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Les grandes espérances et craintes dans l?éducation
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Les grandes espérances et craintes dans l?éducation
Ceux qui ont appuyé la réforme Obeegadoo, avec ou sans réserve, estiment qu?il sera difficile à Dharam Gokhool de mieux faire. Ceux qui par contre se sont opposés à cette réforme, pensent que la «réforme de la réforme», version Gokhool, permettra au système éducatif mauricien de franchir un nouveau palier. Entre les deux positions, une chose est sûre, le nouveau ministre assure surtout vouloir ?uvrer dans la concertation et la consultation.
Cela s?est vérifié à la première grande sortie officielle de Dharam Gokhool. En effet rencontrant les syndicats du préscolaire, du primaire et du secondaire, le ministre de l?éducation et des ressources humaines s?est ainsi évertué à instaurer un climat de dialogue. Les syndicalistes sont heureux. Mais pas dupes. Ils invitent, en ce sens, le ministre à ne pas se fier à ses seuls conseillers. Ils veulent un dialogue continu et des consultations régulières pour avoir ne serait-ce que le sentiment de participer au processus décisionnel. Le ministre les écoute et les rassure. Les syndicats seront traités en partenaires, affirme-t-il.
C?est la première man?uvre de Dharam Gokhool. Il compte d?abord rallier les décus d?Obeegadoo. Soit tous ceux qui pensent que l?ancien ministre s?est montré unilatéral dans sa manière d?opérer. Du coup, le nouvel homme fort de l?éducation nationale précise qu?il mettra l?homme au centre de ses préoccupations. Il faut par là comprendre, outre les syndicalistes, les cadres de son ministère, ses conseillers, l?enfant mauricien et tous les stakeholders.
L?exercice des relations publiques repose sur un autre argument consensuel : la vision globale pour l?éducation. Là, le ministre ne prend pas de risque. Il veut une éducation de qualité qui fera de nos jeunes des citoyens du monde, capables par conséquent de voyager dans l?univers professionnel du monde globalisé adéquatement équipés. Dans les intentions, personne ne peut contester le bien-fondé de la démarche. L?accent qu?il met sur le contenu éducatif répond à ce discours. Il permet aussi de dresser un contraste avec le bilan de l?ancien ministre qui ne se serait limité qu?à un projet infrastructurel.
C?est sur fond de cette stratégie que le ministre Gokhool a pris ses fonctions. Il bénéficie d?une période de grâce et il peut compter sur l?indulgence de ses interlocuteurs. La population, elle, est en attente. De vieilles hantises refont surface. Dont l?incontournable ranking. Mais aussi la réintroduction annoncée des collèges Forms 1 to VI.
Il est également question d?une politique plus appuyée pour l?enseignement de l?informatique dans nos écoles. D?autres attendent de savoir la nature du rapport qui sera établi entre, d?une part, les écoles publiques et, de l?autre, les écoles confessionnelles et privées.
En attendant, hormis les déclarations générales d?intention, le ministre ne laisse pas transpirer grand-chose. Seule certitude, le retour aux collèges Forms I to VI. Le débat n?est pas lancé mais les appréhensions sont déjà bien réelles. Ce retour en arrière n?entraîne-t-il pas automatiquement la réapparition du ranking? Le spectre de la rat race ne ferait pas pour autant si peur à certains. Reste à savoir comment dans le temps, chacun défendra, non pas sa position, mais sa philosophie de l?éducation mauricienne.
Entre-temps, il faut se résigner à l?idée que l?éducation nationale, comme c?est le cas à travers le monde, connaît sa révolution à l?arrivée de chaque nouveau ministre. Kadress Pillay, ancien ministre de l?Éducation, reprend à cet effet un extrait de l?ouvrage L?éthique ou le chaos : «L?éducation vit au rythme des ministres de l?Éducation.» On ne pouvait mieux résumer la situation.
Dharam Gokhool a ainsi déjà annoncé «un nouvel agenda éducatif». Il encourage, en ce sens, une vision commune. «Nous nous devons d?affronter les défis ensemble», ajoutera-t-il à l?intention des syndicats. Sur ce point, le consensus est général. Tout le monde veut être partie prenante du processus de modernisation de l?éducation nationale. Mais le premier pépin enrayera-t-il la machinerie avec l?intention annoncée de revenir au modèle des collèges Forms I to VI ? Surgit aussi la question de savoir quels seront les critères qui seront utilisés pour l?admission? Forcément, on reviendra vers un système de ranking. Les meilleurs écoliers voudront ainsi rejoindre le collège Royal et ainsi de suite. J?ai dans ce contexte un seul conseil à donner à Dharam Gokhool : «na pa zoue avek dife», lance Kadress Pillay.
C?est un point de vue. Il y a un autre défendu, par exemple, par le syndicaliste Suttyhudeo Tengur. Pour lui, le concept d?éducation de qualité passe immanquablement par une dose de compétition et la mise en place d?un système d?écoles d?élites. Ce débat semble bizarrement déjà vieux. S?il y a consensus en faveur d?un contenu plus étoffé et intégré, répondant aux exigences du monde moderne, par contre, il importe de savoir comment développer le système afin qu?il ne laisse plus des enfants sur les trottoirs de l?ignorance.
C?est un souci majeur. Ce n?est pas obligatoirement une préoccupation pour ceux qui sont focalisés sur la nécessité de favoriser l?émergence de l?élite. Kadress Pillay pose la question autrement. Selon lui, «il ne peut avoir de démocratie réelle sans une éducation démocratique. Tout le monde doit faire partie du mainstream éducatif. L?éducation est en un processus permanent d?expérimentation. Tout système est appelé à se redynamiser et à se réinventer dans le cadre d?un rapport d?adéquation entre la société et l?éducation».
Aujourd?hui, c?est une nouvelle politique de l?éducation qui se dessine. Après Obeegadoo, c?est au tour de Dharam Gokhool de porter l?éducation vers une nouvelle excellence. Aussi une nouvelle espérance qui comprend inévitablement des craintes légitimes.
LA VISION DU MINISTRE
«World Class Education.» C?est le leitmotiv qui revient dans tous les discours de Dharam Gokhool depuis qu?il s?est installé au ministère de l?Education nationale et des ressources humaines. C?est une vision qu?il veut partager avec l?ensemble des «stakeholders» du secteur. Pour lui, il faut viser un système éducatif approprié, aux coûts abordables et qui rend compte du concept de l?égalité des opportunités. Au c?ur de sa stratégie, il place l?humain. Il pense ainsi que les doléances doivent être traitées avant qu?elles ne deviennent des conflits. «Je pratiquerai l?écoute. Je serai toujours à l?autre bout de la chaîne d?écoute», insiste-t-il à une rencontre avec les syndicalistes du secteur éducatif. La consultation et le dialogue consti-tuent ainsi deux principes qui, assure-t-il, soutiendront son action. Consultation avant d?arriver aux décisions et non pas des consultations pour imposer des décisions, précise-t-il. «Il y a un nouveau contexte avec un nouveau ministre qui développera une nouvelle culture des relations industrielles, appuyée par un consensus autour de la vision d?une éducation de qualité», fait ressortir Dharam Gokhool.
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