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?Médecin malgré lui?, quelle santé !
Rouge ? sang, noir ? mort. Un décor dépouillé pour que respirent les corps par tous les pores. Parler du désespoir sur fond de chanson yéyé. Caricaturé un père voulant marier sa fille de force, en Elvis Presley. Bousculer les conventions. Cracher partout : au visage et par terre. Et faire que Molière résonne en nous comme jamais.
C?est avec une adaptation très physique du Médecin malgré lui que le Centre dramatique de l?océan Indien (CDOI) a donné le coup d?envoi du Festival de théâtre de Port-Louis, vendredi. Non. Le Réunionnais Ahmed Madani ne fait pas de la mise en scène. Il lui rentre carrément dedans. Casse tout ce qu?on croyait savoir de Molière et de sa manière de croquer les choses de l?amour.
Tout commence par une scène de ménage. Détrompez-vous. Elle n?a rien de banal. Sganarelle (l?athlétique et endurant Kristof Langromme, qui doit perdre ?au bas mot? trois litres d?eau et autant de kilos après chaque représentation) et Martine (une Valérie Cros en tigresse brutale et érotique) décline pour nous toutes les gammes de la violence domestique.
De la gifle au corps à corps échevelé, des coups-caresses aux coups pour casser la gueule, ce couple se désire et se déchire avec énergie.
Étalant devant nous son malaise d?être deux, qui rend incapable d?exister seul. Sans retenue, elle lui lèche l?orteil. Des ricanements dans la salle. Puis, à pleine dent, elle mord ce doigt de pied si généreusement offert. On rit jaune dans la salle.
Sganerelle et Martine, c?est un amour capiteux comme le vin qui a tourné au vinaigre. Pour l?incarner, Ahmed Madani n?épargne pas ses comédiens. C?est au sens littéral que le metteur en scène entend Molière, quand il fait dire à Sganarelle : ?Une femme est pire qu?un démon.? Les disputes épiques finissent par des hurlements de chiens enragés.
Pendant que ce couple de ?pendards? s?entretue avec délectation, une Lucinde (Lolita Tergemina) plus Barbarella que poupée Barbie et un Léandre au c?ur de rockeur tisse leur histoire. Pour dire qu?elle refuse le mari que lui impose son père, Lucinde choisit de faire silence.
<B>?L?audace d?oser?
Absence de mots ? mais pas de paroles ? ponctuée d?une danse de marionnette désarticulée. Ils s?aiment autant que Sganarelle et Martine se détestent. Sur scène, cela se traduit par des empoignades pour s?embrasser à pleine bouche. L?interdit et le manque les poussent vers l?autre extrême des sentiments.
Ahmed Madani ne recule devant rien. Baisers entre amoureux, soit. Baiser entre rivaux amoureux, là cela devient plus intéressant. Eric Isana (partenaire de Miselaine Soobraydoo dans Architruc) et Kristof Langromme mettent en contact leurs lèvres au moment où l?on s?y attend le moins. Baiser entre père trompé et médecin malgré lui, là, cela frise carrément la provocation, pour ne pas dire le génie.
Celui d?avoir ?l?audace d?oser?, pour reprendre la formule de Rama Poonoosamy, directeur de l?agence Immedia, qui assure la production du festival.
<B>Le festival continue</B>
Échelonné jusqu?au 23 octobre, le calendrier des représentations redémarre mercredi 5 octobre, à 20 heures avec ?Thorns & Roses? de la Mauritius Drama League. Cette pièce, signée Bhismadev Seebaluck, sera rejouée à la même heure le samedi 8 octobre. Troisième pièce au programme : ?Le Petit Prince? d?Antoine de St Exupéry, dans une adaptation de Latelyé Pierre Poivre, à 20 heures. Reprise de la pièce le dimanche 9 octobre à 14 heures. Suite des aventures le mercredi 12 octobre à 20 heures avec ?Sone ka anda? (?The golden egg?) de l?Academy of Film and Theatre. Mésaventures d?un villageois rejoué le samedi 15 octobre. Retour de la troupe rodriguaise, Dark Crystal, le vendredi 14 octobre à 20 heures avec ?Mission à Damas?. Passage biblique et texte à message repris le dimanche 16 octobre à 14 heures. Sensible à la cause des Chagossiens, Gaston Valayden et la Trup Sapsiway ont choisi d?en faire ?Les Chiommes?, mi-chien, mi-hommes. Représentations le mercredi 19 et le samedi 22 octobre à 20 heures. Le meilleur pour la fin ? Quoi qu?il en soit, les Komiko clôtureront le festival avec ?Evolisyon?. Eternel conflit entre tradition et modernité joué le vendredi 21 et le dimanche 23 octobre. Prix des places : Rs 100.
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