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Mahendra Gowreesoo : insaisissable

31 juillet 2005, 20:00

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Mahendra Gowreesoo vit montre en main. Si l?objet de belle taille chauffe son poignet droit, il n?y est pas oublié. à intervalle régulier, les doigts impatients du propriétaire l?exhume de dessous sa manche. L??il attentif, le ministre ne laisse pas filer la petite aiguille.

Jour choisi pour le marathon des fonctions : jeudi 28 juillet. Question contact, c?est d?abord une voix au téléphone. Celle parfois hésitante mais toujours conciliante de l?attaché de presse, Raj Auckle. ?Le ministre est en route?, répond-il systématiquement. Au jardin de la compagnie, quelques invités patientent et s?impatientent. Assis sous une marquise, ils attendent que le début de la cérémonie marquant le 124e anniversaire de la naissance de Manilall Doctor.

Bloqué dans la circulation entre la rue Pope Hennessy et le jardin de la Compagnie, le ministre n?arrive toujours pas. C?est qu?il reçoit la troupe réunionnaise Véli, de passage chez nous pour deux représentations d?un spectacle poétique, Les voix de la liberté.

Sous la marquise, la guirlande de fleurs blanches flétrit doucement dans un sac en plastique. Mahendra Gowreesoo arrive à temps pour en respirer le parfum. Prières, discours ronflants, le ministre trouve que son tour de prendre la parole tarde à venir. Le temps de consulter sa montre à quelques secondes d?intervalles, de regarder fixement l?attaché de presse, le voilà qui chuchote à l?oreille du maître de cérémonie, le Pandit Beegoo d?activer la conduite des événements.

Sitôt son discours mâché, le ministre fonce vers la Poste centrale. Non sans avoir invité l?assistance à soumettre des propositions pour la réalisation d?un ?petit? film sur Manilall Doctor.

En attendant que sa voiture de fonction arrive, le conseiller Jundoosing commente le discours que vient de lire le ministre. Normal, il en est l?auteur. Le ton débordant de satisfaction, il s?auto-congratule dans l?indifférence générale : ?Il faut faire court et concis.?

Stupeur. Il ressort que le terrain alloué au ministère des Arts et de la Culture pour la construction du centre Nelson Mandela a été retourné au ministère des Infrastructures publiques.

Poste centrale. Mahendra Gowreesoo est venu en faire l?état des lieux. Au pas de charge, le ministre promène son regard sur les plafonds défoncés. Ressort pour contempler la façade. Rentre, grimpe au premier étage. Demande des précisions à Giandev Moteea, chief executive officer de Mauritius Post. Redescend. Sept minutes chrono. Largement plus que le temps durant lequel l?ont attendu la poignée d?officiels conviés pour l?occasion.

En bas des marches, le ministre s?arrête pour serrer la main à un couple de touristes allemands, tous étonnés de se retrouver nez à nez avec le ministre. Une fois dehors, brin de causette. Le ministre demande en levant la tête vers l?horloge : ?li pe donn bon ler ?? Les hauts fonctionnaires qui l?accompagnent lui font remarquer qu?elle ne marche pas. ?Li ena enn moter ?? Il prend déjà congé de la nuée de fonctionnaires qui l?entoure pour partir pour une nouvelle destination.

À Giandev Moteea qui esquisse ses attentes : ?restituer le patrimoine de la poste, transférer ce qui se trouve déjà au musée postal situé à quelques mètres de là. Encourager le développement de la philatélie, en faire un moyen d?attirer les touristes et générer des revenus?, le ministre répond : ?Soumet nou ou bann propozisyon.? Tout en lui serrant la main, le ministre s?excuse : ?mo bizin al guete kot sa finn met Nelson Mandela dan La Tour Koenig.?

Aussitôt dit, presque aussitôt fait. Le temps de sortir des embouteillages de la capitale, et les voitures freinent devant la tour décrépite, juste en face d?un terrain envahi par des mauvaises herbes jaunies par le soleil.

Sous le soleil écrasant, le ministre est visiblement mal à l?aise dans son complet noir à fines rayures blanches. Le malaise augmente quand il se rend compte que personne dans son entourage n?a eu l?idée de se munir d?un plan du site.

C?est Jean Claude Augustave, directeur du centre Nelson Mandela qui vient à la rescousse des officiels sans repères. Son plan montre le demi-arpent, dont une partie en pente abrupte. Contrainte additionnelle : le bâtiment qui y sera construit ne doit pas dépasser la hauteur de la Tour Koenig voisine.

Mahendra Gowreesoo qui veut aller jusqu?au bout de sa mission d?information demande : ?Ti ena enn maket sa ? Fer nou gagn sa bann zafer la. La semain prosain bizin montre dan kabine ki nou ena.?

Entre-temps, trois représentants du ministère des Infrastructures publiques, sont venus renforcer la délégation. Stupeur. Il ressort que le terrain alloué au ministère des Arts et de la Culture a été retourné au ministère des Infrastructures publiques. ?Dépi 1996, pa finn fer narien avec sa la ter la.? Reste à confirmer que ce demi-arpent n?a pas été identifié pour un autre projet.

Mahendra Gowreesoo est déjà ailleurs. Attendu au Vagrant Depot, il annule sa visite. Un rendez-vous avec le vice-Premier ministre Rashid Beebeejaun n?attend pas.

À l?heure des cents jours de grace

■ Le ministre de la Culture est à un peu moins de deux semaines après son arrivée aux affaires. Sollicité, il dit ? par son attitude et celle de son entourage ? qu?il préfère attendre avant d?accorder des interviews. Mais la culture n?attend pas. Elle est quotidienne. Des pans entiers du patrimoine souffrent chaque jour un peu plus de négligence. Des CD piratés sont écoulés dans la rue. Si les cent jours ne sont pas encore écoulés, quelques bouleversements sont déjà intervenus depuis son arrivée aux affaires. Citons en vrac, la mise à pied de Marcel Poinen président du conseil d?administration de la Mauritius Society of Authors et la délocalisation du centre Nelson Mandela vers La Tour Koenig au lieu de la Poste centrale.

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