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Nathacha Appanah nous convie à ?La noce d?Anna?

4 septembre 2005, 20:00

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La noce d?Anna est le troisième roman de Nathacha Appanah, publié dans la collection Continents Noirs de chez Gallimard, après Les rochers de Poudre d?Or (un premier roman qui lui a valu le prix RFO 2003 et le prix Rosine Perrier 2004) et Blue Bay Palace (Grand Prix littéraire des Océans Indien et Pacifique).

Ce roman raconte l?histoire de Sonia, une mère célibataire, qui avait fui son île natale à l?âge de 17 ans sans y être jamais retournée et qui, 25 ans après, s?apprête à marier Anna, sa fille unique, tout en avouant ne pas connaître grand-chose du mariage.

Si la noce d?Anna, prévue pour un 21 avril, est ?certainement le plus beau jour de sa vie?, c?est aussi l?occasion pour elle de laisser ses réflexions errer au gré d?une fantaisie qui oscille ente le réel et l?imaginaire, entre le passé et l?avenir.

Des anecdotes sont juxtaposées et des petites histoires, parfois sans liens apparents, s?entremêlent. Du passé à l?avenir hypothéqué, le présent se redessine alors à la lumière d?un nouveau regard qui est celui d?une femme à la maturité tardive.

Comment éveiller du désir chez un homme ?

Derrière les pensées vagabondes du personnage-narrateur se dessine toutefois une trame bien romanesque. Ce qui surgit, c?est l?histoire saccadée d?une mère, d?une jeune femme qui se souvient de l?enfance de sa fille.

Ce qui surgit, c?est aussi l?histoire d?une femme qui, passée la quarantaine, découvre qu?elle a enfin envie d?être séduisante : ?J?ai quarante-deux ans et pour la première fois de ma vie, je me demande comment on fait pour éveiller du désir chez un homme.?

Finira-t-elle par accepter l?idée qu?elle peut aussi être une belle femme ? Une femme simple et belle comme toutes celles qu?on rencontre dans un mariage ?

?Le mensonge est un art de vivre?

Ecrit à la première personne, dans un style qui favorise l?anecdotique et l?exploitation des détails et qui privilégie une certaine liberté d?éloquence, ce roman noie l?enchaînement causal des évènements dans une fluidité verbale.

La narratrice raconte comme elle respire : ?Les mots se détachent du fond de moi-même, se promènent un peu, arrivent jusqu?à ma gorge et sortent comme un souffle?. Elle promène son regard sur tout. Les choses, les gens, les gestes fertilisent l?imagination, et la description finit souvent par dédoubler les faits de l?histoire et vient donc combler ça et là le vide de la narration. Le romanesque se fraie ainsi une voie à travers un flot de verbalisme.

L?essentiel est alors dans cette forme lyrique qui annonce sa fonction d?éveiller le pathétisme. Le lecteur est pris d?empathie pour cette femme ?qui n?a jamais su retenir un homme, qui n?a jamais su se faire épouser?, qui n?a connu que des amants de passage et qui rêve d?une vie normale ? une vie comme celle de sa fille, par exemple, au point de vouloir la faire encore une fois surgir d?elle-même, mais comme son double, pour pouvoir enfin fondre dans son identité.

Elle avoue : ?J?avais peut-être oublié qu?elle était la part cachée de moi-même, celle que j?aurais été si j?étais restée avec mes parents dans ce pays ensoleillé et étriqué, ce pays magnifique et raciste, ce pays où le travail est une vertu et le mensonge un art de vivre. Peut-être que si je n?avais pas lu autant de livres, pas connu Matthew, pas connu l?ivresse des mots sortis de nulle part, peut-être que si je n?avais pas délibérément exploré cette part d?ombre et de creux que je porte, peut-être après tout, serais-je devenu Anna.?

La noce d?Anna est sans doute un roman qui se laisse lire d?un trait. Le lecteur y pénètre comme dans un film qui se défile sans entractes et retrouvera sans trop de difficultés le style propre à Nathacha, avec toutefois une certaine dose de maturité.

Nathacha Appanah, La noce d?Anna, Gallimard, collection Continents Noirs, disponible bientôt en librairie.

EXTRAIT

?La noce d?Anna?

■ ?Je marie ma fille, aujourd?hui. Cette phrase bondit dans ma tête tandis que je la regarde dormir. J?ai quarante-deux ans et je marie ma fille aujourd?hui. J?ai soudain l?impression d?être sortie de mon corps, de flotter au-dessus d?Anna endormie et de moi-même, de regarder tout cela comme on regarde un film, de me dire que cela ne peut pas m?arriver, pas à moi. J?aurais souhaité être sage le jour du mariage de ma fille, par-là, je veux dire ne plus avoir peur du lendemain, regarder mon passé et sourire, attendre l?avenir sans angoisse, avoir accompli ce dont j?avais envie, ne pas être envieuse de qui que ce soit, de quelque situation que ce soit, avoir un homme séduisant à mes bras, assez d?assurance pour pouvoir rire aux échos et faire rire les autres, j?aurais voulu avoir assez de recul sur ma propre vie pour encourager ma fille, mais non, je ne suis pas tout cela, je n?ai pas tout cela. Quand je sors de sa chambre ce 21 avril, il est sept heures à peine et la vieillesse soudain m?attend à la porte? ?

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