Publicité

Les exceptions

5 août 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Ceux qui sont nommés aux plus hautes fonctions publiques ont pour mission de donner corps à la vision du gouvernement. Il est donc normal que l?alternance se traduise par l?installation d?une nouvelle équipe aux commandes des institutions d?Etat. L?éthique et la morale sont sauves si ce changement obéit à des règles claires et cohérentes. Autrement, le renouveau peut revêtir un caractère revanchard.

L?illustration la plus décevante d?un acharnement inexpliqué contre un haut cadre est fournie par le Sugar Investment Trust (SIT). La présidente du conseil d?administration de cet organisme - qui est aussi le chef de cabinet du ministère de l?Agriculture - a cherché mercredi à faire adopter une motion visant à destituer la ?chief executive officer? (CEO), Jyoti Jeetun. Pourtant, le SIT n?est pas une compagnie d?Etat chargée d?appliquer la politique officielle du gouvernement. Il n?est ni un organisme parapublic ni une compagnie où l?Etat détient des parts. Son actionnariat est constitué de 55 000 planteurs et employés de l?industrie sucrière. Le gouvernement doit laisser aux actionnaires du SIT la responsabilité de décider si la CEO doit demeurer à son poste ou non.

Les actionnaires du SIT ont des raisons objectives de refuser le changement voulu par le pouvoir. C?est une entreprise qui a connu une progression impressionnante sous l?actuelle direction. Il y a dix ans les biens du SIT étaient évalués à Rs 296 millions. Ses actifs valent aujourd?hui plus de Rs 2 milliards.

Les membres du ?board? du SIT ont rejeté la proposition de la représentante du ministre de l?Agriculture mais cela ne met pas pour autant fin au bras de fer entre le pouvoir et Jyoti Jeetun. Il y a d?autres moyens, pour le pouvoir, de la pousser à prendre la porte de sortie. La pression psychologique peut être dure à subir et fait parfois craquer même les plus tenaces.

Ensuite, il y a le sort réservé à Vijay Makhan, fonctionnaire et diplomate ayant servi au sein de l?Union africaine. Il a été limogé hier de son poste de secrétaire aux Affaires étrangères. Vijay Makhan a servi loyalement plusieurs gouvernements durant une carrière qui couvre plusieurs décennies.

Dans notre système, les hauts fonctionnaires restent à leur poste quel que soit le parti au pouvoir. De quel crime est accusé le seul Makhan ? Il serait souhaitable que la politique du gouvernement soit plus lisible. Par exemple, si la nomination de hauts responsables est justifiée par la nécessité d?une convergence de vues avec les dirigeants politiques, comment explique-t-on le limogeage de Pratapdev Udhin, ?traffic manager? de la CNT, au lendemain des résultats des législatives ? Il n?occupait pas des fonctions lui permettant de ?met baton dan la rou?.

Quand le gouvernement décide de renouveler le contrat de Vijaya Teelock à la présidence de l?Aapravasi Ghat Trust Fund, il est en train de faire une exception à la règle concernant les détenteurs de postes de responsabilité. Certes, l?honneur qui est fait à cette citoyenne compétente et apolitique est entièrement mérité, mais cela veut-il dire que tous ceux qui ont été limogés le sont moins ? Quand le gouvernement déroge à une pratique existante et n?en donne pas les raisons, toutes les supputations sont permises.

Dans le cas des limogeages qu?on s?explique mal, on est porté à croire que les dirigeants procèdent ainsi seulement pour pouvoir faire l?aumône d?un poste à un membre du sérail.

Publicité