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Le concept ?mixed ability? fait débat

15 août 2005, 00:00

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Assis au premier rang, un élève de Form I déjà féru de Shakespeare ou de Stendhal. A côté de lui, une jeune fille qui peut prendre jusqu?à une heure pour résoudre un problème de mathématiques. De l?autre côté de la classe, un autre élève, ignorant les règles de conjugaison mais doué en sciences. Telle est de manière caricaturale la configuration d?une salle classe qui pratique le mixed ability learning (apprentissage tous niveaux confondus).

Les élèves portent le même uniforme mais ils n?ont pas un niveau académique uniformisé. Cela ne veut pas pour autant dire qu?il y a d?énormes différenciations de niveaux d?intelligence. C?est la règle des différences qui implique une remise à jour des systèmes pédagogiques. A Maurice, c?est un concept qui fait son chemin avec ses défenseurs et ses pourfendeurs.

Le Bureau de l?éducation catholique (BEC) a déjà annoncé la couleur. Il ne compte pas remettre en question le concept de mixed ability dans ses écoles quelles que soient les articulations de la réforme que le ministre de l?Education pourrait proposer. D?autre part, le désormais vieux débat autour de la nécessité d?avoir des établissements scolaires élitistes, donc des écoles réservées à des élèves de différents niveaux, établit un paysage scolaire où le concept de mixed ability ne trouve pas vraiment sa place.

Il existe aussi des positions intermédiaires comme celle du président de la Government Teachers? Union (GTU), Vinod Seegum. ?En 1998, la remise en question du streaming ouvrait la voie au mixed ability. Une mesure que nous avons bien accueillie à l?époque. C?est bien autant pour les élèves que pour le personnel enseignant car ceux-ci ne souffraient plus autant de dépaysement lorsqu?ils étaient transférés d?une école à une autre. Le concept de mixed ability est aujourd?hui une tendance mondiale.? Le président de la GTU regrette toutefois qu?il n?y ait pas eu d?étude sur cette pratique depuis son introduction. ?Cela aurait été un bon moyen de mesurer ses effets.?

Mérites et limites

Vinod Seegum refuse cependant d?adopter une position manichéenne. Comme d?autres, il met l?accent sur la formation nécessaire avant l?introduction de ce système. Tout comme le président de la Government Hindi Teachers? Union, Suttyhudeo Tengur, il rappelle que le mixed ability n?a pas contribué à faire reculer le taux d?échec, tant au primaire qu?au secondaire.

?On aurait dû avoir des sessions d?accompagnement intenses destinées au personnel enseignant?, fait remarquer une enseignante. Bien qu?ayant elle-même suivi des cours de formation en mixed ability learning et reconnaissant l?utilité et l?efficacité du système, elle pense qu?il aurait dû y avoir davantage de professionnalisme dans la mise en application du système de mixed ability.

Ce manquement, s?il existe, n?efface pas les mérites ni ne réduit les limites de ce système. A cet effet, Suttyhudeo Tengur estime que l?efficacité du système ne se vérifiera que lorsqu?on aura des salles de classe comptant 22 à 25 élèves. ?Le mixed-ability learning présuppose un accompagnement de proximité des élèves. Or, dans des salles de classe comptant entre 35 et 50 élèves, ce procédé ne peut être entièrement efficace d?autant plus que la façon dont il a été introduit a fait plus de tort que du bien.?

Ces appréhensions sont réelles. Mais il est aussi question de ressources et de volonté. Daniel Merven, coordinateur des collèges diocésains et responsable du Centre de formation pour éducateurs, rappelle que le BEC a déjà fait son choix. Il maintiendra le principe de mixed ability learning dans ses écoles. ?D?une manière générale, le mixed ability s?inscrit dans notre nature humaine et c?est immanquablement qu?il se vérifie dans les écoles?, fait-il ressortir.

Les intelligences sont multiples et différenciées. Mais les catégoriser équivaut à pratiquer une sorte de ségrégation sur la base académique. Cela est vrai dans l?absolu. C?est une idée qui peut être défendue ou combattue dépendant de la position où l?on se tient. Dans les faits également, le mixed ability learning permet de contourner certaines carences du système éducatif mauricien. Notamment pour le recrutement des élèves en Form I.

Le critère premier pour l?accès aux ?bons? collèges reste les résultats obtenus aux examens de fin de cycle primaire. Ces résultats pourtant ne reflètent que les compétences acquises en linguistique, dont en français et en anglais, et l?intelligence rationnelle qui découle de la maîtrise des mathématiques et en matières dites scientifiques. Ce qui donne une idée finalement assez limitée des potentiels réels de l?enfant et de ses compétences autres qu?académiques.

Certaines expériences dans des collèges du BEC ont ainsi permis de démontrer que des élèves, qui auraient pu être écartés, ont pu, grâce au ?mixed ability?, faire valoir leurs mérites autrement. Daniel Merven cite, à cet effet, un projet mené par des élèves de Form I du collège Lorette de Mahébourg où, dit-il, les responsables de l?établissement ont pu prendre la pleine mesure de la créativité et du sens d?originalité des élèves. Ce sont des enfants qui n?auraient pas eu leur chance parce qu?ils n?ont pas eu 20 unités.

Pour rendre possible ce genre de résultats, qui transcendent les contraintes exclusivement académiques, il faut que l?éducation soit une mission en soi et non seulement un projet. Tous les discours qui disent qu?il faut mettre l?enfant au c?ur du système ne seraient autrement que de simples slogans. C?est un point de vue qui se défend comme celui d?autres penseurs de l?éducation mauricienne pour qui l?expression ?world-class education? suffit à mettre fin à la tendance nouvelle de nivellement par le bas.

Pour les écoles catholiques, le choix est fait et des modes de formation sont déjà en chantier. Il s?agit désormais de rendre caduque cette critique qui voulait que certaines de ses écoles étaient réservées à une élite. ?Le projet éducatif des écoles catholiques postule qu?il faut pouvoir admettre tous les enfants surtout les plus pauvres. C?est une école ouverte à tous avec un souci particulier pour les plus faibles et les marginaux?, maintient Daniel Merven.

Solidarité

Conscient de la nécessité d?avoir des salles de classe moins surpeuplées, le BEC fera également en sorte que le nombre d?élèves se situe entre 28 et 35 élèves par classe dès la prochaine rentrée. Enfin, à ceux qui estiment que le mixed ability learning joue au détriment des élèves doués, Daniel Merven rappelle que cela permet à ces enfants de faire l?expérience du partage et de la solidarité.

L?école et l?enfant mauricien ne sont pas de simples objets d?expérimentation académique pour produire de bonnes statistiques ou pire, une élite symboliquement marquée. L?éducation reste le seul projet qui doit être constamment modernisé et où tout recul pénalise directement l?écolier ou le collégien.

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