enjeu social, dans la mesure où l?adaptation des compétences demeure le meilleur bouclier contre le chômage. Un enjeu politique, enfin, car le gouvernement qui parviendra à vaincre la spirale du chômage s?assurera une confiance durable.
■ Réduire les inégalités sur le marché du travail
Tous les pays sont exposés à la mondialisation et à ses différentes manifestations. La question est de savoir quelles sont les politiques et stratégies les mieux à même de les aider à emprunter le chemin d?un développement économique et social soutenu, à obtenir de bons résultats dans un environnement international de plus en plus compétitif et à réduire les inégalités croissantes en matière de revenu et d?accès à l?emploi.
Les stratégies précédemment adoptées par les pays en développement ? industrialisation rapide visant à réduire le besoin d?importations, redistribution des terres, etc. ? ne font plus beaucoup d?adeptes. La richesse des nations se fonde de plus en plus sur le savoir et les qualifications de leur force de travail. Une stratégie d?éducation et de formation permettrait de surmonter les difficultés liées à la mondialisation par une compétitivité accrue, tout en réduisant les inégalités croissantes qui s?observent sur le marché du travail.
Il est intéressant de citer ici la recommandation concernant la nouvelle approche de la formation de l?OIT :
● faciliter l?acquisition continue du savoir, améliorer l?employabilité des travailleurs du monde entier et promouvoir le concept du travail décent ;
● améliorer l?accès de tous les travailleurs à l?éducation et à la formation ainsi que l?égalité des chances dans ce domaine ;
● promouvoir des cadres nationaux, régionaux et internationaux pour la reconnaissance des qualifications, y compris celles acquises antérieurement ;
● renforcer la capacité des partenaires sociaux de constituer des partenariats dans le domaine de l?éducation et de la formation.
Ashreaf JOOMUN Chambre de commerce et d?industrie
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