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Sur des charbons ardents

15 juillet 2005, 20:00

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Rébarbative une centrale thermique ? D?accord, parler tuyauterie n?est pas forcément le premier sujet qui vient à l?esprit. Mais, c?est oublier que la rutilante installation de St Aubin a une bonne dose de répondant. Sans compter le feu qui brûle dans ses entrailles depuis une quinzaine de jours. De quoi faire pâlir l?enfer et nous éclairer en toute saison.

Pour nous guider : Frédéric Robert, Plant manager, guilleret en chemise à manches courtes dans la nuit fraîche du sud. Pied de nez à nos membres qui grelottent sous une substantielle couche de laine. «Vous allez voir, ici, on a jamais froid.» Le sourire du technicien est engageant. Seul expatrié de l?équipe de 28 personnes qui fait tourner la centrale de la compagnie thermique de St Aubin, notre guide saura éviter le jargon du métier tout au long de la visite.

Sauf qu?il faut bien aborder le turboalternateur, encerclé par le réducteur et la turbine. Du calme. On récapitule. «Le turboalternateur, c?est ce qui produit le courant. Le réducteur diminue et donc régule la vitesse, alors que la turbine reçoit la vapeur de la chaudière et fait tourner l?alternateur.»

Mais où sont les hommes ? à part Frédéric Robert, pas un chat qui déambule entre les machines. «Les équipes de quart sont constituées de trois personnes», explique-t-il. Trois hommes «seulement» pour faire tourner l?impressionnante installation. Il suffit de balayer le site du regard pour s?inventer son voyage au sein de la technologie.

La cheminée qui culmine à 45 mètres «pour que les particules et la fumée aient le temps de se dissoudre dans l?atmosphère», est peinte en rouge et blanc. Avec sa rambarde, elle ressemble étrangement à un phare. Dans l?angle du bâtiment, le bruit assourdissant provient d?un rideau d?eau. C?est le refroidisseur avec ses allures de cascade. Plus loin, les chaudières dans leur gangue isolante de laine de verre et de feuilles métalliques, ont l?apparence de ballons sonde tout droit sortis d?un roman futuriste de Jules Verne.

<B>Projet au coût de rs 1,2 milliard</B>

Le temps de jeter un coup d??il à une armoire grise sur laquelle est fixée la plaque : Excitation Protection, nous voilà poursuivant notre chasse à l?homme jusqu?à la salle de contrôle. Nullement essoufflé arrivé tout en haut de la passerelle en pente raide, Frédéric Robert nous sert une de ces vérités qui aident à mesurer l?évolution de la technologie. Il est pratiquement 18 heures 30. Autour, les familles préparent le dîner.

À côté, le moulin de St Aubin est en pleine roulaison. «C?est une équipe de trois personnes qui est aux commandes. Si la machine s?emballe, on reprend en manuel.» Ainsi, l?équipe de quart est composée d?un chef de bloc «qui pilote l?informatique», d?un chef de quart «qui va faire des rondes» et d?un chauffeur «qui surveille la chaudière.»

Un trio qui depuis une quinzaine de jours assure le branchement sur le réseau du CEB, pour des essais. Dès lundi, ces vérifications entreront dans une phase décisive, celle des tests de fiabilité sur longue durée, échelonnés sur un mois. «S?ils sont concluants, nous passerons alors en opération commerciale», précise Frédéric Robert. Le coût du projet avoisine les Rs 1,2 milliard.

Au pas de charge, nous nous lançons à l?assaut d?une autre passerelle. Celle qui mène tout droit au c?ur de la fournaise, à proximité des chaudières. Entre-temps, notre guide glisse des chiffres dans la conversation. «En ces temps de démarrage, nous utilisons 10 à 15 tonnes de vapeur par heure. Cela peut monter jusqu?à 150 tonnes de vapeur à l?heure. La consommation de charbon est de 16 tonnes par heure.» Abstrait. Essayez d?imaginer une tonne de vapeur. Combien de sauna cela fait-il ?

Il n?est plus temps de faire de l?esprit quand nous passons à côté de la première chaudière. «Ne touchez pas aux tuyautages», prévient Frédéric Robert, qui parle maintenant plus fort que le bruit assourdissant des machines. Nous comprenons pourquoi le technicien français ne craint pas la brise de l?hiver. La tempéra-ture ambiante est montée de plusieurs degrés.

«La chaudière culmine à 35 mètres de hauteur.» Derrière sa gangue isolante en laine de verre : du charbon qui brûle à 125° C. Encore quelques pas et une deuxième chaudière où une fournaise à base de charbon brûle à 475° C. Cet enfer énergétique est visible par des petits carreaux vitrés taillés dans la façade métallique. Bref coup d??il de fascination à ces flammes constructives avant d?emprunter la passerelle externe pour redescendre.

<B>«Éléctrofiltre pour les poussières»

Surtout, ne pas regarder en bas. Trente cinq mètres nous séparent du plancher des vaches. Il n?y a rien entre les mailles de fer sous nos pieds et la cour asphaltée. Se concentrer. Garder ses yeux sur les phares des voitures qui passent au loin. Se forcer à admirer la vue, à apprécier la fraîcheur du soir après la chaleur des chaudières.

Enfin à terre. La paume de la main droite ? celle qui s?est agrippée à la rambarde ? est couverte de suie. «Nous avons un électro-filtre pour capturer les poussières», rassure Frédéric Robert. «Mais il y a toujours une infime partie qui s?en échappe. Nous respectons les normes européennes sur l?émission de fumée.»

Petite halte à la station de traitement d?eau. «Nous devons la déminéraliser pour ne pas encrasser les installations. Le refroidissement de la chaudière nécessite 150 mètres cubes d?eau par heure.»

La visite s?achève devant les «cascades» de la centrale thermique de St Aubin. Pressions d?eau dont les gouttelettes sont aspirées par des ventilateurs pour refroidir le système. Dans le réservoir : 1 500 mètres cubes «pour faire tampon et empêcher que la température ne remonte très vite. Tout le rendement de la turbine tient au rendement de lasource froide.»

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