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VOTER JE N?AI PAS ENVIE MAIS?
Quelque 350 000 électeurs habilités à voter pour les élections municipales qui se tiennent aujourd?hui ne réalisent sans doute pas la chance qu?ils ont de pouvoir choisir ceux qui vont gérer leur ville pendant les cinq prochaines années. Car les municipalités, à commencer par celle de la capitale, ont joué un rôle de premier ordre dans la vie politique mauricienne.
« Le Conseil législatif avait, jadis, une députation figée. Le dernier mot appartenait aux fonctionnaires anglais, tandis que les grands débats politiques se déroulaient au conseil municipal. C?était le temps de grandes envolées, avec beaucoup de panache. Pendant de nombreuses décennies, la municipalité de Port-Louis a été bien plus une école de formation d?où émergeaient les grands tribuns. »
Premières armes dans les conseils
Celui qui tient un tel langage sait de quoi il parle. Il a passé à la loupe, avec sa rigueur d?historien, les annales de la corporation municipale. Il s?agit de Rivaltz Quenette. Dans la préface au troisième volume de ses ouvrages consacrés à l?histoire de l?administration municipale de Port-Louis, Rivaltz Quenette note que le premier quart du xxe siècle a vu « l?émergence d?une classe politique qui marquera, pendant des décennies, la vie publique de l?ancienne colonie ».
En effet, nombre de ceux qui ont façonné l?île Maurice moderne ont fait leurs premières armes dans les conseils municipaux. À Port-Louis, mais aussi dans les Plaines-Wilhems. Même si la gestion municipale influence directement la vie des citadins, la mairie est longtemps restée la chasse gardée des notables et des gens de profession libérale. Comme l?histoire se construit au quotidien, il n?est pas nécessaire de remonter dans un passé lointain pour retrouver certains des grands noms qui ont marqué la capitale.
Rivaltz Quenette cite, entre autres, les Laurent, Eugène et Edgard ; Raoul Rivet, maire au moment où Port-Louis fête son bicentenaire, en 1935 ; Félix Laventure, qui préside aux manifestations marquant le centenaire de la municipalité ; Gabriel Martial. Et, plus proche de nous, l?administration portlouisienne sera marquée par le passage de Jules K?nig, Razack Mohamed, Seewoosagur Ramgoolam, Renganaden Seeneevassen, Edgard Millien et Gaëtan Duval. Des hommes politiques qui ont servi à la fois au niveau national et municipal.
À son arrivée dans l?arène, le Mouvement militant mauricien (MMM) mise lui aussi sur la complémentarité entre la députation et le mandat municipal. C?est ainsi que plusieurs de ceux qui avaient fait leur entrée à l?Assemblée législative en décembre 1976 furent appelés à briguer les suffrages des citadins en avril 1977.
Cet enrichissement de la vie politique, en termes d?hommes et de femmes, fut des plus salutaires. Il donna lieu à une concertation, parfois même à une saine rivalité, entre les administrations à majorité mauve.
Le bon choix vous incombe
Deven Nagalingum, qui fait partie de la nouvelle génération du MMM, se plaît à évoquer ceux qui ont marqué les premières années de ce parti aux affaires municipales. « On peut, sans crainte de se tromper, citer Jean-Claude de l?Estrac, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, Finlay Salesse, Rajesh Bhagwan ou Jack Bizlall, comme étant ceux qui ont jeté les bases de notre action à Beau-Bassin-Rose-Hill. Même si Bizlall n?a été qu?un maire adjoint. À Port-Louis, nous avons eu Kader Bhayat, Cassam Uteem, Jérôme Boulle, et, à Curepipe, quelqu?un comme Amédée Darga. Ils ont, chacun à sa façon, construit cette fondation sur laquelle nous avons, au fil des ans, greffé notre action. »
L?administration municipale de ces dernières années a également été marquée par des fonctionnaires hors pair ? les Florence Hall, Freddy Appasamy, Somdath Bhuckory, Lall Seesaram, André Decotter, pour ne citer que ceux-là. « Gérer une municipalité requiert autant de compétence que gérer un ministère », confie un ancien politique qui a servi à ces deux niveaux.
Autant dire que le quotidien des citadins dépendra de la qualité des hommes et des femmes qui seront élus au scrutin d?aujourd?hui. En vous rendant aux urnes pour désigner ceux qui sont aptes à diriger votre ville, il vous incombe donc de faire le bon choix. Ne laissez personne décider à votre place. Déplacez-vous, cela ne vous prendra que quelques minutes, mais l?issue de ce scrutin aura, qu?on le veuille ou non, un impact sur la qualité de votre vie pour les cinq ans à venir.
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