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« Il faut nous débrouiller seuls et sans béquilles »

1 octobre 2005, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Vous avez accusé l?ancien gouvernement d?avoir négligé l?Agoa. On contaste que Maurice ne profite pas complètement du volet non-textile de cette loi. Que peut-on exporter aux USA, outre le textile ?

Vous avez entièrement raison : l?African Growth & Opportunity Act (Agoa) concerne tout un éventail de produits. Durant les discussions initiales sur l?Agoa, Navin Ramgoolam, lors de son premier mandat, avait souligné que notre pays devait saisir toutes les opportunités offertes par cet accord. Maurice avait alors prévu des changements fondamentaux dans le commerce international, la coopération et dans la géopolitique. Nous avions été les premiers à insister sur les bénéfices que l?Afrique pouvait tirer des relations étroites avec les États-Unis. Nous avions alors exhorté l?ensemble des pays africains à tirer parti des bénéfices au niveau technologique et du développement des ressources que pouvaient apporter les États-Unis. Mais Maurice a raté, en 2002, certaines occasions par manque d?agressivité et/ou manque de conviction. Alors que, de leur côté, la Namibie et le Botswana ont réussi.

Nous sommes aujourd?hui dans une période de transition et, au niveau du textile, cela devrait nous permettre de nous positionner sur le haut de gamme et sur l?intégration verticale afin de pouvoir pénétrer le marché américain.

Il y a des entreprises qui ont su profiter de l?Agoa pour intensifier leur présence aux États-Unis au niveau des services. Mais c?est vrai que Maurice a été assez timide jusqu?ici pour profiter pleinement de l?Agoa. Nous allons désormais axer également notre action sur ce secteur.

La rencontre ministérielle de décembre prochain à HongKong doit permettre le bouclage de l?étape des négociations de Doha. Quelle sera la position mauricienne ?

Il faut bien se dire que, bien que nous ayons de nombreux pays amis prêts à nous aider, si l?on veut une croissance et un développement soutenus, il faudra nous débrouiller seuls et sans béquilles. Nous devons nous préparer pour affronter tous les dangers qui nous attendent.

Depuis des années, Maurice a privilégié la négociation. Nous sommes convaincus que le bon sens va prévaloir et que l?on parviendra à un consensus. Ces derniers mois, nous avons participé à de nombreuses rencontres au niveau des petits États, des ACP et autres. Nous avons bien fait comprendre qu?il existe des produits « sensibles » tels que le sucre, le textile, le coton et les bananes? Pour ces produits, il nous faudra laisser de côté la rhétorique et être plus pragmatique.

On a tout à gagner à travailler avec les autres États qui sont dans la même situation que nous pour demander une période transitoire et des dérogations, afin de mieux nous préparer pour l?avenir. Nous allons vers un consensus sur beaucoup plus de points qu?on ne croit.

Une des principales critiques à l?encontre des chancelleries mauriciennes est leur faillite comme porte-drapeau de notre diplomatie économique. Qu?allez-vous faire pour changer cela ?

Ce n?est pas tout à fait vrai : Maurice a toujours eu une histoire et une tradition de diplomatie économique. Cela a débuté avec sir Seewoosagur Ramgoolam et sir Satcam Boolell, qui ont su initier la réflexion et les discussions sur le Protocole sucre. Ils ont accepté des sacrifices initiaux sur ce sujet parce qu?ils avaient fait une bonne analyse et misé sur les bienfaits à venir. Et cela s?est poursuivi sous tous les gouvernements qui se sont succédé.

Nous vivons aujourd?hui une situation beaucoup plus complexe, avec une spécialisation accrue qui demande différentes expertises. Il y a dix ou quinze ans, la diplomatie économique « tombait » sous la responsabilité du ministère du Commerce. Aujourd?hui, il nous faut des spécialistes, car il y a une multitude de champs qui font partie de la diplomatie économique.

J?ai hérité d?un ministère où les cadres sont excellents. Nous allons leur donner toute la formation nécessaire afin qu?ils puissent mieux appréhender les différents enjeux de la diplomatie économique. Nous allons également proposer de telles formations aux cadres du secteur privé afin qu?ils arrivent à mieux comprendre et maîtriser les nuances de la haute diplomatie. Nos diplomates doivent être armés pour mieux défendre nos bread and butter issues. Nous désirons qu?ils puissent mieux défendre la valeur profonde de ce gouvernement : putting people first !

« Il faut à tout prix prévenir l?exode des cerveaux mauriciens. Trop de professionnels ne rentrent pas au pays.»

Le Premier ministre sera bientôt en visite officielle en Inde. Mauriciens et Indiens peaufinent actuellement, à New Delhi, le Comprehensive Economic & Partnership Agreement (Cepa) entre nos deux pays. Quelles seront les grandes lignes de cet accord ?

Une quinzaine de fonctionnaires mauriciens est actuellement à New Delhi pour discuter de cet accord avec la partie indienne. Je ne puis donner des détails sur son contenu, car les négociations se poursuivent. Il s?agira d?un accord global qui comprendra l?ensemble de la coopération indiano-mauricienne, sur les plans économique, commercial, culturel? Le concept de nos relations avec l?Inde n?a pas varié depuis des lustres : nous traitons d?égal à égal. Manmohan Singh veut que nous devenions rapidement un partenaire préférentiel, avant d?aboutir à un partenariat de libre-échange. Malheureusement, Maurice a pris un certain retard dans notre partenariat avec l?Inde alors que certains pays, à l?instar de Singapour, ont intensifié leurs relations avec elle.

L?Inde a toujours été d?un apport important dans nos différents stades de développement, dans le textile, la filature et la teinturerie. Mais au niveau des Tic, on attend toujours la technologie indienne ?

Il faut reconnaître que nous avons pris du retard dans ce domaine. Nous vivons dans un monde très compétitif et les autres pays ne nous attendent pas pour avancer dans le domaine de la technologie informatique et de la communication (Tic). Cependant, l?apport indien est toujours disponible. Il nous faut savoir exactement ce que nous désirons avant de faire appel à leur expertise. C?est à nous de leur dire ce que nous souhaitons.

Il faut à tout prix prévenir l?exode des cerveaux mauriciens. Trop de professionnels mauriciens ne rentrent pas au pays après leurs études à l?étranger. Il nous faut également inciter les professionnels, qui ont émigré, à rentrer au bercail.

Maurice est-elle toujours favorable à ce que l?Inde devienne un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies ?

Plus que jamais ! La réforme du Conseil de sécurité des Nations unies fait partie d?un processus général de réforme en profondeur des Nations unies. Les différentes instances de l?Onu doivent refléter le monde d?aujourd?hui, et non répondre à des besoins du temps de sa création, en 1945. Maurice estime que l?Inde a sa place au sein du Conseil de sécurité, tout comme le Japon et au moins un pays d?Afrique. Nous souhaitons le consensus sur ces questions et que les statuts de l?Onu soient revus, comme ceux sur la question de veto au Conseil de sécurité.

L?avenir de la Commission de l?océan Indien (COI) est-il derrière elle ?

Certainement pas ! Maurice croit en la COI et nous sommes heureux que l?économie malgache ait redémarré et que le régime en place soit stable. Les Seychelles, également, retrouvent la stabilité. Les Comores sont notre seul gros souci. Mais la COI est là pour durer et les choses vont rapidement évoluer vers beaucoup plus d?échanges entre nos îles.

A vous entendre, devons-nous comprendre que les grandes lignes de la diplomatie mauricienne ne changent pas avec le nouveau gouvernement ?

Nous poursuivons notre diplomatie économique, même si nous estimons que l?ancien gouvernement ne s?est pas donné les moyens pour optimiser nos atouts diplomatiques.

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