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Derrière les portes de la prison centrale
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Derrière les portes de la prison centrale
La petite porte en bois de la prison centrale s?ouvre. Un officier de la prison, impassible, attend que nous soyons entrés pour refermer la porte. Les cris des détenus de l?autre coté de la grille sont infernaux. Ils deviennent plus insistants lorsqu?ils réalisent que des journalistes et photographes de presse sont à l?intérieur. ?Vini vinn gete kouma zot maltret nou?, lance l?un d?entre eux.
Les gardes-chiourme, habitués à ce vacarme, ne réagissent pas. La raison de notre visite dans les prisons : la conférence de presse du commissaire des prisons, Bill Duff.
Ce dernier voulait surtout démontrer que le travail des gardes-chiourme n?est pas une partie de plaisir. La preuve : des objets prohibés saisis sur des détenus. Signes de leur ingéniosité, mais aussi et surtout, signes de ce qui ce passe à l?intérieur de nos prisons.
Téléphones portables (une cinquantaine), bouteilles en plastique remplies de liquide colorés? et alcoolisés, armes tranchantes, principalement des couteaux de cuisine? Tous saisis presque quotidiennement depuis à peu près deux mois. ?Si sa inn resi gayn sa, imazine ki ena enkor endan??, commente un garde- chiourme.
Le commissaire des prisons veut des prisons ?humaines?. Et cette transition ne doit pas se faire dans l?opacité. Surtout pas dans l?isolement. D?où la conférence de presse.
Pour que Bill Duff puisse arriver à son objectif, à savoir dégraissage des prisons et réhabilitation des prisonniers entre autres, il lui faut bien le soutien des autorités. Il a ainsi fait mention de ses recommandations au High-Powered Committee.
Pour mener la tâche à bien, le soutien du personnel n?est pas à ignorer. Bill Duff est aidé de ses deux adjoints, Jacques Henri et Jensing Shibdoyal. Jacques Henri, souriant, soutient visiblement l?action de son chef hiérarchique. Et Jensing Shibdoyal, qui occupait les fonctions de commissaire des prisons par intérim avant l?arrivée de Bill Duff, ne laisse trahir aucune émotion. Mais l?on sait qu?il conteste en ce moment la nomination de Bill Duff en Cour suprême. Sans un mot, Jensing Shibdoyal se lève pour partir sitôt la conférence de presse terminée.
Un contrôle changeant
Dans la salle, quelques gardes-chiourme sont aussi présents. Ils travaillent dans des conditions difficiles et le commissaire des prisons s?en dit conscient. Ces derniers, ajoute-t-il, ?doivent imposer leur autorité. Une prison devient dangereuse quand ce sont les détenus et non les gardes-chiourme qui en ont le contrôle?.
Certaines prisons de notre pays sont-elles sous le contrôle de prisonniers ? Bill Duff assure qu??aucune prison à Maurice n?est sous le contrôle des prisonniers?. Mais il prévient que le contrôle est comme une pendule : à des moments ?l?aiguille penche plus du côté des prisonniers?, et à d?autres, ?du coté des officiers?.
A l?intérieur de la prison nous voyons des détenus, certains en uniforme et d?autres en civil. Nous exprimons notre étonnement. ?Ceux qui sont en civil sont on remand et ceux en uniforme ont déjà été condamnés.? explique Bill Duff. Et ils se mélangent ? ?Euh, ils ne sont pas supposés mais nous en revenons à ce que je disais plus tôt ; c?est clair que les officiers n?exercent pas assez d?autorité sur les détenus?, répond Duff.
Un garde-chiourme dans la cour. Seul. Au milieu des détenus. Ces derniers revigorés par les flashs des photographes se mettent à crier : ?nou pa enkor gayn manze, vinn gete, ena moutok dan deksi, ena lera dan la kwizinn.?
A l?étage, nous avons une vue globale de la prison. Les détenus crient toujours. Les officiers commencent à montrer des signes d?impatience. Bill Duff s?excuse. ?Je suis désolé, il est temps de partir puisqu?ils ont une audience maintenant et ce serait impossible de les contrôler.?
Nous redescendons les escaliers. Lugubres. Un autre monde. Celui de ces gardes-chiourme qui vivent pratiquement avec les détenus.
Rendre la prison plus humaine. Mieux traiter les prisonniers. Ceux-là même qui trouvent toutes sortes de moyens pour infiltrer des produits prohibés, qui menacent d?autres détenus et les gardes-chiourme, qui violent. Des criminels. Le paradoxe de la prison. Là où le bien et le mal s?entremêlent.
Les grilles se referment. L?on repart, perdus dans nos pensées...
MILIEU CARCÉRAL
Les objectifs à atteindre
■ Fermer éventuellement la New Wing et transférer les sidéens à une ?prison within a prison? dans l?enceinte de celle de Beau-Bassin.
■ Réactiver le centre Lotus pour qu?environ une dizaine de drogués, puissent tous suivre des cours désintoxication.
■ Encadrer ceux qui s?apprêtent à réintégrer la société six mois avant qu?ils ne soient relâchés.
■ Dégraisser les prisons et construire un centre pénitencier à Melrose d?ici deux à trois ans.
■ Réintroduire la remise de peine pour tous les prisonniers (avec le concert de la Criminal Justice System) et utiliser le service communautaire comme option.
■ Revoir la façon dont on accorde la caution (car certains passent jusqu?à 5 ans en prison et ces années ne sont pas prises en considération lorsqu?ils sont éventuellement condamnés).
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