Publicité
Marcelle Lagesse reconte les 150 ans de Blyth Brothers
Par
Partager cet article
Marcelle Lagesse reconte les 150 ans de Blyth Brothers
?Ireland Blyth célèbre, en septembre 1980, le 150e anniversaire de la fondation au Port Louis de la branche mauricienne de la firme londonienne ?Thomas Blyth, Sons and Company?. La firme londonienne devait changer plusieurs fois d?appellation en s?adjoignant de nouveaux partenaires. Elle n?existe plus, ayant été rachetée depuis par Swire. La firme portlouisienne existe toujours, 175 ans après sa fondation. Elle est à présent mauricienne à 100 % et a fusionné avec d?autres firmes pour devenir, depuis une trentaine d?années, ?Ireland Blyth Ltd ?, un des plus importants groupes de compagnies à Maurice. En 1980, la direction d?IBL demande à Marcelle Lagesse d?écrire l?histoire commerciale des 150 ans de ?Blyth Brothers?, à Roger Merven d?éditer cette rétrospective en lui confiant sa mise en page et son illustration, tandis que l?impression du livre est confiée à Michel Coquet de l?Imprimerie Papeterie Commerciale à qui nous devons l?excellent The Dodo the Bird behind the Legend d?Alan Grihault, ?our Griot behind our Dodo?.
Thomas Blyth fonde la maison-mère londonienne en 1810. Ce marin à la retraite a alors 46 ans. Il commence par une voilerie à laquelle s?adjoint une agence d?avitaillement de navires et de matériel pour la pêche à la baleine. C?est assez peut-être pour qu?il prenne contact avec Port Louis qui sert déjà de port d?attache à des baleiniers de plusieurs pays dont ceux de la Scandinavie. Cela nous vaut l?implantation à Maurice de deux familles particulièrement sympathiques : les Davidsen et les Olsen.
Son fils, James Blyth, fait escale pour la première fois, au Port Louis, en 1823. Son frère, Philippe lui succède quelques années plus tard. Il a £ 10 000 en poche et on espère que son implantation à Maurice lui permettra de racheter ses échecs les plus récents. Il débarque de l?Amelia Wilson en 1829. Il se lie avec Bybye Lesage (voir son portrait dans la grande salle à manger d?Euréka, la Maison créole des Leclézio, à Moka). Lesage porte mal son nom car il entraîne Philip dans de nouvelles aventures commerciales et industrielles des plus hasardeuses.
Apprenant cela, Thomas Blyth doit dépêcher de nouveau, à Maurice, son fils James pour sauver ce qui peut l?être encore des £ 10 000 confiées à l?impénitent Philip. James Blyth retourne au Port Louis, le 15 septembre 1830, à bord de l? ?Oronte?. Il commence ses activités commerciales le jour même de son débarquement. « Blyth Brothers » voit le jour. ?Je me jette à l?eau?, écrit-il peu après à son frère Henry. Son objectif initial : au mieux réparer les gabegies de son frère et au pire limiter les dégâts. D?autres événements le feront de lui un des négociants les plus influents dans l?île Maurice du premier boom sucrier, qui libère ses esclaves, qui engage par milliers des travailleurs agricoles indiens, qui bascule dans l?ère moderne de la révolution agricole en attendant, au siècle suivant, celles industrielle, touristique et informatique.
1830 est une date charnière dans l?histoire de Maurice. La dernière génération de colons français se meurt. Les premières d?anglophones et d?anglophiles montrent les dents et veulent éroder l?influence des francophones et des francophiles auprès du gouvernement de Maurice. Le camp anglais estime, non sans raison, que le premier gouverneur anglais, Robert Townsend Farquhar, a donné trop de champ au camp français. Il est soutenu par un puissant lobby, pro-anglais bien sûr, et de plus en plus influent. Le lobby pro-anglais bénéficie du puissant soutien, sur les bords de la Tamise, du courant anti-esclavagiste et abolitionniste. Le camp français résiste à cette émancipation des esclaves à moins qu?elle ne s?accompagne, en toute équité, d?une indemnité compensatrice.
En se situant au point d?intersection des courants pro-anglais et pro-français, James Blyth noue de précieux contacts dans les deux camps, exerce une influence grandissante dans les deux camps en raison de son objectivité et de ses efforts pour comprendre le bien fondé des deux positions et pour condamner ce qu?elles peuvent avoir de fanatisme et d?extrémisme. Il ne tarde pas à devenir un des plus précieux conseillers des gouverneurs anglais qui se succèdent à Maurice. Il n?a pas son pareil pour défendre les colons mauriciens auprès du gouverneur anglais et celui-ci auprès de ceux-là. Il jouit bientôt de l?entière confiance des deux camps. Il contribue énormément à dissiper les malentendus et à rapprocher des positions qui paraissent, au départ, incompatibles.
Ses intérêts commerciaux et industriels ne pâtissent pas pour autant. Etant de toutes les confidences ou presque, il est des premiers à être au parfum des affaires les plus juteuses et sait conserver de précieuses longueurs d?avance sur ses concurrents, en priant à l?avance à ses partenaires londoniens de lui fournir ce dont auront grand besoin par la suite les négociants mauriciens. Cela va du numéraire aux matériaux de construction appropriés. Sous sa conduite, ?Blyth Brothers? ne tarde pas à devenir une des principales firmes de Maurice.
La suite de l?histoire, nous la connaissons tous, car les directeurs de ?Blyth Brothers? et d?IBL continuent aujourd?hui encore à mettre en pratique la sagesse et le flair commercial incomparables de leur fondateur.
Publicité
Publicité
Les plus récents