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Manchester rappelle-toi mai 68
Les données ne sont aujourd’hui plus les mêmes, les rapports de force aussi. Mais, inévitablement, au moment où le Benfica Lisbonne foulera ce soir la pelouse d’Old Trafford pour son choc européen du groupe D avec Manchester United, les commentateurs les plus nostalgiques de la presse parlée ne pourront s’empêcher de réécrire l’histoire, de revisiter le passé.
Dans les années 60, le club lisboète avait été, en effet, l’un des plus farouches adversaires d’une équipe mancunienne alors en pleine phase de conquête. Trois victoires pour United à l’arrivée, certes, mais que ces confrontations avec les Eusebio, Coluna, Simoes, Augusto et autres Graca furent épiques et passionnées pour ceux qui étaient alors connus comme les fameux “Busby Babes”.
Des trois, s’il y a une confrontation qui a véritablement marqué les esprits, c’est la dernière, la fameuse bataille de Wembley, le 29 mai 1968, en finale de la défunte Coupe des clubs champions.
Malgré l’hostilité d’un public anglais chauvin mais connaisseur, le Benfica Lisbonne partait ce jour-là avec la faveur des pronostics, étant à l’époque un monstre sacré du continent. Le club portugais restait en effet sur trois finales successives, ayant remporté celle de 1961 et 1962, avant que ses ardeurs ne soient freinées par le Milan AC un an plus tard.
À l’inverse, Manchester United avait encore tout à prouver. D’ailleurs, c’était la première fois depuis leur entrée sur la scène européenne, en 1956, que les Diables rouges se hissaient en finale d’une C1.
Il est vrai que l’équipe avait, en cours de route, été frappée par la fatalité. Le désormais célèbre crash de Munich, en 1958, avait en effet dépouillé Man U de sa plus glorieuse génération de joueurs, lui enlevant, entre autres, le magnifique et inimitable Duncan Edwards, le Wayne Rooney du milieu de siècle.
Matt Busby, qui avait survécu au crash, fut alors contraint de recomposer son équipe en puisant principalement de son centre de formation. Il le fit avec une foi inébranlable. Il avait à le faire, se plaisait-il à rappeler, pour “honorer la mémoire de mes enfants disparus”, pour que United puisse exister, survivre, repartir. Et, fort logiquement, c’est autour du légendaire Bobby Charlton, autre miraculé de Munich, qu’il articula sa deuxième version de United. Dans cette équipe figurait également deux joueurs au talent inépuisable, Denis Law et George Best.
Benfica partait favori, mais Wembley n’était franchement pas le terrain de jeu préféré du club lisboète. Deux ans plus tôt, soit en 1966, six de ses joueurs avaient perdu, sous le maillot de la sélection portugaise, une mémorable demi-finale de Coupe du monde face à l’Angleterre. Et le héros de la Blonde Albion s’appelait… Bobby Charlton, auteur de deux buts. Cette année-là, Charlton et ses compatriotes avaient été franchement irrésistibles. Aussi remportèrent-ils, dans des circonstances douteuses il est vrai, le titre mondial, cela au terme d’un interminable chassé-croisé en finale face à la grande Allemagne.
Ce Manchester United-Benfica du 29 mai 1968 fut, à vrai dire, d’anthologie. Ce diable de Charlton, décidément intenable, avait ouvert le score très tôt, concrétisant une domination certaine des champions d’Angleterre. Mais, à dix minutes de la fin, Wembley fut réduit à un silence de cathédrale quand, de la tête, Graca égalisa. Quatre minutes avant la fin du temps réglementaire, Eusebio se retrouvait avec la balle de match au bout des pieds, mais Alex Stepney, le gardien mancunien, s’inspira de Gordon Banks pour maintenir les Diables rouges en course.
Un partout, place aux prolongations. Avantage psychologique Benfica ? Oui. Mais rien n’est aussi simple en football. À vrai dire, il était écrit, quelque part, que l’heure de Manchester United allait bientôt sonner. Cette équipe était née pour écrire l’histoire. Duncan Edwards n’était pas mort pour rien. Matt Busby méritait bien que le football lui soit enfin reconnaissant. Et puis, le Benfica Lisbonne ne pouvait pas tout gagner. C’était d’autant plus inévitable qu’une nouvelle hiérarchie se dessinait en Europe, le football anglo-saxon comblant petit à petit le fossé qui le séparait d’un football latin certes efficace, mais qui commençait à devenir ennuyeux.
Manchester United champion d’Europe ? Une évidence aux yeux des puristes. Ainsi fut-il. Les huit premières minutes des prolongations furent d’anthologie, le club anglais réussissant l’exploit de marquer trois buts dans un Wembley en délire. Un exploit individuel de George Best, une belle tête de Brian Kidd pour fêter ses 19 ans et un doublé de Bobby Charlton, toujours lui, eurent raisons des dernières prétentions du grand Benfica.
United avait remporté son pari. Enfin auréolé de la plus belle conquête, il ne pouvait plus mourir…
MANCHESTER UNITED AFFAIBLI
<B>Sans Neville, Brown, Heinze, Keane et Rooney </B>
Une épidémie de forfaits complique la tâche de Manchester United pour sa deuxième sortie de Ligue des champions contre Benfica, ce soir, à Old Trafford.
Les Mancuniens, qui ont entamé leur campagne européenne par un match nul 0-0 à Villarreal, seront privés pour blessure de trois défenseurs – Gary Neville, Wes Brown et Gabriel Heinze. Les milieux de terrain Roy Keane et Quinton Fortune manqueront aussi à l'appel.
À cette liste de blessés s'ajoute l'absence de Wayne Rooney, expulsé contre Villarreal après avoir reçu un second carton jaune pour avoir déchargé mauvaise humeur et applaudissements sarcastiques sur l'arbitre.
L'avant-centre de 19 ans est l'arme majeure d'une équipe de Manchester qui n'est plus au meilleur de sa forme, comme l'a montré samedi sa défaite 2-1 à domicile face à Blackburn.
Benfica fait le déplacement en Angleterre fort de ses victoires 1-0 sur Lille dans son premier match de la Coupe d'Europe et 3-1 sur Penafiel dans son dernier match du championnat du Portugal. Le club portugais a joué vendredi soir et aura en outre l'avantage d'un jour de plus de récupération.
Son entraîneur néerlandais, Ronald Koeman, a même conclu de la victoire sur Penafiel que son équipe avait surmonté ses hésitations de début de saison. “Nous venons de gagner nos trois derniers matches et c'est bon pour la confiance”, a-t-il dit.
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