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« Il est possible de découvrir une molécule anticancéreuse »

24 juillet 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Vous avez récemment prélevé des organismes marins à Maurice pour la recherche contre le cancer. Quelles sont les chances de découvrir un médicament anticancéreux ?

Découvrir une nouvelle molécule anticancéreuse à Maurice qui mènera au développement d?un médicament est tout à fait possible. Mais pour le moment, je ne peux pas l?affirmer. En moyenne, pour chacun des 100 composés découverts un ou deux deviendront des médicaments. La découverte d?un médicament et son développement s?étalent en trois phases : la découverte d?un nouveau composé chimique, la production de cet extrait en grande quantité afin qu?il puisse être testé sur des animaux, puis l?essai sur les humains. Les tests sont effectués sur des volontaires normaux, sur 100 à 500 malades puis sur 500 à 5 000 malades. C?est seulement à ce moment qu?une demande d?approbation d?un médicament peut être considérée par la Food and Drug Adminis-tration (FDA).

Combien de composés ou d?extraits devez-vous tester pour obtenir un médicament ?

Un très grand nombre, environ 50 000 à 1 million. Il nous a fallu tester 40 000 espèces de plantes pour découvrir trois médicaments anticancéreux, comme le Taxol, le Topotecan et Irinotecan.

Quels types d?organismes avez-vous prélevé dans les eaux mauriciennes ?

Nous avons prélevé 159 échantillons avec la permission du gouvernement mauricien. Environ la moitié étaient des éponges, un quart était des cnidaires (anémones de mer, coraux) et le reste des algues et des mollusques. Ces échantillons ont été congelés puis expédiés dans les laboratoires de la NCI, dans le Maryland aux États-Unis. Parmi les invertébrés marins, ce sont les éponges qui produisent le plus de nouveaux composés chimiques. C?est sûrement dû au fait qu?elles contiennent une grande variété de microbes. Nous commençons justement à établir les liens intéressants entre ces microbes à l?intérieur et autour des éponges ainsi que les composés chimiques qui se trouvent dans l?animal.

Combien de temps faut-il pour créer un médicament ?

Chaque cas est différent. En général, cela prend entre 3 à 5 ans pour tester cliniquement une molécule, puis selon la maladie, entre 3 à 6 ans pour des tests cliniques et l?approbation de la FDA. Pour le cancer, les règles sont différentes étant donné que cette maladie se présente sous plusieurs formes et qu?elle a une rapidité de progression variable due à des facteurs génétiques. En conséquence, les médicaments anticancéreux prennent jusqu?à 20 ans avant d?être mis sur le marché. L?une des raisons étant que les tests cliniques doivent être effectués sur des personnes atteintes de la maladie. Les patients, qui sont volontaires, sont souvent ceux pour qui aucun traitement n?a marché.

Quels sont les composés marins les plus prometteurs ?

En ce moment, il y en a cinq ou six qui sont en phase de tests cliniques. Un ou plusieurs pourraient devenir un médicament. L?un provient d?un tunicier, deux d?ascidies (animaux vivants fixés aux rochers), un d?un mollusque et deux d?éponges.

La NCI serait-elle intéressée à explorer la flore mauricienne ?

La plupart des nouveaux composés chimiques proviennent de l?océan. Il y a deux ans, nous avons donc décidé de d?abandonner la collecte des plantes, même si elles présentent plusieurs variations en termes de composés. D?autre part, les plantes donnent des résultats intéressants pour d?autres maladies, mais nous sommes financés seulement pour la recherche contre le cancer.

Certains pays ont accusé des collecteurs de piller les ressources marines. Qu?en pensez-vous ?

Nous n?avons jamais été accusés de pillage. Nos collecteurs, la Coral Reef Research Foundation située à Palau, s?assurent toujours que les autorités concernées savent ce qui est en train d?être fait et dans quelles conditions. D?habitude, une personne originaire du pays accompagne les collecteurs dans leurs recherches, aux frais de la NCI. Des photographies, des données taxonomiques et des spécimens prélevés, sont remises aux autorités. Lorsque la classification est établie, nous les en informons.

■ Propos recueillis par Bindu BOYJOO

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