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Le seigneur du bois

26 août 2005, 20:00

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Sa dernière ?uvre est un totem érigé en souvenir de la traite des esclaves et de l?abolition, à Chamarel. Le totem a été présenté, en début de semaine par le centre Nelson Mandela pour la culture Africaine, et dévoilé par le ministre des Arts et de la Culture, Mahen Gowressoo.

Nous avons rencontré le sculpteur, quelques jours plus tard, fort d?une petite fierté, dans sa jolie maison à Bambous. Une nouvelle histoire nous y attendait. Lewis a découvert sa vocation tardivement. A la base, il était maçon. La vie était plutôt difficile pour lui, dans les années 78-80. Il était jeune, marié, avec deux filles à charge.

Sa plus jeune fille avait du mal à bien dormir et Lewis devait veiller sur elle la nuit. Son travail s?en ressentait et moins il travaillait, moins il gagnait d?argent. Un jour, sa belle-mère a gagné une poupée et l?a offerte à sa fille, qui a commencé à bien dormir. La famille a vite repris une vie plus normale, jusqu?à ce que la poupée se casse. Lewis l?a réparée. Elle s?est recassée. Et ainsi de suite. Lewis poursuit ici le récit avec attention. «Un jour, j?ai trouvé une branche, dont la forme ressemblait à une poupée. Je l?ai polie sur une roche cari. Le soir, ma fille avait sa poupée incassable et tout était arrangé .»

Un jour, il s?est retrouvé au chômage. Un collectionneur d?art passait par-là et a été émerveillé par la poupée en bois. Il proposa une grosse somme d?argent qui régla tous les problèmes de la famille.

<B>Révolte</B>

Lewis sculpta une autre poupée. Un autre étranger arriva et l?acheta. Quand Lewis fabriqua la troisième, il se dit qu?il y avait peut-être un talent caché qu?il ne découvrait qu?à présent. Depuis ce jour, il sculpte le bois.

Après la mort d?un célèbre cousin, Kaya, quelque chose de nouveau s?est déclenché. «J?étais révolté et tranquille en même temps. Je savais qu?il fallait faire quelque chose, à travers l?art ». Blessé dans sa chair, il décide de s?attaquer à la chair du bois et de sculpter la matière, comme un couteau dans une plaie, pour n?en ressortir que ce qu?il y a de meilleur.

Il a fait une exposition à Bambous. « J?attendais 300 personnes. 3000 sont venues dès le premier jour,» se rappelle-t-il encore étonné. Grâce à Jocelyn Louise, directeur de la Galerie Max Boulé, l?exposition a ensuite été présentée à Rose-Hill, où Lewis été remarqué.

En 2001, il était invité à un grand symposium de sculpture en suisse où son travail sur le bois a été très apprécié.

<B>Sur la scène mondiale</B>

Selon lui, «les artistes sculpteurs en Europe n?ont pas de relève. Alors ils vont la chercher à l?étranger ». Il participera trois années de suite à ce symposium. Et sera repéré par Kevin Murray, directeur de Craft Victoria, en charge de trouver des artistes du monde entier pour participer au Common Goods Exhibition, qui aura lieu à l?occasion des Jeux du Commonwealth, l?année prochaine, à Melbourne.

Il sculpte sa vie lui aussi, à petits coups assurés et humbles. Il fait son chemin petit à petit, en gardant sa simplicité et son sourire. Une marque de fabrique qu?il grave dans le bois. «C?est le bois qui me dit ce que je dois faire. Les gens aiment les histoires, la simplicité». Donc les gens, heureux soient-ils, aiment Lewis Dick.

Et c?est vrai, tout le monde l?aime. Dans sa maison, il accueille tout le monde. Beaucoup de parents qui travaillent viennent déposer leurs enfants chez lui après la garderie. Pas un jour sans enfants. Quand ce ne sont pas ces enfants en bas âge, ce sont de jeunes artistes, prenant exemple sur le maître.

Dans le jardin de sa maison, il a aménagé deux petits pavillons de toile qui font office d?école de sculpture. Environ 250 enfants de la région viennent y apprendre la sculpture du bois tous les jours.

Chaque après-midi, un groupe de jeunes artistes, de 6 à 17 ans environ, vient travailler doucement, patiemment, dans une atmosphère chaleureuse. En fond sonore, le doux son du bois frappé, inlassable et enivrant.

Dans ce cadre idéal, les grands s?occupent des petits. Lewis intervient de temps à autre, donne son avis, conseille les sculpteurs en herbe, quand il ne travaille pas à ses propres ?uvres dans son atelier.

Aujourd?hui, Lewis est un homme heureux. Il a choisi son métier, gagne bien sa vie et en fait profiter tout le village. Il est un nouveau Robin des bois, qui porte bien son nom.

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