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Essence : la flambée c?est pour demain !

1 octobre 2005, 20:00

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Pendant que vous lisez cet article, les prix de l?essence et du diesel sont en train d?être avalisés par le comité chargé de surveiller l?application de l?Automatic Price Mechanism (APM) sur les carburants. Après les hausses reportées, élections de juillet obligent, la note de carburant va être salée. Car il faut s?attendre à une hausse de 15 % à la pompe. Préparez-vous donc à payer votre litre d?essence à Rs 29,05 et de diesel à Rs 19,85 dès lundi. Pour une fois, il faudra être d?accord avec les politiques quand ils expliqueront que les hausses sont « inévitables ».

Le marché est roi dans le domaine des produits pétroliers. L?Organisation des pays producteurs de pétrole (Opep) a beau organiser une politique de production, c?est bien le marché qui décide. La hausse du prix du carburant obéit ces derniers temps à une forte hausse de la demande. « Il y a une forte progression de la consommation aux États-Unis et en Chine plus particulièrement, et ce, en dépit des prix élevés. Face à cette demande, l?offre arrive tout juste à suivre », commente Olivier Rech, économiste à l?Institut français du pétrole.

Cette « tension » sur le marché le rend encore plus réactif aux événements internationaux. Dès que le moindre incident éclate dans un pays producteur ou raffineur, le cours du baril de brut prend l?ascenseur. En octobre 2004, il avait atteint un plafond record de $ 55. Toutes les analyses à ce moment-là prévoyaient un retour vers les $ 40 dans les mois suivants. Mais un an plus tard, le cyclone Katrina qui a frappé la Louisiane, région de raffinerie des États-Unis, a placé le prix du baril en orbite à $ 70. Actuellement, il ne semble pas vouloir descendre en deçà de $60.

Aux facteurs mécaniques du marché s?ajoutent des éléments spéculatifs. Ainsi, des milliards de dollars sont dépensés pour acheter du brut, non pas pour les besoins de raffinerie, mais à seule fin de spéculer. Les Hedge Funds internationaux achètent de grosses quantités de brut et les revendent dès que le cours a atteint un seuil plus haut, fixé au préalable. Du coup, ces Funds contribuent à la rareté du pétrole brut sur le marché, donc à la hausse des cours.

C?est donc dans ce climat d?embrasement permanent que Maurice a importé Rs 6,6 milliards et Rs 9,1 milliards de produits pétroliers divers en 2003 et 2004 respectivement. Que ce soit de l?essence sans plomb pour les automobilistes, du kérosène pour les avions ou de l?huile lourde qui sert à alimenter les centrales du Central Electricity Board (CEB). Mais la relation entre hausse du cours du brut et hausse du prix des différents carburants n?est pas directe. Ainsi, si le cours du brut a doublé durant les six derniers mois, cela ne veut pas dire que le cours mondial de l?essence sans plomb a connu la même hausse.

Mais hausse, il y aura. Selon certains observateurs, si les fluctuations de prix devaient être répercutées intégralement sur le marché local, le prix de l?essence devrait augmenter de 50 %. « Je dirais que l?augmentation devrait être de cet ordre de grandeur », confirme Marcel Descroizilles, directeur général d?Esso. Le litre passerait alors à près de Rs 37,90. Impensable !

En principe, l?APM prévoit une hausse maximale de 15 % à chaque révision trimestrielle des prix. Ce qui devrait donc porter le litre à Rs 29,05. Mais la situation financière de la State Trading Corporation, importateur de toutes les cargaisons de produits pétroliers du pays, se détériore. Et la hausse qui aurait dû être programmée en juillet n?a pas eu lieu. Pire, certains observateurs estiment que le prix du diesel a été revu à la baisse alors qu?il aurait dû rester le même.

Toutes ces considérations auraient amené le gouvernement à envisager un réajustement du plafond de hausse de l?APM. Ainsi, il pourrait passer de 15 % à 20 % ou peut-être même 25 %. Une plus grosse hausse permettrait, en effet, à la STC de souffler financièrement en évitant de maintenir des déficits entre des prix de ventes inférieurs aux prix d?achats de certaines catégories de carburants.

Tous les pays sont en train de répercuter les hausses survenues à la suite de la flambée post-Katrina. Mais alors que certains choisissent de les répercuter intégralement sur le consommateur, d?autres demandent un effort particulier aux revendeurs. C?est le cas de la France. Au lieu de baisser sa taxe intérieure sur les produits pétroliers, le gouvernement français a demandé aux compagnies pétrolières de resserrer leurs marges bénéficiaires sur le diesel et sur l?essence. La directive a suscité la grogne mais a permis d?amortir une hausse qui aurait été sinon conséquente. Marcel Descroizilles prévient « ce serait une très mauvaise décision à prendre. La marge des compagnies pétrolières est déjà très faible. Celle des stations-service ne sont pas énormes non plus ».

Des répercussions beaucoup plus vastes

L?Institut de protection des consommateurs (ICP) a, elle, suggéré que le gouvernement enlève temporairement l?excise duty sur l?essence et le diesel pour amortir la hausse. Cette taxe revient à Rs 9,80 pour un litre d?essence et à Rs 3 pour le diesel. « Cela atténuera l?ampleur de la hausse des prix », estime Mosadeq Sahebdin, de l?ICP. Mais rien n?indique que cette suggestion sera suivie.

Alors que faire ? Répercuter le plus possible ou pas ? Une source proche de la STC tient un discours de rigueur. « Il faut frapper le consommateur là où ça fait mal : au portefeuille. Cela incitera certains à prendre moins souvent leurs voitures, d?autres à économiser et d?autres encore à faire davantage de covoiturage. » Mais n?empêche, bonne volonté ou pas, Rs 190 de plus à payer sur un plein qui coûtait Rs 1 200 avant, ce n?est pas rien !

Et les répercussions pourraient être beaucoup plus vastes. Le CEB, qui produit près de la moitié de l?électricité du pays à partir de l?huile lourde, pourrait être amenée à revoir ses tarifs. « Il y aura des répercussions, mais il est encore trop tôt pour parler de hausses. Pour le moment, nous sommes en train de mettre sur pied des programmes pour inciter les utilisateurs à économiser l?électricité. Le CEB compte également promouvoir la génération d?électricité à partir d?énergies renouvelables : éoliennes, bagasse etc. Cela nous permettra de réduire notre facture d?huile lourde », rassure Ravin Dajee, directeur général du CEB.

Après le CEB, ce sont les compagnies de bus qui pourraient demander une majoration du prix du ticket. Même si le diesel ne représente que 20 % des coûts d?opération et malgré la baisse du prix en avril dernier.

Tout dépendra du gouvernement. C?est en dernier ressort lui qui décidera de cette hausse. Mais tout porte à croire que le raisonnement qu?il adoptera sera exclusivement économique.

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