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Cachet de la poste
Faut-il attendre que les pierres crient ? Les postiers, eux, n?ont pas attendu avant de donner de la voix. Pétarades et pas de danse ont salué la décision du Conseil des ministres de déloger le centre Nelson Mandela pour la culture africaine de la Poste centrale.
S?ils estiment que ?sanzman nou finn gagne?, le sort de ces pierres de taille est encore flou. Celles de la Poste centrale croupissent sous une épaisse couche de fiente de pigeons. Déjà que la façade ne donne plus l?heure aux passants, elle perd jour après jour de son allant.
La voix officielle omet de préciser si, le cachet de la poste faisant foi, le bâtiment historique datant de 1868 sera transformé en musée ? de la poste. Si c?est éventuellement le cas, reste à savoir sous quel délai ? Pas besoin d?être grand architecte pour comprendre que plus le temps passe, plus le coût des rénovations sera élevé, plus la période des travaux sera longue. Entre-temps, risque même d?intervenir un autre changement : celui de gouvernement.
L?histoire nous l?a démontré. En 2001, le précédent régime avait décidé de convertir la Poste centrale en locaux abritant le centre Nelson Mandela pour la culture africaine. Quatre ans se sont écoulés sans que les pierres ne soient dérangées par le plus petit coup de marteau. Et puis au début de cette année, comme émergeant d?un long sommeil, Paul Bérenger, le Premier ministre d?alors, lance en grandes pompes le projet de conversion.
C?était en janvier. Le discours officiel promettait l?ébauche d?un parcours de la mémoire. Un de ces itinéraires fleurant bon ?l?unité nationale? qui engloberait dans un même élan l?Aapravasi Ghat, lieu de débarquement des travailleurs engagés et le centre Nelson Mandela pour la culture africaine. Avant de descendre jusqu?à la Place d?Armes ornée des bustes et statues d?illustres citoyens.
Jeudi, le Conseil des ministres décide de faire d?une pierre deux coups. Sans vilain jeu de mots. Retour à la case départ. Le centre Nelson Mandela retrouvera le site identifié en 1998. Celui qui se situe à La Tour Koenig, où l?ex-président sud-africain avait posé une première pierre lors de sa visite officielle chez nous.
Cette décision, c?est aussi un affront qui est lavé. Solliciter le symbole qu?est Nelson Mandela pour poser la première pierre d?un édifice portant son nom, pour ensuite déménager sans ménagement le centre. Motif invoqué : la proximité de la Poste centrale avec le port, là où des esclaves ont été débarqués, là où leurs descendants ont sué et continuent de trimer pour gagner leur pain quotidien.
De ces va-et-vient de l?histoire, c?est la culture africaine ? pire, l?appréciation mauricienne de la culture africaine qui en pâtit. Remisé dans des locaux grands comme un placard à balai au Fon Sing Building, à la rue Edith Cavell à Port Louis, le centre Nelson Mandela devra continuer à fonctionner avec les moyens que l?on veut bien lui donner. Envolé son projet de voir concrétiser en septembre prochain, sa salle de conférence, son espace d?exposition permanente, l?audio et la médiathèque et l?espace de projection. Ne reste plus que la bougie rouge.
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