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Une santé frêle

3 septembre 2005, 00:00

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Petits trafics, petites négligences aux grands effets. Le système de santé publique est bien gangrené. Commerce illicite de médicaments dans les pharmacies. Réclamations des citoyens pour des cas de bévues médicales. Un hôpital psychiatrique en décrépitude. Confusion autour des pratiques privées des médecins de l?Etat. Des hôpitaux qui sont loin d?être toilettés pour répondre aux attentes du public. Certains réflexes qui ne témoignent d?aucun souci des règles hippocratiques, voire seulement celles de courtoisie.

Dresser une liste exhaustive des carences du service de la santé publique obscurcirait trop un tableau déjà bien sombre. Il faut parallèlement éviter le piège d?un procès des prestataires de ces services. Le personnel hospitalier souffre déjà de trop de pression pour l?accabler davantage. Mais, en même temps, une autre expression convenue sera évitée. Notamment celle qui consiste à tout mettre sur le dos de «quelques brebis galeuses». Le mal est profond et il ne sert à rien de relativiser ou encore de dramatiser.

Le nouveau ministre de la Santé, comme ses prédécesseurs lorsqu?ils venaient de prendre leurs fonctions, semble vouloir prendre le taureau par les cornes, multipliant les visites surprises, les annonces de sanctions et de transfert? Tout cela est bien beau mais il ne conduira pas à grand-chose s?il n?y a pas un réel effort d?une réforme en profondeur. Autrement, dans quelques semaines, on verrait ces premières initiatives comme une simple historiette.

Il demeure vrai, en contrepartie, qu?on ne change pas du jour au lendemain un fonctionnement qui s?appuie sur des décennies de pratiques. Les hérauts du libéralisme y verraient là une occasion pour plaider en faveur de l?introduction des lois du monde concurrentiel dans un secteur très atteint de l?infection corporatiste, des réseaux de complicités et des intérêts acquis. Les champions d?un socialisme à tous crins relèveront les manquements au niveau de la formation, les horaires indus de travail, le manque de personnel, les salaires dérisoires? C?est entre les deux extrêmes que se situe généralement la réalité.

Il est temps donc d?opérer d?urgence. Serait-ce prêcher dans le désert que de vouloir une redéfinition de l?égalité des prestations si chère à l?Etat-providence? Probablement. Pourtant l?environnement économique commande plus que jamais une approche rationnelle. S?il n?est pas encore question de rationner l?offre, il est tout de même temps de procéder à quelques ouvertures vers d?autres modes de fonctionnement. Les mises en garde et les éternels mutations-tranferts ne provoquent au mieux que des prises de conscience individuelles et, au pire, la perpétuation des pratiques douteuses dans d?autres secteurs. Il faut désormais se demander si la rationalisation de l?univers hospitalier public et l?amélioration de ses prestations ne passent pas par la nécessité de contracter certains de ses services? Outre le fait d?être une opération qui vise à plus d?efficience, elle aura aussi le mérite de servir de signal. Tôt ou tard, un secteur public passera par cette aventure. Pourquoi ne pas commencer par la santé car il y va de la vie des gens quand même?

La prise en charge des coûts d?hospitalisation ne pourra certes jamais être encourue par le citoyen moyen. La santé gratuite est un droit acquis. Mais il faut bien commencer une réforme quelque part. A nos décideurs de trouver la bonne formule. L?Etat a une obligation de résultats. S?il ne parvient plus à faire fonctionner ses services convenablement, ce sont les politiques qui en paieront le prix. Il y a certaines utopies qui sont enterrées depuis longtemps. Mais il semblerait que certains confondent entre une politique sociale ambitieuse et des choix d?orientation générale communisants.

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