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Le secteur privé réagit contre le contrôle des prix

30 août 2005, 00:00

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Le contrôle éventuel des prix pourrait devenir l?une des premières pommes de discorde entre le secteur privé et le nouveau gouvernement. La réintroduction d?un système de mark-up sur le prix du lait en poudre et l?annonce que d?autres produits pourraient être contrôlés à l?avenir suscitent de vives réactions au niveau des associations des opérateurs du privé.

Le dossier est jugé suffisamment grave pour que le Joint Economic Council (JEC) ? organe suprême du secteur privé ? décide d?organiser demain une réunion spéciale sur la question du contrôle des prix en général. ?Le fait que ce soit une réunion spéciale veut tout dire?, commente un membre du JEC. Ce dernier est ainsi d?avis que ?cette semaine sera cruciale?.

Pour d?autres proches du giron des associations patronales, l?annonce du ministre de l?Industrie et du Commerce, Rajesh Jeetah, selon laquelle d?autres prix seront assujettis à un contrôle a contribué à attiser les craintes du secteur privé. Dans l?express du jeudi 25 août, le ministre Jeetah annoncçait effectivement que le Management Audit Bureau (MAB) effectue une étude à la lumière de laquelle les prix d?autres aliments, conserves et viande surgelée, entre autres, seront contrôlés. ?On aurait pu mettre le lait sur le compte d?une bourde, mais on a constaté que le ministre persiste et signe?, observe un responsable des associations du secteur privé.

Le JEC, la plus haute instance du secteur privé, s?émeut et se saisit du dossier. Une démarche sans doute due au fait qu?il s?aperçoit que le gouvernement campe sur sa position.

Autre élément ayant contribué à susciter une réaction du secteur privé : l?absence de réaction du gouvernement sur la question du prix du lait. Dans ce milieu, on fait ressortir qu?on s?attendait à une annonce du gouvernement à l?issue du Conseil des ministres de vendredi. Mais rien n?est venu.

Selon nos informations, il y a eu discussions et consultations afin d?arriver à une solution de compromis. La formule avait été plus ou moins convenue. Il s?agissait en fait de traiter différemment ceux qui importent du lait en vrac et ceux qui font venir du lait déjà sous emballage.

Les importateurs du lait en vrac devaient bénéficier d?un mark-up de 14 % sur le coût final après les frais d?empaquetage localement. ?C?est le minimum auquel on s?attendait?, déclare un proche du dossier.

La Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI) qui s?est, elle, plus particulièrement intéressée au dossier du lait, réunit les opérateurs de ce secteur aujourd?hui pour faire le point sur la situation. Dans une interview à l?express, le secrétaire général de la MCCI, Mahmood Cheeroo, avait fait ressortir qu?il était ?injuste?, voire ?dangereux?, d?accorder une marge unique de 14 % aux importateurs de lait en vrac et aux importateurs de lait déjà emballé. Il avait précisé que les importateurs ont des frais locaux pour l?empaquetage. Frais que n?encourent pas ceux qui importent du lait déjà sous emballage.

Pour le secteur privé, la réintroduction du contrôle des prix est un recul par rapport au processus ardu de libéralisation en marche depuis la moitié des années ?80. Le contrôle des prix n?engendre que pénurie artificielle, concentration et absence de concurrence, et choix limité, argue Mahmood Cheeroo, dans l?interview accordée à l?express.

CONSOMMATION

Rupture du stock de lait chez certains revendeurs

■ Certains ont dû se tourner vers une autre marque de lait, d?autres se sont pointés chez d?autres revendeurs. La déception et la colère se lisaient sur le visage de nombreux consommateurs faisant leur shopping de fin de mois. Ils se sont retrouvés sans lait en poudre. Un propriétaire de supermarché explique : certains consommateurs ont, depuis plus d?une semaine, commencé à acheter beaucoup plus de lait que prévu. D?où la rupture de stock chez certains revendeurs.

Du coup, les étagères de plusieurs supermarchés et hypermarchés, normalement réservées aux marques de lait Red Cow, Twin Cow, et Anchor, étaient vides. A hier, certains supermarchés éprouvaient toujours de la difficulté pour répondre à la demande. Ignace Lam, un des directeurs de la chaîne de supermarché Way, indique qu??avec la révision à la baisse des marges de profit sur le lait à 14 %, les revendeurs n?obtiennent que 90 sous de profit pour chaque boîte de lait vendu, au lieu de Rs 4 à 5 par boîte de lait vendue avant le contrôle des prix?. Il est catégorique : pourquoi alors vendre le lait pour ?récolter des miettes? ?

Le directeur de la chaîne de supermarché Way précise que des supermarchés encourent d?énormes frais. Ils offrent, de plus, gratuitement des sacs en plastique d?une roupie à leurs clients et doivent payer Rs 2.25 à la banque pour chaque transaction effectuée sur une carte de crédit.

Les opérateurs dans le secteur se disent, eux, ?très inquiets? de la situation, voire même ?déçus? de la façon dont le gouvernement aborde ce dossier. Ils s?attendaient à une décision du cabinet vendredi dernier sur la question de marge de profit sur le lait à la fin de l?opération d?empaquetage. Mais il n?en est rien. Certains proches du secteur avancent que si le gouvernement ne se prononce pas de façon claire sur le dossier, les consommateurs courent le risque de ne plus avoir le lait de leur choix dans les mois à venir. Ils expliquent qu?avec l?approche des fêtes de fin d?année, de nombreux navires sont sollicités pour transporter un plus grand volume de marchandises. Ainsi, avancent-ils, toute commande de lait qui n?est pas passée d?ici un mois, risque de pénaliser sérieusement les consommateurs.

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