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L??homo politicus? est un ?homo oeconomicus?

17 août 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Par T.A.P.

?L?État est composé de ministres, de fonctionnaires, d?hommes enfin, qui, comme tous les hommes, portent au c?ur le désir et saisissent toujours avec empressement l?occasion de voir grandir leurs richesses et leur influence?. Cette citation de l?économiste français Frédéric Bastiat a, sans nul doute, inspiré les deux économistes James Buchanan (prix Nobel 1986) et Gordon Tullock qui publient en 1962 le livre ?The Calculus of Consent? marquant par là-même la naissance de l?école du ?public choice?. Ce courant de pensée, né à une période où le keynésianisme domine la pensée économique, s?élève contre les théories interventionnistes et met en avant les défaillances de l?État.

Pour ces économistes, les décideurs politiques seraient des ?homo oeconomicus? cherchant à maximiser leurs propres intérêts plutôt que d??uvrer pour l?intérêt collectif. Le but de tout homme politique serait de se faire (ré)élire en répondant aux attentes des électeurs. La politique ne serait, ainsi, qu?un marché où s?échangent promesses et voix entre candidats et électeurs. Face à cela, des groupes de pressions s?organiseraient afin de tirer profit de la politique clientéliste menée par l?Etat.

Tout cela n?est que théorie, la réalité est tout autre diront les hommes politiques. Ils diront qu?ils privilégient l?intérêt général et oeuvrent pour le bien-être à long terme de leurs concitoyens. Certes, tous les hommes politiques ne sont pas forcément guidés par leurs propres intérêts. Certains sont prêts à offrir leur sang, leur labeur et leur sueur à leur peuple comme aurait dit Sir Winston Churchill, mais pouvons-nous en dire autant de nos dirigeants politiques actuels ?

En entrant en fonction, l?actuel gouvernement a dressé un tableau sombre de l?économie mauricienne. Industries textile et sucrière en crise, hausse du taux de chômage, baisse de l?investissement, taux de croissance revu à la baisse, balance du compte courant déficitaire ? Notre économie souffre en effet d?une crise structurelle profonde due notamment au démantèlement des accords préférentiels (accord multifibre et protocole sucre) et à l?émergence de nouveaux acteurs sur la scène économique internationale. Dans une telle situation, le gouvernement devrait donc privilégier les dépenses visant à restructurer l?économie aux dépenses ayant uniquement pour but de satisfaire certains groupes d?individus. Comment alors expliquer les mesures prises afin de rendre le transport gratuit pour les étudiants ? Comment expliquer le rétablissement de la pension de vieillesse sur une base universelle ? Comment expliquer la promesse faite d?exempter les personnes touchant moins de Rs 25 000 de l?impôt sur le revenu ?

Ces mesures à elles seules coûteront plusieurs centaines de millions de roupies à l?heure où notre pays traverse une crise économique sans précédent. Ces mesures ne confirment-elles pas la théorie de l?école du ?public choice? ?

Dans quelques jours, les étudiants pourront voyager gratuitement, ça c?est ?ce qu?on voit?. ?Ce qu?on ne voit pas? ici c?est que les centaines de millions de roupies dépensées pour financer cette mesure auraient pu être utilisées plus judicieusement. Elles auraient pu être utilisées pour développer le secteur des nouvelles technologies ou encore le secteur des produits de mer, deux piliers potentiels de notre économie. Mais le gouvernement a fait des promesses, ne pas les respecter remettrait en cause sa légitimité auprès des électeurs. Ainsi, entre l?intérêt du pays et ses propres intérêts, il a fait son choix.

Mais la faute n?incombe pas uniquement à nos dirigeants politiques, elle revient aussi aux électeurs qui en cherchant à maximiser leur propre utilité se laissent convaincre par le langage politique ?destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres et à donner l?apparence de solidité à ce qui n?est que vent ? oubliant ainsi l?intérêt du pays.

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