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Changer, de vrai
Les mesures de Rama Sithanen valent ce qu?elles valent. Il avait prévenu : il ne pourrait tenter, à neuf mois de la fin de l?année financière, de changer radicalement l?orientation économique. Coincé par ce court terme, il l?était doublement par le peu de marge de manoeuvre que laisse la situation économique désastreuse. Ce contexte considéré, il s?en est relativement bien sorti. Une enveloppe presque deux fois plus importante pour la MTPA, l?aide technologique pour la zone franche handicapée plus que jamais par l?éloignement du marché, l?attitude proactive face à l?investisseur sont des pas qu?il fallait franchir. Il est appréciable que le ministre les ait prises même si ces mesures restent timides face à l?ampleur de l?enjeu.
Le plus appréciable dans ce plan est ce qui se lit entre les lignes, ce qui montre la voie. Rationaliser, faciliter, simplifier, clarifier? ces expressions qui parsèment le discours du ministre pourraient être prises pour des atermoiements. Mais elles cachent un message : notre système est trop rigide pour répondre aux besoins des industries sur lesquelles reposent nos chances de survie. Nous ne sommes pas assez flexibles. Nos institutions, mais aussi nos gens, notre gouvernement, même n?ont pas assimilé l?idée qu?il nous faut changer notre manière d?être. Elle convenait hier, parce que les conditions étaient toutes en notre faveur. Plus aujourd?hui. Il nous faut nous apprendre à nous adapter. C?est la règle du monde des affaires. Elle doit être celle de tous.
Nous adapter, c?est loin d?être ce que nous savons faire de mieux. Les exemples de notre rigidité, il y en a des milliers. Lundi, l?industriel François Woo racontait comment le refus de négocier des compagnies maritimes nuisait à ses activités. Si elles ont fixé l?heure de fermeture de leur entrepôt à telle heure, impossible de leur faire comprendre que rater tel cargo, c?est perdre le client. Impossible de les faire admettre que ce client-là a changé 3 - 4 fois les spécificités de sa commande en l?espace d?une semaine et que l?industriel, lui, a dû s?adapter.
A ce même forum, le directeur d?Entreprise Mauritius demandait qu?on lui explique pourquoi, pour attirer les femmes dans la zone franche, on n?adoptait pas le ?flexi-time?. Un opérateur de la cybercité nous confiait encore son étonnement que dans un pays qui misait sur les ?call centres?, qui travaillent 24 heures sur 24, les bus cessaient de rouler à la tombée de la nuit. Et ce n?est là que des exemples marginaux par rapport à la bureaucratie que pourraient raconter les investisseurs.
Le système, la loi font de la résistance, mais les gens aussi. La mentalité reste fermée au changement. L?incident des vans scolaires en est un exemple. Voilà des opérateurs privés à qui l?Etat ne doit rien qui cherchent la confrontation quand la situation ne tourne plus à leur avantage au lieu de chercher un moyen de survivre, de s?adapter. Le problème de chômage, aussi, pourrait figurer au chapitre. Un grand joaillier du pays racontait comment personne n?avait répondu à son appel de candidature pour un poste d?apprenti horloger, alors qu?il se proposait d?offrir une formation pointue à une âme simplement disposée à apprendre, à découvrir. Travail manuel, on veut pas. Même en temps de chômage.
Le plus grave est que des membres du gouvernement, par qui le changement de mentalité devra se faire, sont eux-mêmes bloqués. La politique minimale choisie pour l?accès aérien, la position prise en faveur du contrôle des prix sont rétrogrades. Ils révèlent une piètre connaissance des urgences et peu de disponibilité à s?y adapter. Ils révèlent en même temps une disparité d?opinions sur la vision pour le pays. Or, la cohésion gouvernementale est primordiale. Quelques individus qui refusent de voir qu?il y a nécessité de changer ce qui hier fonctionnait, risquent de gripper la machine du véritable changement.
Les mesures de Sithanen ne valent que ce qu?elles valent. C?est un plan de rattrapage. Pour passer l?épreuve, il faudra bien plus, le ministre l?a dit sur tous les tons. Il lui reste, maintenant, et au plus vite, à en convaincre ses collègues et à organiser la réflexion qui aboutira véritablement au ?boost? de l?économie. L?exercice est urgent, il sera difficile car il s?agira de penser hors cadre. L?état d?esprit requis est la flexibilité, l?innovation. Les mauvais élèves qui n?arriveraient pas à suivre, que le Premier ministre ait la clairvoyance et le courage de les rabrouer ou de les recaler.
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