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Des poches de résistance subsistent parmi les squatters
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Des poches de résistance subsistent parmi les squatters
?Si bizin touy nou ava touye nou couma lichien.? Campée devant les logements de la National Handling Development Company (NHDC), baignée dans le noir, Linda Augustin ayant, cinq enfants à sa charge, ne bronche pas. Il en était de même à Pointe-aux-Sables ou à Camp-Levieux où des poches de résistance subsistaient toujours alors que l?ultimatum aux squatters de quitter les lieux a pris fin à minuit, hier, sauf à Cité-La-Cure où la police a repris possession des logements.
Ils sont moins nombreux qu?au premier jour. Mais ceux qui restent s?organisent, comme à Pointe-aux-Sables. Dans la soirée d?hier, les familles se préparaient à ériger des tentes proches des unités de la NHDC.
A quelques heures du moment tant craint, des mères de famille étaient intransigeantes, à l?instar de Marjolaine Alexis, cinq enfants, un sixième en route. ?Mo ava acouche ici mem?, lance-t-elle. Linda Augustin renchérit : ?Si bizin enterr nou, ava enterr nou ici mem.?
Des dizaines de mètres plus loin, à l?endroit où les squatters étaient plus nombreux, hier soir, la colère grondait encore. Les craintes de se retrouver sans toit et de dormir sous le vent hivernal étaient palpables. ?Akot nou pou aller après ??, s?interrogeait Etienne Raphael.
Alors qu?à Pointe-aux-Sables, les squatters déballaient leurs griefs, à Camp-Levieux, ils étaient moins bavards, de jour comme de nuit.
Il fait noir. Une fine pluie s?abattait dans la région. S?appuyant sur les balcons au premier étage, certains scrutaient le mouvement des véhicules. D?autres circulaient entre les blocs de logements. Autant de mouvements, dans le silence et l?obscurité, effacés de temps en temps par les phares d?une jeep de la police effectuant des rondes.
Et pourtant, dès le matin, la police avait ouvert les pourparlers. Dans le chemin bordant les blocs NHDC, à Camp-Levieux, la présence des véhicules de la police suscitaient l?interrogation. L?assaut aussi tôt ? Non. Négociations. Massé sur un monticule, jouxtant des logements aux serrures forcées, les squatters discutaient non sans des regards furtifs en direction des policiers, regroupés une vingtaine de mètres plus bas.
Va-et-vient de la police
Un émissaire de la police faisait le va-et-vient entre les deux blocs. Sa tâche s?était avérée ardue. Il tenait sa cravate à la main. En ces lieux, la police a tenté d?expliquer à la poignée de squatters, l?illégalité de leur situation. En vain. Même le communiqué signé du commissaire de police, scotché sur la porte d?entrée de chaque logement inoccupé, n?a pas eu l?effet escompté.
Loin, bien plus loin, à Camp-La-Boue, Terre-Rouge, la scène est toute différente. Les squatters ont, sans nul doute, compris les conséquences d?une occupation illégale. Les femmes se sont massées sous une tente de fortune, à chanter des louanges à Jésus, à implorer sa miséricorde : ?Donn nou la fors. Donn nou couraz.?
Avec leur conjoint, elles savent qu?elles sont dans l?illégalité. Leurs enfants dormant dans les unités de logement dites Firinga, les conjoints ayant endossé de pardessus, se sont installés sous la pluie dans l?aire de stationnement à proximité des demeures.
Dès 6 heures, hier matin, elles avaient dressé leur camp. Tenant sa fille Leila sur sa hanche droite, Stéphanie Mignonne résumait, hier-après-midi, sa longue journée à patienter en compagnie d?autres mères et de leurs enfants. ?La police n?a cessé d?effectuer des rondes depuis le matin?, dit-elle.
Les logements Firinga consistent en une pièce unique, faisant office de cuisine, chambre à coucher et salon. ?Nous ne devons débourser aucun dépôt pour obtenir les clés. Et pourtant, d?autres l?ont fait. Ils ont eu les clés?, expliquait Stéphanie, le temps d?une brève visite de ?sa? maison.
Dominique Ramyea, 35 ans, est à la recherche d?une maison depuis quatre ans. La tête hors de sa petite tente, il faisait ressortir : ?Je ne pourrai retourner là où j?étais avant. Je ne peux habiter ici parce que c?est illégal. Où vais-je partir ? En restant sous une tente, ici, l?Etat devra forcément trouver une solution?? Mais l?Etat n?a pas de baguette magique?
Trois politiciens auraient incité à l?occupation illégale
Ils sont montrés du doigt. Eux, ce sont Rama Valayden, Attorney general et ministre des Droits de l?homme, James Burty David, ministre des Administrations régionales et Mathieu Laclé, candidat de l?Alliance sociale battu dans la circonscription n° 1. Les accusateurs : les squatters des maisons de la National Housing Development Company (NHDC).
Acculés, ils dénoncent. Et expliquent que l?occupation des logements sociaux de Camp-Levieux découlerait d?une man?uvre électorale. Ils allèguent que ces trois hommes politiques les auraient incités à prendre illégalement possession des appartements de la NHDC de Camp-Levieux. Les personnes impliquées sont pour leur part catégoriques : elles n?ont rien à voir avec ce squat.
Une des squatters a consigné hier une déposition au poste de police de Line Barracks. Déposition dans laquelle elle a mis en cause Rama Valayden. D?abord réticente, Maria Legallant, 42 ans, se laisse peu après convaincre.
C?est lors d?un point de presse tenu au Centre Marie-Reine-de-la-Paix, hier après-midi, que les représentants des squatters ont pris la décision de procéder à des ?dénonciations?. Et Maria Legallant explique, d?une voix mal assurée, qu?elle a assisté à une réunion nocturne deux semaines environ avant les élections à Plaisance. Au cours de la réunion qui regroupait une quarantaine de personnes, elle allègue que Rama Valayden, alors candidat de l?Alliance sociale dans la circonscription n° 19, aurait incité ceux présents à s?approprier illégalement les habitations de la NHDC de Camp-Levieux. ?Rama inn dir : Ce ki envi gagn enn lakaz rentre, tent ou sans?, affirme-t-elle, sous le regard de ses compagnons.
Cindy Louise, autre squatter présente lors de cette réunion nocturne, confirme les allégations de Maria. En faisant référence à Rama Valayden, elle soutient que ?li finn met nou dan enn gran problem, aster la pa pe kapav resoud li?.
Résidant à Tranquebar, Jean-François Perrine explique, lui, qu?il se trouvait chez lui le 26 juin quand il a reçu un appel d?un proche. ?Mo finn appran ki dimounn ti gagn lord pou al kas lakaz. Zot finn dir moi vini ousi.?
Voulant savoir de qui émanait ?l?ordre? d?occuper les maisons de la NHDC, il lui a été répondu que la consigne venait de ?ban grolatet?. C?est lors de plusieurs autres réunions nocturnes, disent-ils, que James Burty David et Mathieu Laclé auraient à leur tour encouragé l?assistance à occuper illégalement ces logements sociaux.
Une enquête approfondie demandée
Approché pour une réaction, Rama Valayden dément fermement les accusations portées contre lui. ?Je veux qu?ils aillent de l?avant avec leurs allégations et que la police fasse une enquête approfondie. Je n?ai, à aucun moment, incité ces gens à prendre possession de ces maisons?, déclare-t-il d?un ton serein. Les réunions nocturnes, fait ressortir l??Attorney general?, étaient publiques et ?n?importe qui, journalistes et policiers, a pu y assister?.
Mathieu Laclé se dit pour sa part prêt à être confronté à ses accusateurs. ?Je démens catégoriquement ces accusations?, s?emporte l?ancien député. A aucun moment, soutient-il, un des candidats de l?Alliance sociale aurait ?encouragé de tels agissements?. il ajoute que ?j?ai toujours dit, même durant la campagne électorale, que j?étais contre ces agissements?.
Dans un communiqué émis en début de soirée hier, la troisième personne mise en cause, James Burty David, affirme : ?Je ne pratique jamais la politique de l?irresponsabilité. Il est clair que les déclarations de certains squatters me concernant sont sans fondement. Il s?agit d?un grotesque scénario politique monté de toutes pièces par nos adversaires?.
Un homme de loi, qui requiert l?anonymat, explique pour sa part que s?il s?avérait que des instructions ont en effet bien été données pour occuper illégalement les maisons, les personnes incriminées devront être poursuivies sous l?article 38 du Code pénal ?pour avoir donné des instructions pour commettre un crime?.
Les squatters, eux, semblaient fermes dans leur démarche. Vers 16 heures hier, ils prenaient la direction du poste de police des Casernes centrales pour consigner leur déposition. ?Nou le ki dimoune cone ki sann la derier sa?, laissent-ils entendre d?une même voix. Egalement présent, Cehl Meeah, leader du Mouvement solidarité mauricien, a proposé son aide aux squatters.
RÉACTIONS
Asraf Dulull : ?L?injustice des squatters?
■ ?Cette situation est simplement inacceptable?, déclarait, hier encore, le ministre du Logement et des Terres, Asraf Dulull, lors d?un point de presse. Le problème de squat, a-t-il fait ressortir, a créé ?beaucoup d?injustices? envers ceux qui se sont pliés à toutes les procédures en vue d?obtenir un logement social. Asraf Dulull a par ailleurs donné l?assurance que toutes les habitations endommagées seront remises en état avant d?être distribuées à qui de droit. ?Nous ne voulons pas de citoyens de deuxième grade?, a déclaré le ministre du Logement et des Terres. Il s?est dit en faveur d?une ?solution pacifique? avant d?afficher sa satisfaction face au fait que la quasi-totalité des occupants illégaux se sont inscrits dans les bureaux du Citizens Advice Bureau qui avaient été mis à leur disposition. L?occupation illégale des maisons de la NHDC, a fait ressortir Asraf Dulull, est un problème ?que l?actuel gouvernement a hérité de l?ancien régime?. Le problème, a-t-il précisé, était à son ?apogée? lors de sa prise de fonction. Rappelant les faits, il explique que les appartements de la NHDC de Camp-Levieux ont été occupés depuis le 26 juin avant que le problème ne s?étende aux complexes de Terre-Rouge, Pointe-aux-Sables, Cité-la-Cure et Chebel. Asraf Dulull s?est une fois de plus dit déterminé à prendre les ?actions appropriées? envers ceux qui refusent de quitter les habitations.
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