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Talents au firmament
Les larmes ont coulé, la sueur a ruisselé. La scène n?est pas histoire d?amateurisme. C?est le lieu par excellence où le talent éclate, s?élargit, se métamorphose. C?est désormais au corps de s?exprimer, à l?émotion de prendre corps. C?est l?émotion par-delà les mots, la voix par-delà les mots. C?est le pari risqué et courageux des douze finalistes du concours Rêve de star.
Ce concours qui a privilégié des artistes au parcours ouvertement atypiques ? Evolozik, Instant Karma, Creative Band, Mélanie and the L8comers, MnGap, Movman Ras Idéal, Skyy, Sept, Caban - ceux qui affichent des préoccupations plus poétiques que politiques. D?autres, Amylou, Yves Hermann, Christelle Jean-Louis, en solo. Leur quête très personnelle de la musique, débouche sur une vision plus réaliste des choses.
L?auditorium du Centre culturel Indira Gandhi, théâtre d?une acoustique parfaitement maîtrisée et d?une salle de spectacle comme on en voit peu chez nous, est propice à l?épanouissement de ces talents. Sur l?immense scène, chanteurs et musiciens tremblent d?angoisse. La température monte. Venue d?en haut, la voix d?Henri Koenig, l?ingénieur du son, veille aux réglages des instruments. Un exercice dont s?occupera le jeune homme tout au long de cette journée de répétitions. Il cultive la juste note, le son impeccablement relayé par une dizaine de baffles.
Dehors, une amitié exceptionnelle a vu le jour. On se concerte, se conseille, s?interroge. On exorcise le trac, le mal de ventre. On grille une cigarette. On gratte les cordes des guitares. Tout est bon pour ne pas focaliser sur cette finale. Une finale aux allures de soirée de gala, qui clôt une aventure commencée des mois plus tôt.
Entre eux, ils cherchent la bonne tonalité, le bon ton. Ils ont envie de faire un triomphe, mais doutent, faute d?avoir arpenté une scène, ou côtoyé des professionnels. Certains, musiciens dans le circuit hôtelier, n?ont pas à se plaindre. Jusqu?ici, tout va bien pour eux. Ils vont, peut-être, enfin, sortir de l?ombre. Et sortir du carcan dans lequel leurs show nocturnes les ont confiné. Danny Louison et Steven Beron, deux des membres du Creative Band, en sont convaincus.
Ils ont assemblé les mots et les notes. Forcé leur imagination à aller au-delà du commercial. Ils font en plus un difficile pari sur la créativité, et sont contraints de s?écouter, de repérer les défauts, de les corriger.
C?est comme se voir quand on est acteur. C?est atroce. Sur scène, parfois, les réglages sont mal ajustés. Ce malaise d?entendre sa voix en plus sourd ou en plus aigu, les angoisse. Mais la voix, c?est du charme, de l?enivrement. C?est un timbre, une identité. C?est magique.
Ils soignent leur apparence. Affirment leur personnalité. Le public n?est pas dupe, le jury encore moins. Chanteur à fleur d?âme, ils ont appris sur le tas, en écoutant d?autres. Les références sont nombreuses. Le rap, la ballade, le rock. Ils sont à la recherche de la perfection, dans leur interprétation, leur façon de s?habiller, dans leur jeunesse.
Rory Gowin et ses trois complices du groupe Evolozik, ont aussi mis leur corps à l?ouvrage. Ils ont orchestré une chorégraphie, travaillé leur sens du rythme. Ils font résonner les émotions de leur époque. Ils abandonnent parfois le rap pour se rapprocher de la mélodie.
Mélanie and the L8comers, c?est d?abord le show. La jeune fille prend possession de la scène, l?apprivoise, la fait sienne.
Elle s?y promène, le regard aguicheur. La grippe qui semblait la gêner quelques minutes plus tôt ne fait plus effet. Tout devient légèreté. La voix, le son, les notes. Entre deux réglages, elle pousse la voix sur Sakenne so lamoitié du Creative Band. C?est son coup de c?ur. Pourquoi le cacher ? Elle fait écho avec l?album Rêve de star. C?est généreux et attachant.
Ils ont assemblé les mots et les notes. Forcé leur imagination à aller au-delà du commercial. Ils font en plus un difficile pari sur la créativité,et sont contraints de s?écouter,de repérer les défauts,de les corriger.
Enfoncé dans son fauteuil, Yves Hermann ne rate pas une miette. Il sera le prochain à y passer. Son tour de chant est séduisant. Derrière son micro, il devient un autre. Il égrène sa complainte douce-amère. Il a des allures de crooner. Le tout est intimiste, touchant. Sur l?écran, derrière, gros plan sur son visage. Yeux clos, il change d?intonation. Se laisse porter par la mélodie. La présence détendue sur scène, il fait fi du trac.
Entretemps, Gary Bhujun et Andy Kamanah, deux des L8comers, échangent quelques mots avec Chevrine Etiennette et Dany Louis du Creative Band. Les yeux brillants, Chevrine Etiennette n?en revient pas de la montée d?adrénaline qui l?a prise quelques minutes plus tôt. Convaincue que sa musique n?est pas une chimère, elle en veut encore. Donner de soi-même et donner du meilleur de soi-même. Rêve de star a pris des allures de conte de fée. Un rêve qu?elle touche désormais du doigt.
Mais il faut à tout prix apprivoiser ses nerfs. Leur tour de chant dure trois minutes et peut, s?il est bien mené, changer le cours de leur vie. Mais pour l?heure, pas question de rêve de gloire. Et si Peter Lacey, le «chasseur de talents » de Musketeer Records, se plaît à tous les observer, ils savent que l?enjeu est de taille. Mais déjà, ces artistes creusent de nouveaux sillons dans la musique. La relève est assurée.
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