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Des racines et des ailes
On raconte que de bonnes fées se sont penchées sur son berceau et lui ont transmis le don de la vitesse. Stéphan Buckland en a fait visiblement bon usage. Jeudi soir, dans la bourrasque finlandaise d?Helsinki. N?a-t-il pas décroché la cinquième place mondiale du 200 mètres, derrière les intouchables Américains Justin Gatlin-Wallace Spearmon-John Capel et Tyson Gay ?
Aujourd?hui, notre « Téfan » national est une star planétaire, sans doute le Mauricien le plus connu, le plus doué et le plus apprécié de sa génération. C?est ce que lui valent trois apparitions successives en finale du 200m des Championnats du monde. Car, avant Helsinki, il y avait eu Edmonton en 2001 et Paris en 2003. Sans oublier, bien sûr, son épopée olympique d?Athènes, l?année dernière.
Grâce à cette performance qui sort de l?ordinaire, qui ne sera sans doute jamais égalée à Maurice, la planète toute entière a déjà entendu parlé de la Cité Mangalkhan, sa Cité Mangalkhan.
Mais qui se cache derrière Buckland, cet athlète dont les télévisions du monde entier s?arrachent les images, que le prince Albert de Monaco et l?ancien champion du monde Donovan Bailey sont venus saluer en personne jeudi soir ? Le regard masqué par ses Oakley, prêt à bondir de ses starting-blocks, qui est véritablement Stéphan Buckland ?
Loin des pistes, c?est surtout sa force de caractère qui marque les esprits, incite au respect. C?est un homme réfléchi, déterminé et qui assume parfaitement ses décisions, malgré les éternelles critiques.
<B>Ma fille, ma bataille</B>
Le plus bel exemple de ce trait de caractère : sa décision de quitter le Centre international d?athlétisme de Dakar, le CIAD, pour poursuivre sa carrière sur sa terre natale. C?était en fin d?année 2002. Un choix difficilement compris et qui a généré de multiples critiques. Dans le milieu sportif mauricien, on a même parlé de « fin de carrière », de « choix stupide ».
Mais c?était, évidemment, sous-estimer L?Express de Mangalkhan. Il a fait fi des critiques et, avec l?aide de son coach, Hervé Stéphan, celui qui l?a propulsé au niveau mondial, il a poursuivi sa carrière au Réduit, avec le succès qu?on connaît.
Stéphan Buckland est véritablement un sportif atypique. Pendant que d?autres athlètes aspirent à changer de vie, de cadre, lui entend se rapprocher de ses racines, de sa famille, de ses amis, ceux qui ont toujours été là pour lui, bien avant sa percée au plus haut niveau.
C?est sa proximité avec ses frères Percy et Mervin, sa complicité avec ses parents Nancy et Jean-Bertrand, qui ont incité Stéphan Buckland à rentrer au pays.
Dans la vie, on a tous nos repères, nos guides, une philosophie à laquelle on s?attache, et pour Stéphan Buckland, c?est sa famille, ses proches, sa Cité Mangalkhan?
Et aujourd?hui qu?il a épousé Joëlle et a eu une « petite puce » prénommée Milane, ses liens avec cette île Maurice qu?il aime tant sont encore plus forts qu?avant. Milane ? Un cadeau de la vie pour Stéphan qui a mal au coeur dès que sa carrière d?athlète l?oblige à s?en éloigner quelque temps. Un rôle de chef de famille qui donne une toute autre dimension à sa vie et qui le motive à aller encore plus loin, plus vite?
Avant chaque course, avant d?aller affronter ces monstres du sprint venus d?ailleurs, il va chercher sa motivation, sa force intérieure dans le regard de sa petite Milane.
« Elle est toute ma vie. Je n?ose imaginer ne serait-ce qu?un instant ma vie sans elle? », confie Buckland, plus passionné que jamais. « J?espère pouvoir lui transmettre les mêmes valeurs que m?ont inculquées mes parents, cette force de se battre perpétuellement pour atteindre ses rêves. »
Issu d?une famille modeste dont il est l?aîné, « Téfan » a toujours vécu à la Cité Mangalkhan. C?est là qu?il a appris à se battre pour ses rêves, à affronter la dure réalité de la vie, à abattre les barrières qui se dressent sur sa route. « La vie n?a pas toujours été facile, mais je ne regrette rien. Au contraire, cette vie a fait de moi ce que je suis aujourd?hui. J?ai toujours été marqué par mes parents qui se sont battus et sacrifiés pour offrir à mes frères et à moi la meilleure vie possible. Ils m?ont appris à ne jamais baisser les bras », insiste-t-il. C?est bien vrai, d?ailleurs Mark Twain l?avait lui-même dit : « L?homme de demain se forge des batailles d?aujourd?hui ! » Et Stéphan Buckland en est la preuve vivante?
C?est un fait que la Cité Mangalkhan résume toute sa vie. Entre les matches de foot avec les gamins du quartier, les parties de pétanque avec son père, Stéphan Buckland, malgré tous les succès qu?on lui connaît, est toujours resté fidèle à lui-même, à ses principes, à ses racines.
« Je ne pourrais jamais oublier d?où je viens », dit-il. « Si j?oublie ça, je ne serais plus Buckland? »
<B>Reynolds QUIRIN</B> (d?Helsinki)
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