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Une cure Culturelle

12 août 2005, 20:00

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En empruntant la voie du savoir, on fait surtout l?expérience de ses propres limites. C?est à partir de là qu?on apprend justement à les repousser. Avec les idées reçues et les opinions arrêtées, on reste au niveau d?une conviction primaire, sinon primitive. Ce samedi, les artistes qui ont participé à l?atelier de peinture de l?association pARTage auront l?occasion de présenter leurs ?uvres et leurs techniques de travail, entre autres, au grand public. Au c?ur de cet événement, la notion de partage. Partage entre artistes et partage entre artistes et le public.

Dans un pays où la tentation de surethnicisation et de surpolitisation suit toujours une courbe inflationniste, parler de la culture et de l?art, par définition neutres, est un peu un anachronisme. Surtout si ce parler n?est pas réservé aux seules pages ou rubriques culturelles. Pourtant, l?initiative de pARTage nous rappelle l?essence même d?une société pluriethnique qui présuppose un pluriculturel riche et dynamique. Or, nous sommes loin de ces prémices. La faute ne revient pas aux artistes. Mais ce serait trop facile de tout mettre sur le compte des «autorités» incompétentes.

Nous sommes dans un pays où la culture et l?intelligence ont eu pendant des années une résonance très encyclopédique. C?est un principe qui se vérifie et qui est perpétué par notre système éducatif. La course à l?intelligence est, en ce sens, impitoyable mais aussi simpliste. La conséquence première de cet état de choses a été un déficit d?imagination. La révolte des années 70 et le glissement idéologique vers la gauche et l?extrême-gauche durant la même époque ont permis de démontrer que la création pouvait s?appuyer sur une certaine saisie de la réalité. Depuis, le génie mauricien a plutôt souffert d?un imaginaire culturel relativement aride. Une situation qui a provoqué un rapport assez ambigu entre les «cultureux-créatifs» et l?Etat mauricien.

Aujourd?hui, avec une intelligentsia aussi malléable et conciliante, la recherche d?idées nouvelles nous ramène inlassablement vers des pratiques anciennes. Parce que, quelque part, notre imaginaire est bloqué. Parce qu?entre le populaire et l?élite, nous ne parvenons pas à concevoir un juste milieu. Ce sont les extrêmes d?une société qui dit récuser tous les extrémismes. Pourtant?

Pourtant, la culture, le fondement même de la vie sociale, est résolument mise à l?écart. Un peu comme une mal-aimée parce que les efforts déployés n?ont pas de valeur marchande. S?il n?était des associations comme pARTage, on resterait à une vision réductrice de la culture. Quelques shows ici, de grandes déclarations de principe là. Et ce pays continuerait à se projeter comme un carrefour culturel. Manque d?ambition évident. Incapacité congénitale à consacrer le principe des échanges comme le moteur de la création culturelle. Le mot magique reste contact. Mais c?est aussi un mot tabou. Et on se retrouve avec un pays dont le corps n?est pas aussi attirant qu?il aurait pu être alors que son âme se drape de sa scientificité pour masquer son absence d?échanges culturels. C?est un mal-être profond. Mais puisqu?on est maître dans l?art de la censure et du révisionnisme, on ne voit jamais rien venir!

Ce nouvel Etat mauricien qu?on nous promet devrait désormais se donner une nouvelle mission. Réinventer une nation en liquidant l?obsession ethnique au profit de rencontres qui consacrent le principe de mixité. Nos artistes trouveront une autre manière de raconter notre inconscient collectif. Nos politiciens feront campagne autrement. Nos communautés ne se focaliseront plus sur leurs spécificités. Et nos bien-pensants diront un peu moins de mal.

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