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un trio armé d?humour
Il bombe le torse. S?assied droit sur sa chaise. Prend un air espiègle. Retient sa respiration et s?imprègne de son personnage. Un signe de tête et Marc s?élance : « Les enfants, je vais vous dirai les alphabets. Aaa, abrutissement, Ccc ; CPE, Ddd ; Daharam Gokhool, F ; fail, G ; gros sac, H, Arche de triomphe, Iiii, Iiistar Isssschool ! »
Nous sommes en plein enregistrement. Radio Pirates ou la séance « comédie » que nous propose Radio One tous les jours à trois reprises, à 7h20, 8h40 et 16h45. Derrière la vitre François, le technicien, joue avec des boutons sur tableau de bord, et à l?intérieur du studio, nous nous amusons. De la rigolade à fond les manettes ! Jean-Pierre et Jean-Luc entourent Marc et tous trois se fondent dans leur personnage. Ça y est, nous les avons perdus, ils s?enfuient tous sur les lignes dactylographiées de leur sketch !
Observer la société
Nous les observons, en essayant de garder un esprit de professionnalisme, mais à peine qu?ils ouvrent la bouche, et ils nous réduisent en une machine à rire. Se tenant la hanche pour s?empêcher de laisser déborder notre hilarité. « Vous ne croyez pas qu?on doit ajouter une chanson avec ce sketch ? Comme ils le font dans la pub quoi ! », propose Marc. Aussitôt dit, aussitôt fait. « Cé-pé-é, zamé pa pu passé ! Vingt-deux ans, forme une pa pu trouvé ! ». La proposition est bien trop tentante. Jean-Pierre et Jean-Luc acceptent sans hésiter.
Ils se concertent. Mesurent leurs paroles. Pèsent les mots. C?est bon, on garde la chanson. Et c?est toujours comme ça une session d?enregistrement! Les Radio Pirates, ce sont trois animateurs qui passent leur temps à observer la société, à s?amuser des travers de tel ou tel personne. « On observe et on utilise l?humour comme une arme. C?est le meilleur moyen de communiquer ! », lance Jean-Luc Ahnee, consultant en communication.
Mais Jean-Pierre Catherine, directeur de la boîte de sondage Synthèse, est déjà impatient de donner son avis. « On se moque, pas pour se moquer. Ce n?est pas gratuit ! Au fait nous avons les mêmes goûts. Nous suivons les mêmes programmes. Les Guignols, Les Inconnus?» Et c?est parti, Marc Randabel, graphiste, l?interrompt. Pour lui, cette émission s?agit d?ajouter «du ridicule à une situation d?apparence sérieuse ». De tout dénoncer. Sans se limiter. Sans censure aussi.
Pour qu?il n?y ait aucun de problème de ce genre, c?est en début de semaine qu?ils se rencontrent. Après avoir passé en revue l?actualité du week-end, ils se mettent d?accord sur l?angle de leurs sketchs. Ils prennent environ six heures pour tout rédiger à trois. Et se donne rendez-vous pour l?enregistrement. «Quand on commence un sketch, ça serpente, on ne sait pas trop comment ça va finir ! Et quand on enregistre, on se permet de dire les pires horreurs pour ne pas se bloquer ! Ce n?est que durant le montage que l?on sélectionne les meilleurs morceaux », explique Marc. La séance d?enregistrement dure six heures aussi. « Ce qui nous fait douze heures de travail pour dix minutes de diffusion à la radio», calcule Jean-Pierre, les yeux ébahis.
Retour donc à cette session. Après avoir interprété la voix tremblotante d?un certain Aneerood, Jean-Pierre se prépare pour le « flush-flash », un sketch qui constitue à repasser « le journal télévisé à la radio ». Mais un problème subsiste. « Quel nom de journaliste va-t-on choisir ? », demande Marc. Ecoutons donc quelques propositions. « Jacques Tunique», tâtonne Marc. « Finlay Sa-blesse», s?écrie Jean-Pierre, alors que Jean-Luc hésite. « Pourquoi pas Jean-Claude fout-le-trac ? », demande-t-il. Ils pouffent de rire, jetent un regard interrogateur sur nous. Aucune censure, c?est leur code. Et ils enchaînent vite.
Jeux de mots
Leur habileté à passer d?un rôle à l?autre est à fleur de peau. L?humour a toujours été leur tasse de thé. Bientôt il sera vingt heures et ils ne sont toujours pas satisfaits. Ils effacent certains passages, recommencent. Et ils aiment surtout faire des jeux de mots entre deux sketchs. Au lieu de l?échelle de Richter, c?est « l?école de Riche-Terre » ou encore lorsqu?ils parlent de l?association des Pickpockets qui réclame le droit au gouvernement de leur laisser voler en paix. Ces trois compères valsent sur les idées et remâchent le sérieux pour en faire de l?humour. Si nous sommes venus là pour travailler, nous repartons avec une impression d?avoir eu droit à un croustillant moment de détente.
Mais ils n?ont pas l?intention de nous laisser partir. Tout comme dans leurs sketchs, ils veulent trouver une chute parfaite. « Il faut toujours finir par un crescendo, explique Jean-Pierre, rien que pour maintenir le climax ». Tenir l?auditeur en haleine demande un certain talent. C?est sur un ton sérieux que Marc recherche «la phrase assassine ». Et non, c?est une situation qu?il nous raconte. Ils discutent du renvoi de l?ambassadeur de Maurice à Madagascar. Ils épluchent l?actualité. Et c?est dans un tourbillon de paroles que nous saisissons ce jeu de mots. «Pourquoi pas dire, ale tir so nana Rivo, à la place d?Antananarivo? ». Phonétiquement, il n?y a rien à ajouter. C?est dans un concours de rire qu?ils terminent leur enregistrement.
Epuisés certes, ils s?en vont discuter avec François. Le temps pour lui de s?assurer que tout se déroule bien et Jean-Luc quitte les studios plus tôt que d?habitude. Mais François a déjà commencé à repasser les morceaux enregistrés. Debout, appuyés contre les murs, c?est dans un recueillement profond que Jean-Pierre et Marc s?écoutent. « ça déchire ! », constate Marc. Et nous sommes bien d?accord. Radio Pirate ce sont dix minutes de «déconne ». Vivement que ça dure !
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