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Raisons et sentiments

23 juillet 2005, 00:00

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On peut s?appuyer sur ses partisans pour asseoir un pouvoir politique. Mais l?idée de nation, principe fondateur du désir de «vivre ensemble», transcende, elle, la seule adhésion partisane. Ce à quoi on assiste aujourd?hui obéit essentiellement à des considérations immédiates d?affiliation politique. C?est navrant. Et cela nuit aux efforts qui tendent à donner corps à la nation.

L?île Maurice est sortie d?une campagne électorale avec d?inévitables fractures et un mur social lézardé. Il ne faut pas se voiler la face là-dessus. Certes, nous avons toujours la faculté, sinon la facilité, de faire semblant que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Notre vitrine arc-en-ciel suffit à masquer les blessures profondes. Ce qui aurait dû constituer l?obsession du «vivre ensemble» s?efface trop rapidement devant l?hymne à la différence. C?est ce qui a engendré la différence des droits par ailleurs. Et cela n?est pas près de changer. Ou en pire.

Il y a une misère de la nation. Voire une nation en décomposition. Il ne sert à rien de dissimuler la réalité. Les grandes rafales de la tempête politique ont laissé des traces. Ou encore on a emboîté le pas à ce qui mène à une désespérance nationale. Le navire n?a pas encore fait naufrage. C?est le seul espoir qui nous est permis. Parce que derrière le repli, il existe un pragmatisme qui pousse à l?ouverture au monde. Etrange, cette société séduite par les vents du grand large, mais recroquevillée sur elle-même et s?arc-boutant contre les réflexes rigides du passé. Etrange mais pas inexplicable.

L?explication tient au rejet mutuel, à la désintégration et à la déconstruction permanente d?une identité nationale. Auparavant, nous disait-on, nos aïeux s?abreuvaient aux sources d?une réelle harmonie. Pas à celles de cette fameuse «unité dans la diversité» qui conjugue méfiance et hypocrisie. Les années passent et ces sentiments de négation se renforcent.

Dans nos maisons, dans nos écoles, dans nos institutions publiques, dans nos lieux de travail?, la citoyenneté n?est qu?un simple faire-valoir. Disons plutôt caractéristique du faire-semblant mauricien. Parce que, derrière le discours sur les droits et devoirs identiques pour tous, se cachent une catégorisation et une parcellisation des citoyens. Dire qu?il y a une seule catégorie des citoyens aux yeux de l?Etat est un non-sens. Dire qu?il y a des citoyens aux catégories différentes est plus proche de la réalité.

C?est cette île Maurice dont on nous dit aujourd?hui qu?elle est en marche vers la modernité. Quel mouvement est possible avec le parti du statu quo, avec la longue file des conservateurs et réactionnaires dont la seule référence relève du symbolique ? Une nation qui se livre à l?aventure identitaire, dans la mesure où elle exprime une volonté de mélange et de contact, ne peut que désespérer dans ce contexte. En même temps, une nation n?a que ce qu?elle mérite. Une République en déconfiture. Pas autant, diront les plus réalistes, car elle n?avait de République que le nom. C?est vrai. Mais cela avait le mérite de donner de la contenance à la vitrine citoyenne, à défaut du vide total. Et en attendant aussi que des téméraires osent bousculer les vieilles habitudes.

Tout cela doit être remis aux calendes grecques. Bien entendu, l?objectif cardinal demeure la réussite individuelle au sein d?un groupe socio-ethnique fermé. Mais, si c?est cela qui doit en fin de compte être notre ambition nationale, pourquoi résister ?

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