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“Ce pays ne manque pas de liquidités mais d’un déficit d’idées”

11 octobre 2005, 20:00

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● <B>Vous évoquiez récemment l’humeur morose des entrepreneurs. Selon vous, quelles en sont les raisons ?</B>

La morosité découle d’un sentiment de défaitisme venant du discours dominant de ces dernières années, des pseudos économistes et autres penseurs, de même que des têtes du secteur public ou privé. Ils ont rabâché un discours fataliste sur la non-compétitivité de Maurice.

Tous les discours semblaient dire que Maurice n’avait aucune chance. Même les médias ont beaucoup plus vendu les faillites et les fermetures que les succès. La définition du terme “morosité” dans Le Robert dit bien ce qu’il en est – un manque d’entrain créatif caractérisant une société ! En effet, ce pays ne manque pas de liquidités, mais a un déficit d’idées. Il faut dire ici que ce sont les banques qui détiennent les liquidités et ne participent pas forcément aux prises de risques.

Moi, je veux plutôt focaliser les entrepreneurs sur une perspective d’avenir. Il n’existe pas de pays qui n’a pas un avantage comparatif et en conséquence, rien à vendre aux autres sur le plan compétitif. Cherchons donc aujourd’hui ce que Maurice a ou peut développer comme avantage comparatif et les biens et services qui peuvent être vendus dans le monde.

“Les 700 000 touristes représentent un revenu de 140 millions de dollars si on peut amener chaque touriste à acheter pour 200 dollars.”</B>

● <B>Souffrons-nous aujourd’hui d’un manque d’initiatives du passé ?</B>

Nombreux sont les pays qui se sont attelés durant les dix dernières années à se remettre en question et à redéfinir leurs stratégies de développement économique. Singapour l’a fait et plus récemment, la France avec le comité de travail présidé par Michel Camdessus. Un rapport, notamment Le Sursaut – vers une nouvelle croissance pour la France a ainsi vu le jour.

À Maurice, on a eu droit à des discours paradoxaux qui consistaient à dire que les choses allaient mieux quand le paysage économique s’obscurcissait. Et ce n’est pas chez nous qu’on allait mettre en place un “think tank” pour repenser une vraie stratégie de croissance pour les années à venir – certains hommes politiques et certains pontes du secteur privés croyaient détenir toutes les réponses. Et on a fait du “patchwork strategy”.

On a foncé sur l’AGOA mais on n’a pas demandé la dérogation pour les règles d’origine. C’est maintenant qu’on essaye de l’avoir. C’est avec deux ans de retard que l’ancien ministre de l’Industrie a commencé à attirer des filatures à Maurice. Le démantèlement de l’Accord multifibre était prévisible depuis plus de dix ans, de même que la remise en question du prix du sucre sur le marché européen.

Mais on en est là, ne répétons pas les erreurs du passé. Assez de stratégies “bouche-trou”. Notre problème aujourd’hui est structurel. Le pays ne tire plus suffisamment de revenus de ses exportations pour soutenir ses importations. Et cela va s’empirer avec la perte des revenus du sucre.

● <B>Déjà, les entrepreneurs sont peu enclins à prendre des risques sur le plan local. Comment les inciter à exporter ?</B>

Quand vous êtes déjà dans l’eau, soit vous nagez, soit vous coulez ! Les 700 000 touristes représentent un revenu de 140 millions de dollars si on peut amener chaque touriste à acheter pour 200 dollars. Le marché régional africain, l’Europe, les états-Unis et d’autres marchés doivent être exploités.

On n’a pas le choix. Il faut trouver le bon produit pour chaque marché. Aucun entrepreneur ne résistera à se faire de l’argent si on lui montre comment en faire !

Quelles sont les conditions que va créer Enterprise Mauritius pour que de nouvelles entreprises voient le jour ?</B>

Enterprise Mauritius va justement beaucoup investir pour trouver les marchés, pour trouver les produits et services à produire pour tel ou tel marché. Il faudra donc informer les entrepreneurs “where is the buyer and where is the business”. Nous allons donner aux enterprises le soutien technique et plus pour produire ce qu’il faut comme il faut pour pouvoir vendre.

Nous entamons déjà ces études de marchés. Nous allons bientôt venir avec un plan concret pour mieux vendre sur le marché régional. Nous travaillons sur un programme de mobilisation des entrepreneurs pour offrir ce qu’il faut, comme il faut, pour le marché touristique.

● <B>Attirer la clientèle touristique exige de la qualité. Comment inculquer cette notion au sein des Petites et moyennes entreprises (PME) ?</B>

Pourquoi cette perspective négative ? Il y a des PME qui produisent des articles de qualité ! Il faut mobiliser les autres et leur apporter le soutien nécessaire. C’est le rôle d’Enterprise Mauritius. Nous annoncerons bientôt les moyens que nous mettrons à disposition pour cela. Encore une fois, je ne connais aucun entrepreneur qui ne ferait l’effort s’il trouve un marché. Certes, les entrepreneurs peuvent rester dans la médiocrité s’ils ont un marché pour cela. Mais ce n’est plus le cas. Il faut leur présenter le marché comme appât, puis les soutenir pour atteindre le niveau.

● <B>La promotion exige des moyens financiers adéquats. Enterprise Mauritius dispose-t-elle de ces moyens pour mener à bien ses missions de prospection ?</B>

Nous avons certains moyens, mais je crois que le gouvernement n’hésitera pas à nous en donner plus si nous faisons la preuve que nous produisons des résultats.

● <B>Comment comptez-vous rationaliser les représentations à l’étranger ?</B>

La question est discutée en ce moment avec le Board of Investment. Les deux organisations disposent de 13 représentations à l’étranger qui ne travaillent pas en synergie. Il y a la volonté des deux organisations de rationaliser et d’augmenter l’efficacité de cette représentation.

<I>Propos recueillis par </I>

<B>Kamlesh BHUCKORY</B>

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