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Ce ministère amer
par Aline GROËME
Il n?y a pas de place pour le doute. L?une des premières déclarations de Mahendra Gowressoo, ministre des Arts et de la Culture, a été de faire savoir aux citoyens de la République que ce portefeuille n?était pas celui qu?il souhaitait obtenir. Lapsus révélateur.
Cent jours sont passés. L?élu déçu s?est fabriqué une contenance. À affirmer vouloir susciter le sens de l?entreprise chez les artistes. Sans bâton de pèlerin mais serré de près par un entourage ultra protecteur, le ministre s?est alors mis en tête de visiter les institutions qu?il est chargé administrer. De la bibliothèque nationale au musée national de Mahébourg en passant par la poste centrale, Mahendra Gowreesoo a naïvement illustré son malaise.
Qu?en a-t-il réellement retenu ? Toujours pressé parce que toujours en retard (d?au moins un quart d?heure) sur son emploi du temps, le ministre est passé d?étonnement en surprise, de stupeur en ahurissement. Entre temps, la poste est retournée à la poste. Le centre Nelson Mandela, délogé avec célérité du bâtiment en pierre, n?a même plus de première pierre. Car celle posée par l?ancien président sud-africain à La Tour Koenig, repose en paix dans les locaux exigus du centre Nelson Mandela à Port-Louis.
Certes, le gouvernement a cinq ans pour gouverner, mais la vitesse d?exécution pour la poste nous mettait en droit d?attendre la même rapidité pour ce dossier.
En attendant, le ministre s?est trouvé une posture, utilisée (bientôt jusqu?à la corde) à chacun de ses discours. Désormais, Mahendra Gowreesoo ne rate pas une intervention pour rappeler que sa première visite a été pour le site de l?Aapravasi Ghat et la deuxième pour Le Morne.
Quand on sait à quel point la culture est politisée à Maurice, ce leitmotiv vaut son pesant d?or. Dans un pays où les associations dites ?socio-culturelles? peuvent à terme, muer en groupes de pression, le ministre a crée ( sans le vouloir ?) une dangereuse hiérarchie dans la perception. Ou est-ce sa parade pour tenir à distance ceux qui ne font pas la différence entre culture et religion ?
De leur côté, les centres culturels sont gelés pour la plupart. Jocelyn Chan Low a démissionné de son poste de président du conseil d?administration du centre mauricien. Parama Valaydon a été prié de partir du centre tamoul. Narainsamy Sanyasi s?est fait discret au centre télégou. Y aura-t-il des remplaçants ?
Si l?on tient compte du discours-programme, il faut croire que non. À son arrivée aux affaires, le gouvernement a déclaré son intention de changer radicalement d?attitude face aux questions culturelles. ?Le gouvernement ne poursuivra pas les pratiques de «compartimentage» et de «fragmentation» du tissu social?, avait lu le président de la République au Parlement.
Une prise de position motivée par le slogan (écorné ?) de promotion de l?unité nationale. Mais concrètement, en quoi la vie de l?artiste ? quidam ? a-t-elle changé ? Ebauche de réponse : ?L?artiste et son ?uvre?. L?intention est louable. Donner un espace d?expression aux artistes ? surtout les peintres ? les jeudis et vendredis au jardin de la Compagnie.
Dans la réalité, c?est un fiasco descendu au niveau zéro de l?organisation. Les artistes enregistrés au ministère reçoivent un coup de fil les invitant à faire des tableaux qu?ils pourront exposer à la vente. Rendus au jardin, ils sont parqués à l?arrière des toilettes publiques. Les organisateurs n?ont même pas eu la bonne idée de les abriter dans le kiosque. Pour le passant non averti ? essayez, l?effet est garanti ? qui se promène aux abords du jardin, il est impossible de deviner que des plasticiens y sont à l??uvre. Changer ? Oui. Pour le pire. Non.
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