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Rs 2,4 millions de drogue en prison par mois
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Rs 2,4 millions de drogue en prison par mois
On entre dans la prison adepte du gandia et sans le sou. On en ressort héroïnomane, séropositif, mais avec la possibilité de devenir un dealer et de mener une vie beaucoup plus «aisée». C?est presque une généralité dans l?univers carcéral à Maurice.
Dans les milieux de l?Anti-drug and smuggling unit (Adsu) et des travailleurs sociaux, on évalue que le business de la drogue dans les prisons peut générer au moins Rs 600 000 par semaine, soit Rs 2,4 millions par mois. Ces professionnels estiment qu?au moins 25 à 50 grammes d?héroïne entrent chaque semaine à travers divers circuits. Les bénéficiaires de cet argent seraient des gardiens, certains détenus qui sont des ring leaders et des proches de détenus qui sont des passeurs.
La direction de la prison et certains officiers ont eu vent que des hommes de loi agiraient comme passeurs de drogue pour leur client en cellule. Toutefois, aucun cas n?a été rapporté officiellement.
La drogue circule en prison sans problème, malgré les mesures drastiques prises par les autorités. C?est ce que confie un garde chiourme qui s?est rangé depuis un bon bout de temps du côté de Bill Duff, le commissaire des prisons. Même si des fouilles corporelles sont effectuées chaque jour sur tous les officiers qui prennent la relève, certaines brebis galeuses arrivent toujours à tromper la vigilance de leur supérieur.
Ce garde chiourme rappelle que, récemment, l?Adsu a arrêté un officier avec de la drogue dans les semelles de ses chaussures. Les passeurs font preuve d?inventivité. «Ils utilisent d?autres astuces, mais elles sont toujours inconnues de l?Adsu et des officiers supérieurs.»
Autre moyen très facile pour faire entrer de la drogue en prison, notamment à la New Wing de Beau-Bassin : de petits colis contenant de l?héroïne sont attachés à des pierres transformées en fronde. De l?extérieur, des passeurs envoient ces colis par-dessus les murs de la prison. Ils sont récupérés par les détenus.
En plein jour
Un professionnel du secteur de la santé, qui se rend régulièrement en prison, confirme cette pratique. Il a été témoin d?une telle scène dans la cour de la prison de Beau-Bassin. Il a pu visionner la bande d?une des caméras de surveillance. Celle-ci a tout filmé de l?extérieur. Deux hommes portant de longs manteaux noirs, et des cagoules se sont rapprochés des murs et ont envoyé à l?intérieur de la cour deux paquets attachés à des pierres. Trois détenus qui ont vu atterrir les colis se sont précipités. Ils se sont ensuite cachés derrière un gros tronc d?arbre et ont dissimulé les colis.
Quand les gardiens se sont rués sur eux, ils ont brandi des livres. «Bann liv ki zot finn avoy nou», ont-ils lancé, avant de prendre la fuite. Ce témoin raconte que toute l?opération s?est passée en quelques minutes et en plein jour.
Ceux qui ont les moyens achètent quelques grammes de drogue à Rs 250 ou Rs 300 la dose. L?argent provient soit de paris illégaux, soit de proches qui ont pu le dissimuler dans leurs effets personnels.
D?autres, qui n?ont pas les moyens de payer «acceptent de se faire sodomiser pour obtenir en retour un peu de drogue», explique ce professionnel de la Santé. Ce que confirment des officiers de prison.
Folklore quotidien
Suresh Seebaluck, secrétaire aux Affaires intérieures, a été nommé par le Premier ministre Navin Ramgoolam pour présider un high-powered committee sur la sécurité et le problème de drogue dans les prisons. Il a visité la prison de Grande-Rivière-Nord-Ouest, hier, accompagné du commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh. Il a ensuite soumis un rapport préliminaire au Premier ministre.
Les murs des prisons devraient être rehaussés de fils barbelés pour empêcher les colis d?atterrir dans la cour. Les fouilles devraient être systématiques, s?il y a des soupçons de trafic de drogue. D?autres cellules devraient être aménagées à la prison de haute sécurité de Ph?nix pour accueillir davantage de détenus.
Un problème demeure toujours : le Britannique Bill Duff, qui a dirigé l?une des prisons les plus dangereuses d?Europe, n?arrive toujours pas à s?imposer ici. Des officiers avancent que certains hauts gradés de la prison, avec la complicité d?officiers qui n?apprécient pas qu?un étranger soit à leur tête, mènent une opération de sabotage. En attendant, crimes, viols, paris illégaux, trafic de drogue, et évasions font partie du folklore quotidien de la prison à Maurice.
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