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Une affaire en or

3 septembre 2005, 00:00

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D?un coup de pinceau, elle balaie de la poussière d?or. Et remet la bague sur l?établi. Cherche l?erreur. Traque la plus petite marque qui dénaturerait le bijou. Tout son être tend vers la perfection. Penchée sur la table de travail, Varsha Chukun est l?une des rares taches de couleur dans la chaîne de travail.

Petit coussin fuchsia sur la chaise en plastique rouge. Assise dessus, la jeune fille lime ? avec le petit doigt en l?air ? des bagues, des bracelets. Cela fait un an qu?elle travaille dans l?atelier de Siddick Caunhye. Mais son patron l?appelle toujours, «la stagiaire». Taquin, il lui glisse à l?oreille : «bizin rod enn garson pou marie toi.»

Ce serait alors perdre une petite main agile. Elle, le sourire timide, n?interrompt pas ce qu?elle fait et nous répond sans se retourner. «Tou letan mo ti kontan bizou. Pa pou moi, pa pou mete. Mo kontan bann model.» Contre l?avis de ses proches, elle s?oriente vers des cours de bijouterie à l?IVTB. C?est ce qui lui a ouvert les portes de l?atelier de bijoux de Siddick Caunhye à Camp-Chapelon.

De la vitrine à l?usine, un kilomètre. Du showroom tourné comme une fleur vers les passants, ne reste que la lumière blanche et crue. L?entrée accueillante de la bijouterie de la rue Lord Kitchener à Port-Louis, a cédé la place aux cadenas à Camp-Chapelon.

Le propriétaire a toutes les clés. Celles du procédé de fabrication des merveilles qui iront garnir les présentoirs de ses six magasins à travers l?île. On s?attendait à une fournaise, à un univers de flammes et de métal en fusion. L?or est désormais une affaire semi-industrielle, où les paramètres sont contrôlés.

Le feu est réglé électroniquement. Les mailles sont exécutées au laser. Le titrage, analyse permettant de déterminer le carat, est assisté par ordinateur. «Tout chez nous est à 18 carats», précise Siddick Caunhye. Première étape : la fabrication des chaînes ? en or, cela va de soi ? au mètre. L?or fondu, à 1075° C, prend la forme d?un lingot.

Ce morceau de métal à l?apparence banale et à la couleur du cuivre est alors passé au laminoir, deux cylindres dentelés pour étirer le lingot en fil. «Avec un kilo d?or, qui met une demi-heure environ à fondre, on obtient 10 mètres de fil.»

Le fil étiré à un millimètre d?épaisseur est «passé au four» à 750° C puis à l?eau courante pour empêcher l?oxydation. Il est alors enfilé ? comme dans une machine coudre ? pour être garni de mailles, de trous de diverses dimensions percées au laser. En palmier ou en gourmette, en figaro, en carré ou en carré double, les petits trous s?enchaînent à l?infini sous l??il de l?opérateur. «La bijouterie est une question de précision.» à l?étage de l?usine, place à l?atelier proprement dit. Au savoir-faire humain. Dans la grande pièce éclairée, les tables de travail sont placées contre le mur. Une vingtaine de petites mains ? la seule femme ici est Varsha Chukun ? sont occupées sur l?assemblage des bracelets, le sertissage et le polissage des bagues. «Les bijoux passent deux fois au polissage : avant et après le sertissage.»

Si les tourmalines roses de belle taille sont serties dans un bracelet à l??il nu, les diamants destinés à une éventuelle bague de fiançailles, sont montés au microscope. Jeu de patience où aucune erreur n?est permise. Muni d?un onglet, outil acéré servant à disposer les pierres, l?ouvrier prend la précaution d?enduire de laque la parure sur laquelle il travaille, pour la durcir et la maintenir en place.

Du laque rouge qui disparaîtra au polissage. D?abord au grattoir, puis à l?acide ? soit nitrique ou au cyanure de potassium. Dernière étape : la «machine à laver», une cuve remplie d?une solution savonneuse qui «tourne pendant dix minutes dans le sens de la montre et dix minutes dans l?autre sens». Siddick Caunhye arrête la machine. Y plonge la main et pêche une poignée de petites épingles de l?eau savonneuse. «Quand la machine tourne, les épingles nettoient les coins et recoins du bijou.»

Et quand il faut recommencer, pas de problème. Le mou-lage des bagues est conservé dans de la cire rouge. Un modèle est précieusement conservé dans l?une des armoires de l?usine, qui compte près de 5 000 moules soigneusement numérotés. «On pourra, au besoin, reproduire 1 000 copies de l?original si le client le souhaite.»

LE FLOU DEMEURE

Pour Navin Gunnoo, président de l?Association of Jewellers l?annonce de la suppression de la TVA représente l?aboutissement d?une lutte. «Nous militons en faveur de cela depuis longtemps afin de décourager l?importation illégale de matière première, c?est-à-dire l?or. Les fabricants préfèrent s?approvisionner en Inde ou à Dubayy.»

Selon lui, le calcul est simple. «Actuellement, un gramme d?or coûte Rs 450. Ajoutez dessus les 15% de TVA et le coût de la main-d??uvre et c?est tout simplement trop cher pour travailler à Maurice.» Une situation qui, pour Navin Gunnoo, «décourage aussi les touristes».

Cependant, le flou demeure concernant l?application de la mesure. Citant des chiffres, Navin Gunnoo affirme que des quelque 500 bijoutiers de l?île, seule une quarantaine sont «VAT registered». « Nous ne savons pas si la TVA a été enlevée à la vente, pour que le client bénéficie lui aussi de la mesure. Nous avons sollicité une rencontre avec le ministre des Finances pour obtenir des éclaircissements avant que la me-sure ne soit publiée dans le Government?s Gazette.»

Les bijoutiers de l?île sont regroupés au sein de trois associations. L?Association of Jewellers existe depuis cinq ans. Navin Gunnoo en assure la présidence depuis deux ans. «Nos membres ? au nombre d?une quinzaine ? sont aussi enregistrés auprès de la Small and Medium Industries Development Organisation.»

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