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Filière pré-professionnelle : divorcer ou cohabiter ?
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Filière pré-professionnelle : divorcer ou cohabiter ?
Séparer pour mieux cibler. Intégrer pour un meilleur épanouissement. Faut-il donc séparer les élèves de la filière pré-professionnelle de ceux du mainstream ensecondaire ? Le monde éducatif est très divisé sur la question et, pour l?instant, le ministère de l?Education et des Ressources humaines ne s?est pas prononcé. Il se donne un temps de réflexion, même si certains au gouvernement se disent en faveur d?une séparation.
Le ministre Dharam Gokhool a précisé à l?Assemblée nationale, mardi dernier, que le statu quo sera maintenu jusqu?en 2006. Le changement interviendra en 2007 avec une révision promise tant sur le fond que sur la forme du projet. Cette réforme passera par la création d?Instituts de formation et d?éducation tertiaire qui procureront une possibilité d?obtention d?une qualification supérieure aux étudiants des filières pré professionnelles.
?Un steering commitee a été mis sur pied sous la présidence de mon secrétaire permanent pour travailler sur une conceptualisation d?un programme qui procurerait aux étudiants de ces filières, une bonne orientation?, a expliqué le ministre mardi. Mais d?ores et déjà deux opinions s?affrontent.
Les uns sont pour la séparation entre les recalés du CPE se trouvant dans ces filières et leurs camarades du mainstream. D?autres avancent des raisons pédagogiques pour le maintien du système mis en place depuis 2001, tout en admettant que le programme mérite d?être davantage peaufiné.
?L?on ne peut créer des établissements spéciaux pour ces enfants et en faire des ghettos. Ce sont des enfants qui ont des aptitudes et des talents divers. Humainement, nous ne pouvons les séparer des autres à cause d?un échec. Les garder dans le même établissement leur permet d?avoir une meilleure estime d?eux-mêmes. Et une personne ne peut progresser que si elle a confiance en elle. Sinon, elle cultivera une mentalité d?échec ?, explique Hervé de St.-Pern, directeur du Bureau de l?éducation catholique (BEC). Depuis 1992, cette autorité a commencé à prôner une forme d?intégration des recalés du CPE.
Les membres de la Fédération des managers des collèges privés partagent également cet avis. Soixante des 99 collèges privés admettront des étudiants en Form I prévoc à la prochaine rentrée. ?Il y a quelques manquements, notamment sur le curriculum, c?est sûr, mais l?expérience initiée depuis quatre ans a donné des résultats positifs. Psychologiquement, c?est important pour l?enfant qui a échoué au CPE de ne pas se sentir exclu. Si nous les isolons en créant des endroits spécifiquement pour eux, ils se sentiront encore plus à l?écart?, analyse Harris Bachwa, membre exécutif de la fédération.
?Une frange de laissés-pour-compte?
Mais si la majorité des responsables de collèges du privé sont pour le maintien, du côté des établissements d?État on affirme le contraire. Une certaine majorité, et surtout celle qui est attachée à des collèges considérés comme l?élite, veut le divorce. ?Il n?y a pas l?intégration voulue entre le prévoc et le mainstream. Certains élèves ne veulent tout simplement pas s?adapter. Beaucoup de nos membres veulent que les deux filières aient leurs établissements à eux. Le but n?est pas de cultiver un sentiment d?infériorité, mais de les mettre dans des écoles où ils pourront avoir toute l?attention dont ils ont besoin. L?expérience entamée en 2001 était bonne, mais n?a pas bien marché?, soutient le président de la Rectors? Union, Rabindranath Naga.
Suttyhudeo Tengur, président de la Government Hindi Teachers? Union est également de ceux qui considèrent ces filières comme des endroits où les recalés du CPE sont ?dumped?. ?Déjà, avec la frustration d?un échec scolaire, ces enfants seront en passe de devenir des ratés avec une formation qui ne cadre pas avec leurs talents et leurs capacités intellectuelles. Si le ministre ne prend pas les actions nécessaires et appropriées pour convertir ces prévocs en écoles d?Arts et métiers, l?île Maurice se retrouvera avec une importante frange de la population qui sera composée de laissés-pour- compte. Et cela, avec tous les risques sociaux que cela comporte?, avertit le syndicaliste dans une lettre ouverte au ministre Dharam Gokhool, mardi.
Il est cependant un fait que certains recteurs de l?éducation publique, épaulés d?enseignants et de parents élèves, estiment que la présence d?étudiants de la filière pré-professionnelle au sein de leur établissement est davantage un fardeau. Fardeau qui pourrait influencer négativement le mainstream. C?est d?ailleurs l?argument majeur de ceux qui veulent une séparation des deux catégories d?élèves.
?Dans certains endroits, ça marche, mais il faut y croire, avoir envie de faire l?effort. Ce qui n?est pas toujours le cas. Ces enfants du prévoc sont souvent des enfants à problèmes. Ils ont, par conséquent, besoin d?une attention spéciale. Malheureusement, il y a encore trop de préjugés ou un manque de volonté, notamment au niveau des profs et des parents. Il est vrai également que dans les établissements les plus cotés, la résistance est plus présente?, confie un recteur d?un établissement d?État de la région rurale.
Les deux opinions se défendent. Au ministère de trancher.
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