Publicité

Les violeurs paieront-ils le prix fort ?

1 octobre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Quarante-cinq ans d?emprisonnement pour sanctionner les violeurs? le projet d?alourdir encore plus les peines en matière d?agression sexuelle va-t-il changer les choses ? Le point.

Il est clair et net que le viol suscite une indignation profonde. Submergés par les détails des calvaires des victimes, marqués par l?insécurité, les gens sont exaspérés. Ils ne conçoivent pas qu?on puisse agresser sexuellement un enfant de deux ans, violer une femme de 75 ans, ou permettre qu?on ravale des êtres humains au rang d?objet sexuel, de chose. Ils s?offusquent des verdicts qui ne convainquent pas toujours et n?acceptent pas que les agresseurs puissent s?en tirer à bon compte. Ils réclament des lois plus sévères, des peines exemplaires pour sanctionner les agressions sexuelles. Et les autorités semblent réagir. L?Attorney General a annoncé récemment qu?il durcira les peines, allant jusqu?à 45 ans de réclusion pour ceux qui commettent des viols.

Les réactions ? Positives dans la plupart des cas. La tolérance zéro fait presque l?unanimité. S?il n?existe pas de théorie satisfaisante de la justice qui puisse rendre exactement à chacun son dû, Raj Mootoosamy, le président de l?association Victim Support, soutient que le durcissement des lois permettra aux victimes « de mieux respirer ».

Il est convaincu qu?elles seront alors plus à même de dénoncer les abus. Il met toutefois en garde contre un point : « Les dénonciations sont comme un couteau à double tranchant. Il faudra faire encore plus attention aux faux témoignages. » L?avocat Yousuf Mohamed, quant à lui, n?y va pas par quatre chemins. « Je dirai qu?il faut aller encore plus loin, comme cela se fait dans certains pays musulmans. Il faudrait lapider les agresseurs ou les condamner à la peine capitale parce que violer, c?est détruire la vie d?autrui. » Il fait ressortir que quand un viol est commis, tout le monde en pâtit. « Quand une touriste est agressée, c?est le tourisme qui prend un coup et l?économie avec. Ce n?est là qu?un exemple. »

Du côté du Family Planning, Sanjeeve Joosery accueille lui aussi favorablement ce projet d?amender la loi. « Cela permettra aux gens de peser le bien et le mal avant d?agir. Il faut dire que nous avons toujours milité pour un durcissement des lois, surtout quand on abuse de personnes vulnérables. Ce sera un signal fort. »

Peut-on espérer trouver dans la législation une bouée de sauvetage ? Roukaya Kasenally, membre de l?Institute of social development and peace n?en est pas convaincue. « L?exemplarité des châtiments n?a jamais été prouvée. Je ne crois pas que mettre les gens en prison puisse dissuader les agresseurs potentiels. Quelle est la finalité d?une peine prolongée ? Est-ce qu?il y aura un accompagnement psychologique ? À mon avis, il faudrait avant tout revoir la vie carcérale, adopter une approche plus holistique. »

La violence offerte comme solution à la violence

Elle ne croit pas que la prison telle qu?elle est à présent ramène le délinquant sur le droit chemin. Et à ceux qui pensent que mettre les violeurs en prison à perpétuité, c?est débarrasser la société des parias, Roukaya Kasenally répond : « Enlever les violeurs de la circulation n?est pas une solution, c?est la politique de l?autruche. Cela ne veut pas dire que la société civile sera plus à l?abri, cela ne va pas diminuer le taux d?agression sexuelle dehors. »

James W. Prescott, neuropsychologue, analyse dans son ouvrage Body Pleasure and the Origins of Violence que la violence est souvent offerte comme solution à la violence et qu?on croit à tort qu?une application plus sévère des lois est la meilleure façon de réduire le crime.

« Emprisonner les gens ne résoudra pas le problème car les causes de la violence résident dans nos valeurs fondamentales et dans la façon dont nous éduquons nos enfants », écrit-il. En tout cas, le débat sur le traitement des violeurs est ravivé. Certains diront qu?infliger la peine maximale aux violeurs, une peine qui équivaut à la peine pour meurtre, risque de faire que les agresseurs supprimeront leurs victimes. Affaire à suivre.

Contre la récidive

En France, le durcissement de la législation à l?égard des récidivistes, est à l?étude. Parmi ces propositions, il y a ces deux mesures radicales :

Le bracelet électronique.

Il s?agit d?un dispositif qui consiste à surveiller les violeurs remis en liberté. Ces derniers seraient obligés de porter un bracelet électronique de manière à pouvoir être localisés à tout moment grâce à l?utilisation du GPS.

La castration chimique.

C?est un traitement à base de médicaments qui annule toute possibilité d?avoir des désirs sexuels ou des érections. Ces substances agissent directement sur les hormones masculines. Le traitement est toutefois réversible à l?arrêt de la prise des médicaments. Cela doit donc être accompagné d?une thérapie clinique et psychologique.

Publicité