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Souvenirs d?Helsinki 1983 !
Le déplacement dans la capitale finlandaise ressemblera à un voyage dans le temps pour tous ceux qui, comme Mark Butler, étaient déjà présents à l?époque.
Je travaillais à l?époque comme ingénieur informatique, et j?ai décidé de me rendre à Helsinki pour suivre les Championnats du monde d?athlétisme, y sacrifiant toutes mes économies. Helsinki était depuis 1952 surtout, un endroit avec une aura unique pour tous les fans d?athlétisme.
Neuf nuits d?hôtel avec des billets pour le stade et le voyage aller-retour m?ont coûté£699 (1100 euros). Malgré les sacrifices que j?ai dû consentir pour ce périple, je n?ai certainement jamais rien regretté de cette décision.
Le vol, avec la compagnie aérienne Finnair, fut l?occasion de découvrir les paysages extraordinaires de l?archipel d?Aland.
C?est à l?Hôtel Torni, un solide bâtiment de sept étages surmonté d?une tour de sept autres étages que j?étais logé. Cet hôtel était la première version finlandaise d?un gratte-ciel américain et, depuis le dernier étage, on voyait les lumières de la côte estonienne. Depuis l?hôtel, en plein coeur de la ville, on pouvait se rendre à pied au stade.
Nous étions un groupe de quatre à y résider, et je partageais ma chambre avec l?entraîneur Neville Taylor, qui était le coach de Wendy Sly, la meilleure coureuse de fond britannique.
La veille des championnats, nous sommes partis nous promener au hasard des ruelles de la ville, nous émerveillant de l?ambiance, de la beauté de l?architecture et de la douceur du climat. Le soleil était encore haut dans le ciel et il faisait assez chaud pour être en short et t-shirt à 22 heures passées.
Le matin de la première journée, je me suis levé tôt pour descendre prendre le petit-déjeuner. Je suis resté abasourdi par les quantités servies par l?hôtel ? c?était la première fois de ma vie que je voyais un buffet aussi gourmand au petit-déjeuner. Etant donné le coût de la vie en Finlande, je compris aussitôt que j?allais faire de ce premier repas de la journée mon repas principal, une stratégie que j?ai toujours appliquée, depuis, à chacun des grands rendez-vous sportifs où je me suis rendu.
J?avais déjà vu des photos du Stade Olympique, mais rien n?aurait pu me préparer à ce que j?ai ressenti en le voyant en vrai pour la première fois, avec sa célèbre tour qui fait penser à un immense bateau. Les meilleures places que j?avais pu me procurer étaient au niveau de la ligne d?arrivée, mais dans les tribunes du côté opposé. Les organisateurs avaient, pour l?occasion, installé une tribune permanente.
On avait une vue superbe de l?arrivée, ainsi que de la ligne droite opposée et d?une des aires de saut en longueur. Je me souviens de la clameur qui retentit au départ de la première épreuve des championnats, un tour de qualification pour le 400m haies masculin.
La première journée, tout le monde avait les yeux fixés sur la nouvelle vedette américaine, Carl Lewis, dans le 100m. L?équipe des USA tout entière a, d?ailleurs, été extrêmement bien accueillie par le public finlandais, toujours très connaisseur. C?était la première fois depuis les Jeux Olympiques de Munich en 1972, endeuillés par des actes terroristes, qu?une sélection américaine prenait part à une compétition de cette importance en Europe.
Chez les femmes, c?est la Tchèque Jarmila Kratochvilovà qui était la plus en vue. Elle venait de battre le record du monde du 800m ? aujourd?hui le plus ancien record féminin ? et avait décidé de tenter un impossible doublé 400m/800m, deux épreuves se déroulant en parallèle.
Je décidais de faire l?impasse sur la cérémonie d?ouverture qui précédait la première soirée, et je suis allé faire un tour à la foire organisée dans le parc tout proche du Nojespark, mais, m?étant égaré un peu au retour, je faillis manquer le départ du marathon féminin.
C?est Grete Waitz qui a remporté cette course, devenant ainsi la première championne du monde d?Helsinki, à la grande joie on s?en doute, du public nordique. D?autant plus qu?elle n?avait jusqu?alors jamais remporté de titre lors d?une compétition mondiale. C?est pour cette même raison que je voudrais tant voir Paula Radcliffe reproduire la victoire de Waitz cet été.
La longueur des jours signifiait qu?il y avait toujours le temps de découvrir les joies d?Helsinki après la fin des épreuves chaque soir.
A l?époque, les compétitions finissaient vers 21 heures ? bien plus tôt qu?aujourd?hui. Je me souviens que j?allais courir le long des larges avenues vers le port où l?on voyait les immenses ferries qui assuraient les navettes sur la Mer Baltique.De loin, ces bateaux ressemblaient à des bâtiments, tant ils étaient immenses.
J?allais aussi courir autour de Töölönlathi, un lac superbe situé entre le complexe sportif et le centre-ville. C?était un endroit paisible où l?on pouvait, tranquillement, faire le point sur la journée qu?on venait de vivre et imaginer celle du lendemain.
Les points forts furent nombreux : Willie Banks manqua de peu remporter le triple saut, battu au dernier moment par Zdzislaw Hoffmann; dans la finale du 100m féminin, nous eûmes droit à notre première surprise avec l?abandon sur blessure d?Evelyn Ashford qui semblait en passe de gagner la course; il y eut un triplé américain dans le 100m masculin, remporté, bien entendu, par Lewis.
Il y eut six finales la troisième journée, dont le 800m masculin et féminin. Alors que je prenais ma place dans les tribunes, je vis Steeve Cram et sa fiancée, Karen, s?asseoir non loin de moi.
Quelques jours plus tard, il allait s?aligner dans le 1500m et s?intéressait donc surtout aux finalistes du 800m masculin. Pour ma part, j?était impatient de voir la course des femmes, au départ de laquelle était Kratochvilovà, 35 minutes tout juste après s?être qualifiée pour la finale du 400m en 51.08.
<B>La veille des championnats, nous sommes partis nous promener au hasard des ruelles de la ville, nous émerveillant de l?ambiance, de la beauté de l?architecture et de la douceur du climat. </B>
L?athlète tchèque laissa d?abord ses concurrentes soviétiques dicter un rythme rapide, similaire à celui imposé par Jean Miles-Clark l?an passé à Athènes. Mais alors que cette course-là fut déterminée par des fractions de secondes, Kelly Holmes triomphant sur le fil, Kratochvilovà termina, elle, avec près de 20 mètres d?avance, au terme d?un dernier 200m parcouru en 27.3. Son temps final, 1:54.68, n?a été battu qu?une seule fois depuis.
Il y eut, ensuite, un 10 000m masculin extraordinaire qui vit cinq athlètes à la lutte dans le sprint final. C?est cette course qui clôtura la journée, et les spectateurs, ravis, se réjouissaient déjà des quatre jours encore à venir.
Le mercredi 10 août 1983 fut une journée d?anthologie pour l?athlétisme mondial. En l?espace de trois heures, nous allions voir deux records du monde battus et assister à une immense surprise.
D?abord ce fut la finale du 400m, remportée par Kratochvilovà. Agée de 31ans, il était clair qu?elle ne serait jamais la plus gracieuse des athlètes, mais sa puissance était incroyable. Elle gagna avec un temps invraisemblable de 47.99. Sa compatriote Tatjana Kocembovà termina deuxième et les deux femmes accomplirent un tour d?honneur sous les vivats du public.
Ensuite ce fut le tour de Carl Lewis, dont le premier essai à la longueur fut reporté afin de lui permettre de prendre part à la demi-finale du 4x100m. Il atterrit à 8,55m, ce qui lui assurait la victoire, tout en lui permettant de s?économiser pour la finale du relais, car il n?avait pas besoin de faire ses cinq autres sauts.
Avant la finale, l?Américaine Mary Decker ravit le public en battant la grande favorite du 3000m, une coureuse soviétique. La soirée se termina en apothéose avec la victoire des USA dans le 4x100m, Carl Lewis termina avec un nouveau record du monde pour son équipe.
Le lendemain était jour de relâche pour l?athlétisme, mais certainement pas pour moi ! Mon ami finlandais me fit visiter la cathédrale, l?église de pierre et le Mémorial Sibelius. Ensuite, émerveillé par ce que j?avais vu du design finlandais, je suis allé faire du shopping à Arabia, Marimekko et Pentik.
J?ai acheté des disques des vedettes finlandaises Pave Maijanen et Pekka Pohjola, des disques que j?allais écouter en boucle en rentrant chez moi...
Le vendredi, la grande finale de la soirée fut le steeple, remporté de manière dramatique par Patritz Ilg. Samedi fut une journée que les Finlandais attendaient avec trépidation, car leurs grands espoirs de médaille ? Arto Bryggare et Tiina Lillak ? allaient disputer leurs finales. C?est aussi une journée importante pour la Grande-Bretagne, car on attendait que Daley Thompson capitalise sur son excellente première journée et remporte l?or et le titre mondial du décathlon.
Lillak était la favorite dans le javelot, ayant porté le record du monde à 74,76m deux mois auparavant. Pourtant elle ne put retrouver cette forme et c?est la Britannique Fatima Whitbread qui créa la surprise, prenant la première place avec une meilleure performance personnelle réussie dès son premier lancer de 69,14m. Lillak dut attendre son tout dernier essai pour réussir à dépasser 70 mètres et offrir à la Finlande une médaille d?or.
Ce soir-là, après la fin des compétitions, je suis allé au restaurant pour la seule fois de mon séjour, et j?ai goûté à la viande de renne.
J?avais passé de si bons moments à Helsinki que la perspective de rentrer en Angleterre me semblait presqu?insupportable. Je rêvais du jour où je pourrais revenir assister à des Championnats du monde. Ce rêve est en passe de se réaliser.
<B>Mark BUTLER</B> (IAAF Magazine)
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