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?Le couperet?

14 juillet 2005, 20:00

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Constantin Gavras ou Costa-Gavras comme on l?appelle généralement, a toujours eu un penchant prononcé pour les grands sujets politiques et pour les histoires de familles. Avec Le Couperet, son dernier film, il parvient à concilier les deux. Cette très noire satire sociale (et politique dans son propos) tire la plus grande partie de sa force du scénario adapté d?un roman éponyme de Donald Westlake publié il y a cinq ans. Le sujet réel en est la logique de l?ultralibéralisme poussée jusqu?au bout. Ceci à travers l?histoire toute simple de Bruno Davert (José Garcia), brave homme, bon époux, bon père de famille mais sans emploi depuis trois ans qui décide d?éliminer physiquement tous les concurrents pour le poste qu?il brigue.

D?autres films nous ont montré des chômeurs de longue durée qui, de désespoir, finissaient par sombrer dans la démence. La particularité du Couperet est de nous montrer un personnage qui, malgré son désespoir, n?est ni un violent ni même un excité. Bruno Davert a basculé, certes, dans une logique de libre concurrence poussée à l?extrême, mais, il s?agit quand même d?une logique, toute barbare qu?elle soit, et qui plus est, pas choisie par lui, mais imposée par l?économie de marché. Sa décision d?éliminer tous ceux pouvant postuler au poste auquel il prétend, puis de liquider celui qui l?occupe a beau être une décision réfléchie, ces assassinats lui font horreur et le laissent à chaque fois davantage traumatisé.

Il ne s?agit pas de schizophrénie : jouant beaucoup de son physique, José Garcia arrive à couler dans un seul bloc le cadre dynamique tout en bonhomie joviale qui se présente aux entretiens d?embauche, le père de famille admirable parvenant à ressouder son foyer qui partait à la dérive et le tueur froid et déterminé. Le rôle de ?serial killer social? est taillé sur mesure pour lui ; il excelle dans ce genre de personnage aussi dangereux qu?attachant, comme dans Extension du Domaine de la Lutte, diffusé il n?y a pas longtemps sur une chaîne satellite.

À un certain moment dans le film, le personnage parle de son père qui fumait trop, mort d?un cancer du poumon. ??tué par une bande de braves types qui ne lui voulaient aucun mal, mais qui avaient peur de perdre leur boulot.? Le Couperet est un film dans lequel on rencontre un ou deux abrutis, mais surtout des gens honnêtes qui ne veulent de mal à personne et qui sont désespérés. Les victimes de José Garcia étaient des cadres d?entreprise avant d?être au chômage. Leur emploi leur apportait la sensation d?être utile à quelque chose, une dignité et donc une identité. Ainsi, à travers les conversations de l?assassin avec ses victimes (Yvon Back, Ulrich Tukur, Olivier Gourmet), il est question d?une société qui serait centrée sur les gens plutôt que sur la production, de la déchéance qu?apporte la perte d?emploi et du travail humain considéré comme une commodité. On voit aussi les effets dévastateurs de la perte d?emploi sur les familles, celle du personnage (Karin Viard magnifique et authentique, comme à son habitude) comme celle de l?une de ses victimes. Et, de temps à autre, la caméra s?attarde sur un panneau publicitaire, histoire de nous rappeler que ces entreprises qui licencient à tour de bras, afin de faire monter les actions en bourse, sont celles-là mêmes qui nous appellent à la surconsommation.

Le Couperet est un film non pas dans mais sur l?air du temps. Un film bien fait qui apportera à son public les bienfaits d?une salutaire indignation.

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