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“Les Poupées Russes” Joindre le futile à l’agréable

29 septembre 2005, 20:00

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Après L’Auberge espagnole, Cédric Klapish reprend les mêmes et il recommence. Cela ne donne pas le même film, puisque Les Poupées russes est centré sur l’existence de Xavier, cinq ans après ses études à Barcelone. Il est au seuil de la trentaine et c’est l’heure du premier bilan.

Les films de trentenaires sont légion, quelques-uns sont excellents et celui-ci ne vient rien nous dire de nouveau. On ira même jusqu’à dire que Les Poupées russes est un film fait essentiellement de clichés, mais il s’agit de beaux clichés. Ainsi, on ne manquera pas d’être sidéré par la facilité avec laquelle Xavier parvient à avoir toutes ces aventures sans lendemain, mais on sera bien obligé de reconnaître qu’il y a dans chacune de ses rencontres quelque chose à la fois de très vrai et d’exceptionnel.

De la même façon, on trouvera Isabelle à la limite de la caricature dans son personnage de lesbienne, mais on ne manquera pas d’être ému par sa générosité. Il n’y a rien d’original non plus dans le personnage de Martine, “ex” de Xavier et mère célibataire exaltée comme on en a tant vu défiler au cinéma (on pourra se demander pour quelle raison ses apparitions sont toujours saluées dans la B.O par le prélude de la première suite pour violoncelle de J.S Bach), mais, le simple fait que le rôle soit tenu par Audrey Tautou (revenant du forum de Porto Alegre avec son baluchon sur l’épaule et son foulard autour de ses cheveux) fait qu’on n’a aucun mal à accepter leur relation.

Les villes non plus n’échappent pas aux clichés, mais elles sont si bien montrées. Les Poupées russes est un film trans-européen, rythmé dans sa majeure partie par les allées et venues de l’Eurostar entre Paris et Londres, puis vers la fin par une entraînante musique folklorique russe. Il est assez significatif qu’un des rares personnages à échapper aux clichés soit celui de Wendy, l’Anglaise.

Peut-être parce qu’on en a assez fait à leur sujet, peut-être aussi parce que c’est à travers elle que Cédric Klapish choisit d’exprimer certaines réflexions, notamment qu’aimer réellement quelqu’un c’est l’aimer pour ses défauts. Quand Wendy formule cette réflexion lors d’une déclaration d’amour à Xavier, le moment est si bouleversant qu’on se demande comment il peut l’abandonner sur ce quai de gare pour aller vivre une aventure d’une nuit avec un mannequin. On se demande aussi si ce n’est pas aussi une façon pour Cédric Klapish de nous dire d’aimer son film à cause des imperfections. On l’aimera de toutes les façons.

À cause de ces personnages auxquels soit on s’identifiera, soit on s’attachera. À cause de ces instants de vérité : longs, comme ce moment où Xavier tente maladroitement d’établir un rapport avec la vendeuse dans un magasin, ou très brefs mais éternels, comme ces deux mains qui se frôlent. On s’en souviendra pour la célébration de l’amour et de l’amitié tout au long du film, pour ces moments ravissants, comme la scène de l’Espagnole courant nue dans Paris et aussi pour les belles images.

Les Poupées russes, histoire d’une quête (de soi, de l’autre) et film festif par excellence, est aussi un film d’une complète futilité. Mais Cédric Klapish a si bien su joindre le futile à l’agréable qu’on gardera longtemps une douce sensation au plexus solaire en fredonnant la chanson de la B.O.

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