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L?atout coeur du docteur Gupta
Mourir d?un infarctus à 27 ans. Cela étonnerait énormément les cardiologues européens car les maladies cardiovasculaires n?apparaissent, en général, chez les Européens qu?après l?âge de 72 ans.
Ainsi, quand le chauffeur de taxi Munbodh, 27 ans, décède en février de cette année d?un infarctus au Centre de cardiologie de Pamplemousses, le personnel soignant n?est pas surpris. Le malade, encore très jeune, avait déjà trois artères coronaires bouchées et a rendu l?âme avant même d?avoir ses artères dilatées.
«Nous avons énormément de patients dans la tranche d?âge de 35 à 40 ans, mais les malades ayant la vingtaine ne sont pas rares. Nous soignons en ce moment un jeune de 26 ans », explique Dr Sunil Gunness, directeur du Centre de cardiologie de Pamplemousses.
Tempes grisonnantes, épaisses lunettes sur le nez, ce chirurgien cardiologue fait preuve d?un calme olympien face à la catastrophe qu?il a annoncée depuis des années déjà.
«Le plus inquiétant dans tout cela réside dans le fait que la plupart des malades, notamment les jeunes, ne présentent pas les facteurs de risque classique, c?est-à-dire un haut taux de cholestérol, obésité, tabagisme, prise d?alcool, manque d?exercice physique, etc. Les maladies cardiaques ont une forte prévalence à Maurice et nous détenons le record en ce qu?il s?agit des troncs communs bouchés.»
Ne pas être exposé aux facteurs de risque et développer malgré tout les maladies cardio-vasculaires ? Plusieurs patients du Centre de cardiologie de Pamplemousses ont connu ce surprenant cheminement.
Koolip Ramsing, gardien de prison, est un homme qui a su garder la ligne à 51 ans. Bien bâti, il n?est pas obèse et n?a aucun problème de surpoids.
<B>Fondre les dépôts de cholestérol</B>
«Je fais des exercices physiques et du jogging tous les jours. Je surveille mon alimentation. Pas de graisse, pas de viande rouge, pas de beurre, pas de fromage. Je fais souvent du jogging entre Grande- Rivière et Albion. Pourtant, j?ai eu deux artères bouchées et seulement l?une des deux a pu être dilatée», explique Ramsing, calé confortablement dans un fauteuil à Calodyne-sur-Mer, hôtel où le Centre de cardiologie a réuni une cinquantaine de malades pour les initier à un nouveau style de vie développé par le cardiologue indien, Satish Gupta.
Assis sur la même terrasse, Darma Gajeelee, 63 ans, ex-inspecteur de la PSSA, fait écho aux propos de Ramsing.
«J?ai également mené un style de vie sain avec une alimentation équilibrée et faible en graisse. J?ai toujours fait de l?exercice physique et du vélo. J?ai été très cool dans mon travail qui n?est pas stressant. Pourtant, je me suis retrouvé avec le tronc commun bouché et on n?a rien pu faire pour moi jusqu?ici.»
On se retrouve avec un scénario identique avec Sewraj Ramjee, 38 ans, responsable de l?agence de voyages Mauritours de Grand-Baie. Cet ex-karatéka est passé à deux doigts de la mort avec une artère bouchée qui a provoqué un infarctus.
En faisant la tournée des malades réunis dans cet hôtel de Calodyne, on entend des histoires identiques.
Alors, qu?est-ce qui a bien pu provoquer ces artères bouchées chez ces hommes qui ont pris toutes les précautions du monde pour éviter des problèmes cardiaques? Et quels espoirs sont permis pour ceux qui ont des artères inopérables ?
«Vous savez, j?ai déjà opéré un marathonien qui avait eu des artères bouchées malgré le fait qu?il courait plusieurs kilomètres par jour. Je crois qu?il y a plusieurs autres facteurs à part les facteurs classiques. Je ne crois pas que ce soit génétique, bien qu?il existe un terrain favorable. à Maurice, le stress est un facteur important car nous sommes passés en quelques années seulement à une société industrialisée, alors que l?Europe a connu une période de transition plus longue. Nous avons aussi ici un fort taux de la population dont le niveau d?acide urique est élevé dans le sang, et cela a une incidence sur les artères.»
Avec un Mauricien sur deux mourant d?une maladie cardiovasculaire, et malgré des millions de roupies investies dans le traitement des maladies cardiovasculaires, la situation semble échapper aux autorités.
Un véritable constat d?échec après autant d?efforts consentis, et des sommes astronomiques englouties dans des équipements et des médicaments.
Mais le Dr Sunil Gunness croit avoir enfin trouvé la parade à cette situation.
<B>Un résultat miraculeux</B>
La solution est venue de l?Inde du cardiologue Satish Gupta qui a développé une thérapie pour faire fondre les dépôts de cholestérol qui bouchent les artères.
«Ce que propose le Dr Gupta, c?est de faire régresser ces dépôts chez ceux qu?on n?a pas pu opérer et d?empêcher que des dépôts ne se développent de nouveau chez ceux dont les artères ont été dilatées ou pontées. Il arrive à ce résultat à travers un nouveau style de vie qu?on est en train d?inculquer à une cinquantaine de malades en ce moment à l?hôtel Calodyne-sur-Mer», explique le Dr Sunil Gunness.
Le chirurgien cardiaque a été considérablement surpris des résultats de cette thérapie sur un de ses patients, Nirmal, un habitant de Triolet qui a été le premier Mauricien à avoir suivi cette thérapie en Inde.
«Ce monsieur avait plusieurs artères bouchées. Il était inopérable. Il pouvait à peine marcher et est parti pour l?Inde en fauteuil roulant. Il en est pourtant revenu fringant, portant ses valises. L?angiographie que j?ai pratiquée sur lui m?a considérablement surpris.
Ses artères avaient été débouchées dans une grande mesure», explique le Dr Gunness.
Ce résultat qualifié de miraculeux a fini par pousser le Centre, avec l?aide de l?organisation Brahmakumaris à faire venir le Dr Gupta à Maurice une première fois en février. Le résultat obtenu avec environ 70 personnes qui ont suivi la thérapie, a fini par convaincre le Centre et le ministère de la Santé des bienfaits de cette thérapie qui est basée sur trois principaux éléments : l?alimentation, la méditation et les exercices.
Les patients sont initiés à la méditation (le rajayoga) par les méditants de l?organisation Brahmakumaris qui s?occupe également de les initier à la préparation des plats spécialement adaptés à leur condition.
«Je suis très satisfait de constater qu?en sus des résultats probants, la thérapie aide nos malades à ne plus se considérer comme des handicapés après leur opération du c?ur. Ils éprouvent un regain de confiance et n?ont plus peur de marcher et de s?exercer».
Mais le Dr Gunness tient à souligner un aspect important de cette thérapie.
Les malades qui ont été initiés doivent avoir la volonté de persévérer et de garder ce nouveau mode de vie, pour obtenir les résultats escomptés et combattre la morbidité.
Autrement, Maurice se retrouvera avec une population handicapée du c?ur et une espérance de vie très réduite.
Mourir d?un infarctus à 30 ans deviendrait alors quelque chose de très banale.
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